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Connu de vétérans du cinéma « de genre » pour
Terreur à l’hôpital central et Mindfield, l’éclectique réalisateur canadien Jean-Claude Lord (il a également signé de nombreux documentaires et productions TV) se fend en 1977 de Panique, un thriller québécois « écolo » des plus engagés. Le Lord avait déjà réalisé des films polémiques, notamment avec Bingo (1974), qui traite de la contestation post 68 et du FLQ en s’inspirant des enlèvements felquistes de 1970 qui se conclurent par l’assassinat du ministre provincial du travail, la provisoire application de mesure de guerre, sans parler de l’arrestation de militants indépendantistes. L’homme avait également signé Parlez-nous d’amour, une diatribe féroce sur l’aliénation des masses via les émissions de variétés, charge à la Network qui flingue aussi le public de ces émissions. Panique, lui, est l’un des premiers films à dénoncer vertement la pollution industrielle. Le ton et la forme y sont ceux du docufiction et préfigurent des films comme Bataille à Seattle et Contagion tout en précédant Le Syndrome Chinois, et fait nommément référence aux catastrophes de Minamata et Seveso, célèbres en leur temps, notamment du fait de leur impact médiatique. Efficace, le film commence par de toujours impressionnantes images de déforestation massive puis s’en prend à la JIT, une multinationale fictive faisant dans le papier. Y est dépeinte une importante société en pleine collusion avec des politiques (dont le premier ministre canadien) pour implanter une usine près du Saint-Laurent afin d’y fabriquer un nouveau papier de qualité. Mais les rejets toxiques (plomb, mercure, cobalt…) et le je-m’en-foutisme concernant les normes de sécurité provoquent une pollution qui va faire une hécatombe d’animaux (poissons, chiens…) puis tuer des dizaines d’enfants, de femmes enceintes… Une catastrophe et un scandale que vont tenter de camoufler puis d’enfumer des scientifiques vendus, des faiseurs d’opinions, des politiciens. Les effets « émeutes-panique », dont la distribution d’eau au cul de camions, font volontairement penser aux images de crises humanitaires et de famines en Afrique. On entend des phrases cyniques du genre « et alors, le carnaval de Rio fait 120 morts par an » et « toutes les compagnies font le compte des morts en même temps que leur bilan comptable. » Cette fiction des plus réalistes et rentre-dedans est, ça alors, également une œuvre rarissime.

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Pour rester dans le film militant, voici dans la foulée Nuclear Conspiracy, de 1985 ou 1986, signé Rainer Erler. Cette production allemande tournée en partie en France, à New York, Singapour et en Australie est un héritier des drames et/ou thrillers écolos engagés, type Le Syndrome Chinois (1979) et Le Mystère Silkwood (1983). C’est ici véritablement la rencontre du film d’aventures (rythme, nombreux pays visités, photojournalisme…) et du docufiction. Très documenté et frontalement antinucléaire, le film (également titré Récit d’un voyage dans un avenir éblouissant) emporte l’adhésion malgré quelques naïvetés et clichés. Cette chasse au cargo transporteur de déchets nucléaires inutilisables est rendu attachante du fait que le personnage principal est une jeune mère de famille qui, contre vent et marées, pressions et menaces de mort, piste tel un détective le navire poubelle dans lequel serait retenu ou où aurait été tué son mari. Elle croise hommes et femmes de mains, sociétés écrans, marins irradiés, journalistes plus ou moins concernés… Accompagnée de sa fille et d’un photojournaliste, elle sillonne le monde, le film lâchant chiffres et données aussi clairement qu’un documentaire. Jusqu’au final dans le désert australien, où sont abandonnés des containers de barres de déchets résiduels radioactif qui, stupéfaction, sont vides, puisque le contenu a été volé ou vendu à x ou y ayant qui sait, de mauvaises intentions. Visuellement, ce final est assez refroidissant. Erler, le réalisateur, inconnu en France, l’est beaucoup moins en Allemagne (notamment) : producteur, scénariste, réalisateur de documentaires et de docufictions, souvent porté sur les maux de nos sociétés, l’environnement, la science. Pour faire vite, il est un peu le Jean-Claude Lord d’outre-Rhin, bien qu’habitant depuis longtemps en Australie.

Tonton Hellebé

PANIQUE
Réalisation : Jean-Claude Lord
Scénario : Jean-Claude Lord & Jean Salvy
Photo : François Protat
Montage : Jean-Claude Lord
Musique : Pierre Brault
Pays : Canada
Durée : 1 h 37
Sortie au Canada: 16 septembre 1977

NEWS – BERICHT ÜBER EINE REISE IN EINE STRAHLENDE ZUKUNFT

Réalisation : Rainer Erler
Scénario : Rainer Erler
Photo : Wolfgang Grasshoff
Montage : Peter Przygodda
Musique : Eugen Thomass
Pays : Allemagne, Autriche, Australie
Durée : 2 heures
Sortie en Allemagne: 29 septembre 1988

 

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