Home

ze craignos

Ceux qui connaissent Jean-Pierre Putters par Mad Movies ou qui ont découvert la saga des Craignos Monsters dès 1991 savent à quoi s’en tenir. Les autres devraient se précipiter sur ce qui reste un savant dosage entre l’érudition et la déconnade concernant une thématique que l’on a du mal à dénicher dans les rayons des grandes librairies : le cinéma de monstres, principalement américain mais aussi japonais ou italo-espagnol.

Car, après un premier volume (Ze Craignos Monsters) courageusement édité par Vent d’Ouest, JPP en a commis un second (Ze Craignos Monsters, le retour) en 1995, puis un troisième (Ze Craignos Monsters, le re-retour) en 1998, toujours chez le même éditeur. Voici qu’enfin paraît cette année, depuis le 26 novembre exactement, Ze Craignos Monsters : Le retour du fils de la vengeance. Devinez chez qui ? Vent d’Ouest, naturellement.

C’était quand même une sacrée bonne époque où les cinéphiles trouvaient quelques pépites à se mettre sous la dent. Où Stéphane Bourgoin publiait une monographie de Roger Corman (1983) et de Richard Fleischer (1986) chez Edilig et où, avec son complice Pascal Mérigeau, il s’attaquait à la série B pour le même éditeur (1983). Époque aussi où Jean-Pierre Jackson consacrait à ses passions deux livres remarquables : le premier sur Russ Meyer chez PAC (1982), le second sur le serial américain (La suite au prochain épisode chez Yellow Now en 1994). Et où, donc, Jean-Pierre Putters nous faisait découvrir ces films fauchés mais ô combien gratifiants avec ces monstres navrants, rigolos et réellement attachants.

Alors, ces Craignos Monsters, kézaco ? Une série d’articles un peu en vrac, avec des pages consacrés à des réalisateurs entrecoupées de pages vertes où des films la plupart du temps inconnus au bataillon sont résumés… assez vertement. La force de Jean-Pierre Putters est de ne jamais se prendre au sérieux, tout en livrant un boulot qui, lui, l’est véritablement. Notre gaillard a dû dévorer les Midi-Minuit Fantastique et les magazines américains, les Famous Monsters of Filmland de Forrest J. Ackerman, les Filmfax et autres Femmes Fatales, toute cette littérature dont les lecteurs français étaient privés jusqu’à présent (moins évidemment depuis l’arrivée d’internet). Et nous fait profiter de son immense culture en rigolant.

Rigoler est certes le maître mot de ces Craignos Monsters mais apprendre en est un autre. Bon, vous allez me dire, en trois volumes, Putters n’avait-il pas fait le tour de tous ces nanars ? Certes, le filon commençait à se tarir et ce quatrième volume, au titre mérité de Retour du fils de la vengeance, semble s’adresser à un public plus vaste, moins aficionado. Ouvrir sur les grands singes et King Kong ne va sans doute pas donner des frissons à qui s’intéresse aux raretés joyeuses découvertes dans les trois précédents opus. Alors, le Jean-Pierre creuse plus profondément le sillon forcément abreuvé de sang impur et convoque, par exemple, Stark Mad, un film de 1929 (soit quatre avant l’arrivée de Kong) dans lequel des explorateurs à la recherche d’un temple maya vont se casser le nez sur un singe géant.

konga-1961-02-g

Konga (1961) de John Lemont avec Claire Gordon

Mais ne nous emballons pas et replongeons un temps dans notre bibliothèque. Attendez, ah, voilà, j’ai remis la main dessus. Le Craignos Monsters number one s’ouvrait déjà lui aussi sur des affiches de Tarantula, King Kong et Godzilla. Sa mise en pages ressemblait déjà à celle d’une revue, sans réelle continuité. On avait une série de doubles pages consacrées à la bio d’un réalisateur (qui se suivaient quand même dans l’ordre alphabétique). Le tout entrecoupé de « Ils sont dingues… Ils font peur… Ils sont moches… Ils font rire », petites notules croquignolesques sur des films appétissants. Quant aux cinéastes qui avaient droit à une étude en règle, la liste de leurs noms faisait plaisir à lire : Al Adamson, Jack Arnold, William Beaudine, Edward Bernds, Paul Blaisdell, Larry Buchanan, Edward L. Cahn, Richard E. Cunha, René Cardona, etc., jusqu’à Edward D. Wood Jr et Jean Yarbrough. Comme un bon remake, Craignos Monsters : Le retour du fils de la vengeance bénéficie de plus de moyens : le livre contient plus de pages et est davantage illustré. On y retrouve les personnages qu’on a aimés dans les précédents épisodes : Jack Arnold, Edward Cahn, Bert I. Gordon sont toujours là, avec un texte identique. D’autres sont plus étoffés (Jess Franco, Roger Corman). Est-ce une impression ? Malgré tout, on sent JPP moins à l’aise avec la filmo à rallonge de Franco qu’il ne l’est avec les bons vieux Fred Sears, Kurt Neumann ou Reginald LeBorg.

Comme dans tout bon remake, les thèmes sont repris : ainsi les singes géants, qui apparaissaient déjà dans Le re-retour. Depuis, bien sûr, est sorti le King Kong de Peter Jackson qui trouve une belle place dans La vengeance du retour du fils. Ou plutôt Le fils du retour de la vengeance. Bref, dans Le retour du fils de la vengeance. Les parenthèses existent d’ailleurs toujours dans cet ouvrage, avec les fiches du Dr Jabuse et des chapitres uniquement illustrés : Ô Momie Blues, les morts-vivants, le Japon, le yéti, les robots… Le mélange reste le grand principe de la série des Craignos Monsters, comme si chaque bouquin était une version cartonnée et beaucoup plus épaisse d’un magazine (Mad Movies par exemple), passant en quelque sorte du coq cornu à l’âne ailé (pour rester dans les monsters plutôt craignos).

la-chose-surgit-des-tenebres-the-deadly-mantis-1957-4

The Deadly Mantis (1957, La chose surgie des ténèbres) de Nathan Juran, avec Alix Talton

Agréable à feuilleter, Le retour, etc. découle donc tout à la fois d’un savoir-faire certain et d’une certaine vulgarisation d’un domaine somme toute pointu. C’est entendu, chacun des précédents opus étaient génialissimes et roboratifs. Pour le quatrième, Putters a davantage opté pour la forme que pour le fond, reprenant on l’a vu beaucoup du contenu des précédents. Dommage qu’il n’ait pas poursuivi son alphabet des personnalités. Arrêtons là les critiques : le boulot de JPP est suffisamment conséquent pour qu’on en dise du bien, en glissant qu’il sera bon de l’avoir dans sa bibliothèque.

Jean-Charles Lemeunier

Ze Craignos Monsters : Le retour du fils de la vengeance, paru chez Vent d’Ouest le 26 novembre 2014.

Publicités

3 réflexions sur “Ze Craignos Monsters : Le remake était presque parfait

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s