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Après avoir été faire un tour dans l’au-delà et arpenter des sentiers, la gloriole militaire se voit tresser une couronne avec Les Lauriers de la gloire, un film de guerre des plus originaux, réalisé en 1986 par un certain Hans Scheepmaker. Largement illustrée via des productions majoritairement anglo-saxonnes, la guerre du Vietnam a, dans la réalité comme dans les fictions (nombreuses durant les eighties, voir Portés disparus en 1984, Platoon en 1986…), largement contribué à mettre en sourdine celle de Corée. Les Lauriers de la gloire est peut-être le seul film des années 80 à se situer durant ce conflit ultra-sanglant qui fut une conséquence directe du « partage du monde » après le second conflit mondial et une guerre majeure dans l’affrontement Est-Ouest. Scindée en deux par le 38e parallèle, la Corée devient communiste au Nord, pro-occidentale au Sud, l’une soutenue par la Russie Soviétique et la Chine, l’autre par l’oncle Sam et ses alliés. Lorsque les forces nord-coréennes envahissent le Sud, les Nations-Unis répliquent par l’envoi de contingents internationaux (surtout étasuniens). Parmi les pays représentés, la Hollande. Le film, production hollando-coréo-allemando-étasunienne tourné en Corée et auquel est associé la Cannon de ces chers Mémé et Yoyo, présente une de ces compagnies largement constituées de Hollandais.

Situé en 1951, le long-métrage débute relativement classiquement avec vingt minutes de présentation d’un groupe de soldats : rires, larmes, bitures, blagues à la con, baisage de prostituées… Se détache cependant de ce premier acte le personnage principal, le sergent Sye (Everett McGill dans un de ses meilleurs rôles), un vétéran ayant combattu les Allemands, puis parti combattre en Indonésie avant de se sentir « comme chez lui » dans le bourbier coréen. Étonnant mixe entre les personnages de Bruno Crémer dans La 317e section, de Tom Berenger dans Platoon, de Jack Palance dans Attack et de James Coburn dans Croix de fer, soit entre le fou de guerre et le révolté écœuré, Sye apparait à l’écran d’abord à poil, uniquement vêtu d’un ruban sur la queue et balançant des répliques cyniques et terminales à ses hommes. Suite au flingage involontaire d’une adolescente dans un village suspect, la compagnie s’installe sur le lieu-même de l’incident. Les hommes, plus traumatisés qu’ils ne paraissent, se prennent une cuite. L’ennemi les surprend. C’est le massacre.

Visiblement peu intéressé à présenter une scène de guerre anthologique, le réalisateur s’acquitte de 2-3 minutes d’explosions nocturnes avec des figurants et des cascadeurs courant dans tous les sens. C’est la suite qui sort nettement le film de l’ordinaire : Sye, plusieurs fois blessé, semble être le seul survivant du carnage. Il achève un de ces hommes brûlé vif et agonisant, tente vainement d’en sauver un autre dont les tripes sont sorties du ventre, et rampant, claudiquant, se retrouve le pied coincé sous un camion alors que des éléments arrières de l’armée chinoise circulent épisodiquement, pillant les cadavres, mettant hors d’état les véhicules, récupérant les armes. Coincé sous le camion, Sye survit dans le silence d’un hameau calciné où les rats commencent à festoyer. Il ne doit son salut qu’à ses réflexes de soldat aguerri et la rencontre de plusieurs personnages, dont le bref passage d’un étonnant soldat chinois qui, parlant anglais et ravit de trouver un interlocuteur, va dépanner le sergent avant de se jeter sur une grenade devant un Sye qui se demande comme nous ce qui se passe.

Multipliant les scènes décalées sans un instant ennuyer, Les Lauriers de la gloire se révèle jusqu’à son final une œuvre morbide, brutale, désenchantée, pessimiste et assez fascinante, tout à fait étonnante aujourd’hui comme à l’époque, celle d’un cinéma guerrier reaganien plutôt belliqueux auquel a largement participé la Cannon.

Tonton Hellebé


FIELD OF HONOR
Réalisation : Hans Sheepmaker & Dae-hie Kim
Scénario : Henk Bos & Dae-hie Kim
Photo : Hein Groot & Eung-hwi Heo
Montage : Victorine Habets
Pays : Etats-Unis, Pays-Bas, Corée du Sud
Durée : 1 h 30
Sortie : 23 avril 1986

 

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