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basic_Connie Nielsen
A l’origine du renouveau du cinéma d’action hollywoodien, John McTiernan est réputé pour être un cinéaste purement « masculin ». Pourtant l’auteur de
Predator ou de Die Hard, pour ne citer qu’eux, est également un élégant portraitiste de femmes ainsi qu’un romantique à peine caché. La preuve avec des personnages ou situations issus de quelques uns de ces films, dont le dernier en date, le trop sous-estimé Basic.
Un groupe de Rangers, emmenés par un sergent sévère et implacable, sont portés disparus après un entraînement dans la jungle de Panama. Les deux seuls rescapés de ce qui apparaît comme un massacre sont alors interrogés par le capitaine Julia Osborne ainsi que par un agent de la DEA soupçonné de corruption.

Dans la carrière cinématographique de John McTiernan, Basic survient juste après le catastrophique Rollerball. Remake d’un film de Norman Jewison, ce dernier, charcuté par des producteurs sans vergogne, est sans aucun doute l’échec le plus cuisant du cinéaste. Retrouvant alors un total contrôle sur son œuvre, McT signe avec Basic un étonnant mille-feuilles filmique, un Rashomon déplacé dans une base militaire américaine, bien loin du simple long-métrage bourrin à multiples rebondissements que bon nombre de spectateurs y ont vu à l’époque. En effet, cette œuvre complexe et intelligente, qui bénéficie, comme toujours chez ce réalisateur, d’une mise en scène stylisée et inventive, cache sous ses aspects de pamphlet militaire, un incroyable portrait de femme. Car, si le film commence avec le point de vue d’un Travolta particulièrement musclé et burné, c’est incontestablement le personnage féminin interprété par Connie Nielsen qui va devenir le pivot de cet œuvre dense. D’ailleurs, si cette inversion des rôles se concrétise, au milieu du film, par une scène de baston, assez décalée, entre les deux inspecteurs et chorégraphiée comme une scène de danse sensuelle (renvoyant à la séquence de danse de Thomas Crown chorégraphiée, elle, comme un jeu de domination entre Catherine Banning et Crown), des signes annonciateurs apparaissent dès la première séquence. En effet celle-ci voit défiler des imagés décalées défilant sur le boléro de Ravel et où Nielsen parle des ouvriers morts durant la construction du Canal de Panama. Et tout au long de ce film, son personnage, le capitaine Osborne, va n’avoir de cesse de se transcender pour garder son enquête et de dépasser , dans ce milieu ultra-machiste, les difficultés et les obstacles inhérents à son sexe pour devenir la figure principale de ce long-métrage à multiples lectures.

basic_capitaine osborne

Femmes, je vous aime….
Pour ceux qui seraient étonné de la présence d’un tel caractère dans la filmographie, souvent décrite comme intégralement masculine, de McTiernan, un rapide survol de la carrière de ce génial réalisateur suffit à dissiper l’incompréhension.
Prenons, par exemple, l’extraordinaire Predator qui révéla il y a presque trente ans, McT au monde entier. Dans ce chef-d’œuvre sanglant et barbare, l’autre survivant avec le gouverneur « Dutch » Schwarzenegger, du massacre perpétré par le monstre venu de l’espace n’est autre qu’une jeune rebelle, personnage fort, au moins aussi intense que peut l’être l’alien ou Dutch.
Dans Medecine Man, long-métrage écologique brillamment réalisé malgré des stéréotypes de narration, le personnage interprété par Lorraine Bracco ressort de l’aventure amazonienne au moins autant transformée par le médecin qu’elle est venue rencontrer que influençable au yeux de celui-ci.
Et lorsque la femme n’est pas le personnage principal ou l’un des principaux, elle peut être à l’origine des actes perpétrées par le héros comme dans Le 13ème Guerrier où Antonio Banderas part en exil vivre l’aventure que l’on connaît uniquement parce qu’il est coupable du simple fait d’être amoureux d’une femme « interdite » !
Si la femme est une figure importante de l’univers cinématographique, rempli de testostérone, de John McTiernan c’est que ce dernier, sous ses aspects d’action man efficace et novateur est un romantique, ce dont témoignent, entre autres, deux films importants de cet auteur.

medicineman_lorraine bracco

La main dans le sac
Thomas Crown est , sous ses apparats de financier redouté, un cambrioleur solitaire. Il croise alors, suite à un de ses vols, Catherine, une enquêtrice engagée par les compagnies d’assurance. Une partie d’échec s’engage alors entre ses deux personnages en quête d’action et d’amour.
Si ce film est le remake officiel de celui de Norman Jewison ( encore lui ! ), l’œuvre de McT rappelle pourtant plutôt La Main au collet tant son couple de stars s’approprie davantage le modèle hitchcockien que celui d’origine formé par Steve McQueen et Faye Dunamay. Savant mélange de suspense et de glamour, porté par une réalisation efficace et une histoire simple mais parfaitement limpide, Thomas Crown bénéficie d’un duo d’acteurs glamour et diablement érotique qui rappelle donc le cinéma hollywoodien des années 1950. En grand romantique qui ne s’ignore pas, McTiernan réussit dans cette œuvre bien loin d’être mineure, la parfaite alchimie entre le flegme britannique d’un Pierce Brosnan loin du rôle de James Bond qui l’a rendu célèbre, et le charme, la force mais également la fragilité et la finesse de Renée Russo, qui trouve enfin le rôle féminin qu’elle mérite.
En effet, malgré la présence en temps que producteur de la méga star qu’était l’agent 007 de l’époque, McT semble, tout au long de son film, n’avoir d’yeux que pour sa vedette féminine, filmée comme une déesse grecque dès sa première apparition sur l’écran.
Divertissement brillant, Thomas Crown est au final un opus d’un romantisme empreint de nostalgie embelli également par un magnifique portrait de femme.

Thomas Crown_la divine Catherine Banning

L’autre long-métrage à composante romantique du réalisateur, c’est bien évidemment Die hard ou Piège de cristal pour les non-anglophones.
Action movie tenu par un rythme d’enfer et un suspense de tous les instants, Die Hard ne repose pourtant que sur une idée simple et usitée. Un homme ( Bruce Willis qui trouve la consécration après une carrière télévisuelle ) tel un Orphée moderne, va chercher à s’extirper de l’enfer, soit de toutes les embûches semées sur sa route ( en l’occurrence des terroristes prenant en otage le personnel d’une société japonaise ) pour tenter de reconquérir le cœur de sa belle Eurydice. Si en plus, on rajoute que l’action du film se déroule le soir de Noël, on voit incontestablement les éléments romantiques se mettre en place.
Rassemblant alors les ingrédients idéals du cinéma d’action, reposant sur un soupçon continuel de romantisme, Die Hard synthétise alors l’essence de la filmographie de John McTiernan, soit un cinéma d’action essentiellement masculin mais où la femme est le pivot central voire essentiel.

Fabrice Simon

 

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2 réflexions sur “Dossier John McTiernan – la féminité : Où sont les femmes ?

  1. Bien vu. Les perso féminins sont primordiaux dans Médicine Man, Thomas Crown et Basic. Du coup, je regrette même que l’article de mister Simon (qui aime bien le mot « alors ») ne soit plus long.

  2. Pingback: Dossier John McTiernan – dimension fantastique : aux frontières de l’autre | Le blog de la revue de cinéma Versus

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