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Lorsqu’en 1972, Jean Yanne décide de se lancer dans la mise en scène et signe Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, la surprise est de taille et le succès au rendez-vous. Le comique a des choses à dire, ce dont on se doutait, des comptes à régler aussi (entre autres avec la radio) et le public suit. Dix ans après, alors qu’il a enchaîné avec deux films réjouissants (Moi y’en a vouloir des sous et Les Chinois à Paris) et deux autres ayant moins retenu l’attention (Chobizenesse et Je te tiens, tu me tiens par la barbichette), Yanne s’attelle à une production beaucoup plus ambitieuse avec Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (un titre dans la veine de son auteur). À la même époque, Mel Brooks vient de sortir La folle histoire du monde. Malgré la sympathie que dégagent ces deux personnalités, l’Américain et le Français, force est de reconnaître que ces deux épopées à costumes perdent un peu du souffle si on les compare aux succès qui ont jalonné la carrière des deux amuseurs. Et restent loin derrière La vie de Brian, modèle du genre. Peut-être manque-t-il à Deux heures moins le quart la patte de Gérard Sire, qui a co-écrit tous les films de Jean Yanne et qui disparaît en 1977, alors que Je te tiens, tu me tiens n’est pas encore sur les écrans.

Jean Yanne, qui s’est installé à Los Angeles, beaucoup pour raisons fiscales, revient en France proposer sa fantaisie historique à Claude Berri et Tarak Ben Ammar qui vont la produire. Yanne le dit à qui veut l’entendre de ses intervieweurs, il est persuadé que les problèmes contemporains se retrouvent à toutes époque et qu’il y avait déjà, par exemple, une circulation encombrée dans les rues de la Rome antique. On se souvient d’ailleurs de son fameux sketch joué avec Paul Mercey, où deux conducteurs de chars romains s’engueulent en latin de cuisine. Mercey fait appel à un flicum (Lawrence Riesner) qui le verbalise pour défaut de vignettum et d’assuransum. « Merdum ! Merdum ! » s’époumone le pauvre Mercey, conduit illico presto au commissariatum.

Merdum

Le sketch est resté dans les mémoires et Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ conserve ce même esprit potache. Mercey et Riesner sont d’ailleurs toujours de la partie, l’un en commerçant et l’autre en légionnaire romain qui vient régler un conflit de circulation entre Mercey et Yanne. Comme à la bonne époque. Mis à part que Yanne ne se borne pas à reproduire ce qui a déjà été écrit par le passé. Il reforme le trio des deux conducteurs de chars et du flic, les replace dans la même situation en changeant les dialogues. Juste pour le plaisir du clin d’œil que les connaisseurs apprécieront.
Paul Mercey incarne donc un commerçant qui, avec la plupart de ses collègues, ne cesse de râler après tout : les lois, le gouvernement de César, les impôts, le stationnement, etc. Avec des airs de Cidunati, les commerçants veulent se regrouper et désignent l’un d’entre eux, un « charagiste », comme leur leader. Ici c’est le dernier qui a parlé qui a raison et comme c’est Ben-Hur Marcel (Coluche), le dit charagiste, qui a causé le dernier, c’est lui qui devient le représentant syndical des mécontents.
Ajoutez à cela une grogne qui, sous l’influence du consul, se transforme en vrai/faux complot surveillé par le pouvoir et vous aurez une vague idée de ce que peut être Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ. On y trouve aussi une grève des gladiateurs, les compagnies romaines de sécurité, des pubs pendant jeux du cirque, etc.
La critique sociale avancée dans le film est quelque peu poujadiste mais, comme c’est Jean Yanne, on pardonne tout. Car la sympathie que dégage l’acteur-réalisateur est contagieuse. Et pour lui, l’important est de faire rire. Pendant plus de deux heures moins le quart (110 minutes exactement), Yanne s’amuse donc à enfiler les anachronismes et à donner à ses copains, Serrault en tête, des rôles cousus main pour lesquels le surjeu est de mise et le rire assuré. En Jules César efféminé, tout juste sorti de La cage aux folles, Michel Serrault est irrésistible. Il faut le voir minauder, se mettre à crier d’une voix pas très virile ou articuler en accentuant les finales « César est un homme comme un autre, l’homme est laid … Nous les hommes sommes moches ! »

Serrault Coluche

À ses côtés, Coluche, Michel Auclair, Darry Cowl, Michel Constantin, André Pousse, Paul Préboist, tout ce petit monde en jupette, recueillent quelques lauriers. Enfin, côté dames, nous retrouvons Françoise Fabian et Mimi Coutelier qui campe une Cléopâtre bien mimi. Sans parler des vedettes de la radio et de la télévision qui font ici des apparitions cocasses : Yves Mourousi en présentateur de la télé romaine, Léon Zitrone qui commente les jeux du cirque et José Artur en patron de boîte de nuit gay.

Cléopâtre

Si les gags se suivent, certains sont dus aux aléas de la production. Ainsi, Jean Yanne a attendu jusqu’à la dernière minute pour accompagner le cortège de Cléopâtre, deux éléphants. Mais Tarak Ben Ammar ne put en trouver et Yanne se contenta d’un singe et deux faucons qui reviennent beaucoup dans le dialogue. Gilles Durieux raconte cette anecdote dans son livre, Jean Yanne : Ni Dieu ni Maître (même nageur)  (2005, Cherche-Midi), ainsi que les tensions nées entre Yanne et Coluche pendant le tournage en Tunisie.
Bien sûr, bien plus tard, Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre balaiera tout sur son passage et deviendra le symbole parfaitement achevé du pastiche du film historique. Mais Chabat a vu Deux heures moins le quart et lui rend même hommage, là avec un crocodile qui s’appelle Serge (chez Yanne, c’est le lion qui se nomme Lucien), ou avec la séquence finale, pendant le générique, de la boîte de nuit où officie Mathieu Kassovitz. Dans Deux heures moins le quart, c’est José Artur qui filtre les entrées de la boîte. Une séquence très amusante au cours de laquelle Coluche, qui cherche les auteurs d’un complot, demande à Serrault s’il en est. Suit alors un long dialogue à double sens dont la lourdeur fait marrer.

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Le succès du film, qui bat des records en première semaine et finira son parcours à plus de 4 millions 600 000 entrées relancera la carrière de Yanne comme cinéaste. Il enchaîne peu après avec Liberté, égalité, choucroute, qui se déroule cette fois lors de la Révolution française. Mais ceci est une autre Histoire.

Jean-Charles Lemeunier

Version restaurée éditée en DVD et Blu-ray par Pathé le 10 septembre 2014 (en même temps que L’Africain de Philippe de Broca).

Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ
France
Réalisation : Jean Yanne
Scénario : Jean Yanne
Photo : Mario Vulpiani
Musique :Jean Yanne et Raymond Alessandrini
Distribution : AMLF
Durée : 110 minutes
Date de sortie France : 6 octobre 1982
Avec : Jean Yanne, Michel Serrault, Coluche, Mimi Coutelier, Michel Auclair, Darry Cowl, Françoise Fabian, André Pousse, Michel Constantin, Daniel Emilfork, Paul Préboist, Philippe Clay, Paul Mercey, Yves Mourousi, Léon Zitrone, José Artur, Valérie Mairesse

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