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Le fringant Harrison Ford

Si l’on vous racontait qu’en 1928, pour un film dont le titre français est L’amour joue et gagne, la Paramount avait réuni Harrison Ford et William Holden, que diriez-vous ? Que le petit père Harrison a beau ne pas faire son âge, il a quand même beaucoup plus d’années sur le dos qu’il ne l’avoue ? Vous n’y êtes pas. Prévert avait trouvé un adage, « menteur comme un générique », qui signifiait que, souvent, les personnes créditées en tant qu’écrivains ou réalisateurs n’étaient pas forcément celles qui avaient signé le scénario ou la réalisation du film.

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L’oublié Harrison Ford

Dans le cas qui nous occupe, le générique n’est pas si menteur que cela. Harrison Ford a bien participé à un film tourné en 1928. Mais… ce n’est pas le même Harrison Ford qui traîne son talent dans les Star Wars et autres grands films. Cet Harrison-là est né en 1884 et mort en 1957 et a été une vedette au temps du cinéma muet. Il a d’ailleurs son étoile sur le fameux Walk of Fame de Hollywood Blvd, bien avant que l’autre Harrison Ford, celui dont la moue tordue plaît tant aux dames, ait la sienne en 1993. Si vous désirez plus de précisions, sachez que l’étoile du Harrison muet est située au n°6665 du boulevard, tandis que celle d’Indiana est au 6801.

De même que dans une nouvelle de Borges, un certain Pierre Ménard s’est mis en tête de réécrire à l’identique le Don Quichote de Cervantes, le cinéma anglo-saxon dans sa grande généralité (autant chez les Britanniques que les Américains) a souvent multiplié les individus du même nom. C’est une habitude chez eux, les homonymies sont fréquentes (car il n’existe aucune parenté entre les deux Harrison). Et d’ailleurs, puisqu’on était sur L’amour joue et gagne, le William Holden qui donnait la réplique muette à Harrison Ford n’a rien à voir avec le William Holden des années cinquante et soixante, celui de Sunset Boulevard, La horde sauvage et du Pont de la rivière Kwaï. Le premier William Holden, né Willis Chester Holt, a vécu de 1862 à 1932. Le second, né William Franklin Beedle Jr, de 1918 à 1981. Allez vous y retrouver avec tout ça.

Tyrone power

Tyrone Power, un Junior qui cache bien son jeu

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De toute évidence, c’est au sein des cinémas britannique et américain que l’on croise le plus de noms identiques. Car en France, exception faite de MC Jean Gab’1, on ne trouve pas vraiment de répétition dans les noms d’artistes. Bon, certes, il existe bien deux Paul Barge, l’un né en 1890 et mort en 1960, l’autre né en 1941, mais le grand public et même la quasi totalité des cinéphiles ne connaissent ni l’un ni l’autre. Les Américains, eux… Déjà tout commence avec les Sr et les Jr. Un acteur (ou réalisateur) qui porte un nom (appelons-le Noah Beery, Douglas Fairbanks, Jason Robards, Tyrone Power, Robert Downey) n’ajoute jamais Sr à son patronyme tant qu’il n’a pas d’enfant. Mais quand cet enfant devient célèbre à son tour, il lui arrive d’ôter le Jr à partir du moment où son nom s’est imposé auprès du public. Dans cette série de Sr/Jr, le cas de Tyrone Power est un peu à part. Pour tous les amateurs de cinéma, le nom désigne un acteur beau gosse (1914-1958), vedette de la Fox des années 30 (In Old Chicago, Suez, Jesse James, etc.) et époux d’Annabella, puis de Linda Christian, deux beautés à vous rendre jaloux de ce freluquet. Tyrone, de son vrai nom Tyrone Edmund Power Jr, avait pour père un Tyrone Power (1869-1931) qui fut une vedette du muet. Le Ty que l’on connaît le mieux est donc un Junior. Là où ça se complique, ce qui prouve que les Power sont vicelards, c’est que notre Tyrone Power est le père d’un troisième Tyrone Power qui a participé à la série Amour, gloire et beauté et qui, du coup, se fait appeler Junior alors que son nom de baptême est Tyrone Power IV. Vous suivez ? Parce que moi j’ai décroché depuis longtemps !

Tyrone Power Jr

Tyrone Power Jr, le troisième du nom (ou le quatrième, on s’y perd)

James Mason

James Mason le Britannique, celui dont tout le monde se souvient

Restons dans le muet. On retrouve souvent dans les génériques le nom de James Mason. Entre autres dans l’impressionnant The Penalty (1920) de Wallace Worsley, rebaptisé Satan en français, dans lequel Lon Chaney incarne un chef de gang ayant perdu l’usage de ses jambes. Ce James Mason n’a évidemment rien en commun avec l’immense comédien britannique, si brillant dans Pandora (1951) d’Albert Lewin, L’affaire Cicéron (1952) de Mankiewicz ou La mort aux trousses (1959) de Hitchcock, pour ne citer que ces titres. Et si l’on veut poursuivre à la fois chez les British et les Américains, ajoutons que Peter Graves (1911-1994) est un acteur anglais des années quarante-cinquante alors que l’Américain Peter Graves (1926-2010) a immortalisé le nom de l’agent spécial Jim Phelps dans la série Mission impossible. Le grand cinéaste et scénariste américain Richard Brooks (1912-1992) ne doit pas être confondu avec l’acteur black, américain lui aussi, Richard Brooks (né en 1962). De même que Robert Taylor (1911-1969), qui débute en 1934, est l’acteur de Trois camarades (1938) de Borzage, d’Ivanhoé (1952) de Richard Thorpe et de Traquenard (1958) de Nick Ray, alors que Robert Taylor, né en Australie en 1963, est celui de Matrix (1999) des Wachowski.

PETER GRAVES

Oublier Peter Graves ? La mission est impossible !

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Tandis que l’autre Peter Graves (ici, à droite, avec Michael Caine dans Alfie) a disparu des mémoires

De même que l’acteur canadien Graham Greene (né en 1952), dont les origines iroquoises lui ont valu de beaux rôles dans Danse avec les loups (1990), Cœur de tonnerre (1992) ou le troisième Die Hard (Une journée en enfer, 1995), n’a jamais écrit Le troisième homme, La puissance et la gloire, pas plus que Notre agent à La Havane ou Voyages avec ma tante. Il s’agit du Graham Greene britannique (1904-1991), tant de fois adapté à l’écran.

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Un Graham Greene peut en cacher un autre : l’écrivain britannique…

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… ou l’acteur canadien (ici dans Danse avec les loups)

Les fans de Game of Thrones ont repéré forcément Oona Chaplin, qui joue le rôle de Talisa, la femme de Robb Stark (Richard Madden). Son véritable nom est Oona Castilla Chaplin. Elle est née en Espagne en 1986. Sa mère n’est autre que la célèbre Geraldine Chaplin, elle-même fille de Charlie Chaplin et d’Oona O’Neill Chaplin (1925-1991). Un des demi-frères aînés de Geraldine s’appelait Sydney Chaplin (1926-2009). Il débute chez son père (Limelight, en 1946) et on le voit aussi dans La terre des pharaons (1955) de Howard Hawks ou Le clan des Siciliens (1969) d’Henri Verneuil. Et même, mais gardez cela pour vous, dans La grande maffia (1971) de Philippe Clair, aux côtés de Francis Blanche et d’Aldo Maccione. Le papa de Sydney, le grand Charlot, avait lui-même un frère qui se nommait… Sydney Chaplin (1885-1965), qui fut plusieurs fois son partenaire (Charlot soldat, Le pélerin, Pay Day, etc.) et qui eut lui-même son heure de gloire en 1915 et sa série de films sous le nom de Gussle.

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Sydney Chaplin, le frère de Charlot

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Sydney Chaplin, le fils de Charlot (ici avec Joan Collins dans La terre des Pharaons)

Dans tout ce qui précède, il est clair qu’il n’existe aujourd’hui aucune confusion possible. Lorsque les médias citent le nom de Harrison Ford, il s’agit bien de l’acteur contemporain. Idem pour Bill Holden ou Peter Graves. Mais qu’en est-il de Steve McQueen ? Le héros de Bullitt (1968) et de The Getaway (1972), disparu il y a 34 ans, est toujours aussi populaire et quelques grandes marques utilisent encore son image. Le cinéaste britannique né en 1969 l’est tout autant et ses films (Hunger, Shame, Twelve Years a Slave) connaissent une grande audience et une reconnaissance internationale.

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Steve l’acteur

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et Steve le réalisateur

Signalons enfin un cas particulier, celui où certaines homonymies sont difficiles à porter. Né en 1963, le Canadien Michael John Myers (alias Mike Myers), héros des deux Wayne’s World et des trois Austin Powers, que l’on retrouve également dans Inglourious Basterds de Tarantino, porte le même nom que le terrifiant criminel de la série des Halloween. Si Mike Myers fait pleurer de rire, Michael Myers fait plutôt pleurer de trouille. À chacun ses goûts !

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Les dents de ce Mike Myers sont tout aussi effrayantes

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que le masque de ce Mike Myers-là

Jean-Charles Lemeunier

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