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Lorsqu’en 1939, Scarlett O’Hara saisit, sous les traits de Vivien Leigh, une poignée de terre rouge de Tara, la brandit au ciel et montre sa détermination à s’en sortir, le spectateur de cinéma se dit que, désormais, le héros a du souci à se faire et d’ailleurs, dans Gone with the Wind (Autant en emporte le vent), Clark Gable se fait tenir la dragée haute par la flamboyante Scarlett. « Dieu m’est témoin, clame-t-elle, que je ne me laisserai pas abattre. »

Les femmes d’action sont mises à l’honneur dans plusieurs sorties DVD : Attaque à mains nues de Cirio Santiago et Une femme dangereuse de Don Schain dans la collection Action Girls, chez Le chat qui fume, et trois « aventures » d’Actiongirls de Scotty JX chez Bach Films. Une belle occasion de revenir sur quelques-unes de ces fortes têtes.

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La jolie fille qui ne se laisse pas faire et le méchant cowboy : Jennifer Jones et Gregory Peck dans Duel au soleil

Voulant renouveler tout à la fois le succès d’Autant en emporte le vent et la figure d’une femme forte, le producteur David O. Selznick va à nouveau épuiser un cheptel de réalisateurs, à la manière d’un rancher menant ses vaches à l’assaut des prairies. On sait que si Gone a finalement été signé par Victor Fleming, plusieurs autres grands noms y ont travaillé, à commencer par George Cukor et Sam Wood. Pour Duel in the Sun (1946, Duel au soleil), Selznick va embaucher King Vidor (qui sera le seul réalisateur crédité) mais aussi Otto Brower, William Dieterle, Sidney Franklin, William Cameron Menzies et Josef von Sternberg. Là encore, une jolie et forte femme va devoir tenir tête aux vaqueros qui lui tournent autour, à commencer par le séduisant (et méchant) Gregory Peck. Selznick confie ce rôle qu’il désire tout aussi lumineux que celui de Scarlett à sa compagne officieuse, Jennifer Jones. Rappelons qu’à l’époque, le producteur est déjà séparé depuis un an de sa femme, Irene Mayer (fille du patron de la MGM Louis B. Mayer), dont il ne divorcera qu’en janvier 1949. Cette même année, il épousera Jennifer Jones.

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Mais on aurait tort de croire que Scarlett O’Hara ou Pearl Chavez, l’héroïne de Duel au soleil, soient les premières femmes fortes du cinéma américain. Dès 1914, The Perils of Pauline (Les périls de Pauline) et The Exploits of Elaine (Les mystères de New York) mettent en avant le charme et la hardiesse de leur interprète, Pearl White. Laquelle fait très vite délirer les surréalistes, Aragon en tête, qui la rebaptise Perle Vite. Dans Anicet ou le panorama, roman, l’écrivain écrit son enthousiasme. « Pearl White n’agit pas pour obéir à sa conscience, mais par sport, par hygiène : elle agit pour agir. »

En chemisette dans des sables mouvants (ne pas oublier que la femme d’action se doit d’être sexy), une arme à la main, Pearl est abandonnée par les méchants qui s’enfuient à cheval. « Une chance sur mille », nous indique un intertitre : elle tire sur une branche qui descend sur elle et peut s’y accrocher et grimper dessus pour se sauver. Et donne l’exemple à Tarzan dont le premier livre est édité la même année (il est d’abord publié dans un magazine en 1912) et dont la première aventure cinématographique ne verra le jour qu’en 1918.

Les mystères de New York

Mais ne croyez pas qu’après cela la jeune femme se repose. Pearl saute sur un cheval, galope, rejoint le méchant, lui saute dessus, se bat avec lui en roulant dans l’herbe, se prend une manchette, tombe groggy dans un fossé, remonte et continue. Dans The Hazards of Helen (1914), sa concurrente directe, Helen Holmes, poursuit un train en moto. Elle est d’ailleurs capable de sauter dans le train à partir d’une auto ou d’un cheval au galop et de réaliser tellement de prouesses qu’elle contribue, sans le savoir, au travail d’émancipation des Américaines. N’oublions pas qu’en 1913, certaines se battent encore pour l’adoption par le Congrès d’un amendement accordant le droit de vote aux femmes à l’échelle fédérale (certains états l’ont reconnu dès le milieu du XIXe siècle, d’autres non).

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Theda Bara est la Cléopâtre (1917) de J. Gordon Edwards, grand-père du futur cinéaste Blake Edwards

C’était il y a tout juste un siècle et Chaplin testait pour la première fois son personnage de Charlot devant une caméra. Lillian Gish n’avait encore mouillé aucun mouchoir à pleurer ses amours contrariées et Theda Bara n’était encore qu’une jeune femme rosissante qui démarrait sa carrière. Elle n’avait vampé aucun homme et ne pensait pas que, trois ans plus tard, elle allait exhiber à l’écran ses seins nus cerclés de serpents en laiton, sortis du département accessoires de la Fox, dans la tenue (légère) de Cléopâtre. Quant à Valentino, il débarquait de ses Pouilles pour faire danser le tango aux dames dans des boîtes de nuit. 1914 sera aussi l’année de ses débuts.

Le cinéma balbutiait et déjà les femmes s’en emparaient et montraient le chemin. Elles devançaient le premier héros toute catégorie des cavalcades-cascades-sauts en tous genres et grimpettes sur les mâts des navires : le grand Douglas Fairbanks himself. Doug n’apparaît vraiment en trépidante vedette qu’à partir de 1920, bien après toutes les Pearl White et Helen Holmes. Mais aussi Nell Shipman. Cette actrice et réalisatrice a incarné elle aussi des femmes fortes dans des films muets souvent inspirés des bouquins de James Oliver Curwood se déroulant dans le Grand Nord.

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Helen Gibson dans Hazards of Helen

Chaque décennie va ensuite avoir ses femmes capables de tenir tête aux garçons. C’est à présent qu’il va sans doute falloir faire du ménage dans les rangs de ces baroudeuses. Car, malgré tout, le cinéma oppose deux types de personnages. Scarlett O’Hara et Pearl Chavez, par lesquelles nous avons ouvert ce dossier, ne sont pas des meneuses. Et elles ne prennent jamais (ou très rarement) les armes. Elles sont, de la même manière qu’une Caroline chérie ou une Angélique, marquise des Anges, en butte aux facéties des hommes : ici une guerre de Sécession, là une Révolution française ou des intrigues de cour à Versailles, ici des marchés aux esclaves et là des attaques de Barbaresques et des assauts intempestifs de tous les mâles aux alentours de ces charmantes damoiselles. Leurs seules armes, pourrait-on dire, sont leurs atouts féminins et elles usent très souvent de cette gâchette-là. Contrairement à elles, Pearl White, Helen Holmes, Nell Shipman mais aussi Helen Gibson (qui succède à Helen Holmes dans la série des Hazards of Helen) et quelques autres se comportent comme des hommes, ont le coup de poing facile, chevauchent, conduisent vite, sautent dans tous les sens… Bref, elles ont la joliesse du corps féminin conjuguée à une détermination virile.

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Au fil du temps, chaque héros masculin va trouver son équivalent féminin : une fiancée pour Frankenstein dès 1935, une série de Tarzanes dignes du Seigneur de la jungle (Jungle Girl, dont on retrouve les aventures dans un DVD édité par Bach Films, Sheena reine de la jungle, Hula fille de la brousse, Toura déesse de la jungle, Liane la sauvageonne, Luana la fille de la forêt vierge, Gungala la panthère noire, Eva la Vénus sauvage, Inara la fille de la jungle, etc.), les super héros ont leur Super Woman, Conan le Barbare se trouve une Red Sonja, l’Homme invisible se coltine une Femme invisible, Dracula se dégote une Alucarda et même King Kong a le bonheur de faire la connaissance d’une Queen Kong.

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Michèle Mercier, inoubliable Angélique (ici dans Indomptable Angélique (1967) de Bernard Borderie

Au cours des années quarante puis cinquante, Rhonda Fleming sera l’une des rouquines qui foncent dans les bagarres mises en scène par Allan Dwan. Autre rousse flamboyante, Maureen O’Hara sera capable, tout au long de sa filmographie, d’affronter John Wayne, quitte à se prendre quelques fessées retentissantes. Certaines deviennent chefs de gang : dans Belle Starr (1941, La reine des rebelles, Irving Cummings), Gene Tierney est toujours aussi belle mais elle commande la troupe. Idem avec Jean Peters dans Anne of the Indies (1951, La flibustière des Antilles, Jacques Tourneur) : Anne a beau être gracieuse, elle tient sous sa botte et son sabre un bataillon de pirates. Il faut admirer encore Barbara Stanwyck dans Forty Guns (1957) de Sam Fuller lorsque la belle préside la table de ses quarante tueurs et que toutes les têtes, à tour de rôle, se retournent vers elle.

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Ce cinéma sous héroïnes est contagieux : les Français s’en emparent et, désormais, on ne peut plus vivre une révolution mexicaine sans Maria y Maria aux commandes d’une mitrailleuse (Viva Maria, 1965, Louis Malle). Ou imaginer un western sans deux cow-girls qui se crêpent le chignon chemises baillantes (Les pétroleuses, 1971, Christian-Jaque). Mais, au pays des pionniers, Bardot et Cardinale ne sont pas pionnières. Des bagarres de filles, les westerns en regorgent, la plus mémorable étant sans doute celle qui oppose Una Merkel à Marlene Dietrich dans Destry Rides Again (1939, Femme ou démon) de George Marshall. Les deux furies s’empoignent, roulent d’abord sur une table puis à terre, s’accrochent à tout ce qu’elles trouvent, une mèche de cheveux ou un bout d’étoffe pour la plus grande joie du public du saloon.

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Le baston féminin : Brigitte Bardot et Claudia Cardinale dans Les pétroleuses (1971)…

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… ou Marlene Dietrich et Una Merkel dans Femme ou démon (1939)

Les modes passent mais la graine est semée. À partir de la fin des années cinquante, quelle que soit l’époque à laquelle se déroule le récit, les femmes ont leur mot à dire et ne se plient plus aussi facilement aux desiderata masculins. L’homme de l’Antiquité a fort à faire avec les Amazones ou les gladiatrices. Il n’y a qu’à voir leur entraînement dans The Arena (1974, Steve Carver) ou son remake de 2001 par Timur Bekmambetov. Avant lui, l’homme préhistorique n’est pas mieux loti lorsque, dans Prehistoric Women (1971, Femmes préhistoriques, Michael Carreras), il voit débouler une horde féminine menée par la délicieuse Martine Beswick. En fait, soyons justes, le héros de ce dernier film (joué par Michael Latimer) ne taille pas les silex. C’est un explorateur qui se retrouve dans un monde magdalénien par un coup de magie.

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Ces nouvelles héroïnes ont désormais d’autres arguments que leurs poitrines généreuses ou leurs formes prometteuses. Avec le temps, les femmes vont s’emparer des flingues. Qu’elle coure après une relique ou la boîte de Pandore, Lara Croft (Angelina Jolie en 2003) les utilise très souvent. Beatrix Kiddo (Uma Thurman) dans Kill Bill (2003) n’a pas de préférence : sabre, couteau ou pistolet, pourvu qu’elle puisse se débarrasser de ses ennemi(e)s. Dans ce film, le bandeau sur l’œil de Darryl Hannah est sans doute l’hommage que Tarantino a tenu à rendre à Christina Lindberg dans Thriller – en grym film (1973, Bo Arne Vibenius), film suédois mythique où une fille violée, devenue droguée, prostituée et éborgnée, va se venger.

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Citons encore Sarah Connor (Linda Hamilton) qui ne se laisse pas effrayer par les Terminators venant du futur et retourne contre eux des uzis et autres fusils mitrailleurs et explosifs (1984). Et que dire de Sharon Stone qui, dans Total Recall (1990) de Paul Verhoeven, donne du fil à retordre au pourtant solide Schwarzenegger et manque lui fiche une branlée.

On remarquera que ces héroïnes musclées aux corps sculptés, jusque là l’apanage des séries fauchées – on pourrait encore mentionner les films d’Andy Sidaris : Hard Ticket to Hawaii (1987, Piège mortel à Hawaï), Savage Beach (1989), Day of the Warrior (1996) et quelques autres encore – sont repérées par les actrices de premier plan qui, elles aussi, veulent devenir les égales de Stallone, Schwarzenegger ou Van Damme. C’est ainsi que l’on voit débouler, armes au poing, des corps féminins bardés de munitions : ce sera celui d’Anne Parillaud dans Nikita (1990, Luc Besson) ou de Bridget Fonda dans son remake américain de 1993, Point of No Return/The Assassin (Nom de code : Nina, John Badham). De Zoe Saldana dans Colombiana (2011, Olivier Mégaton, encore une production Besson). Milla Jovovich dans la série des Resident Evil (née en 2002 sous la houlette de Paul W.S. Anderson), Charlize Theron dans Æon Flux (2005, Karyn Kusama), Jodie Foster dans The Brave One (2007, À vif, Neil Jordan), Angelina Jolie dans Wanted (2008, Timur Bekmambetov) et Salt (2010, Phillip Noyce). Sans parler de la bande de nanas de Sucker Punch (2011) de Zack Snyder.

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Certes, dans ces années 2000, le nanar de type « jolie fille à gros poumons sachant se servir de ses poings » a du mal à survivre et connaît encore quelques épisodes (il n’y a qu’à voir le Bitch Slap de Rick Jacobson, tourné en 2009). Le genre est rattrapé par des cinéastes cinéphiles nourris aux VHS comme certains poulets aux hormones et qui refont du « grindhouse » avec des moyens plus conséquents : Robert Rodriguez avec son génial Planet Terror (2007, Planète Terreur) et le grand Quentin Tarantino, bien sûr, la même année avec son Death Proof (Boulevard de la mort). Ah ! Zoe Bell dans ce film ! Permettez-moi d’ouvrir une petite parenthèse cannoise, souvenir d’une rencontre avec une partie de l’équipe du film au cours d’une soirée à l’Eden Roc d’Antibes : la très grande Zoe Bell, Rosario Dawson et Tracie Thoms, toutes disponibles pour discuter et échanger sur le film. Des soirées comme on n’en fait plus, auraient soupiré les Nuls du temps de leur passage sur Canal.

Zoe et Tracie se retrouvent, en 2013, au cœur de L’Arène (Raze) de Josh C. Waller. Kidnappée, Rachel Nichols doit revivre les combats de gladiatrices dans un bunker transformé en arène. Le DVD/Blu-ray sortira le 27 août chez Wild Side.

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Le grand ancêtre de tous ces films reste Faster Pussycat ! Kill ! Kill ! (1965) et il est temps de donner un coup de chapeau à Russ Meyer et à ses trois formidables interprètes : Tura Satana, Haji et Lori Williams. Elles sont belles et cruelles et font connaître à qui les regarde de beaux Noëls mammaires. Elles tiennent tête aux hommes, les tabassent et rient de leur déconfiture. L’esprit est camp, c’est-à-dire kitsch, de mauvais goût, macho parce que les filles ont de gros nichons et anti-macho parce qu’elles ne sont pas que des objets sexuels. Elles cognent et ricanent et se moquent des mecs dans ce qu’ils ont de plus viril.

Dans cette même veine, machistes cons vs belles gonzesses, il est un corps d’armée encore plus excitant que les uniformes et biceps montrés dans les Rambo : Joseph Guzman, qui a attiré notre attention avec Run ! Bitch, Run ! (2009, l’histoire d’une fille violée qui se venge des immondes salauds qui l’ont faite souffrir), met les bouchées doubles dans Nude Nuns with Big Guns (2010). À poil ou pas, ces religieuses aiment les gros calibres et les voir créer l’Enfer sur terre face à une bande de malveillants vous ferait presque croire à l’existence du Bon Dieu. Enfin, presque. Et puis là n’est pas la question.

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Remontons un peu le temps. Avant les nonnes, il y eut quelques autres effrontées. Le Chat qui fume, une maison d’édition de Montpellier, vient de nous en dégotter deux fleurons, productions américaines tournées aux Philippines. Dans Too Hot to Handle (1977, Une femme dangereuse) de Don Schain (le futur producteur des High School Musical), Cheri Caffaro porte le nom de Samantha Fox, ce qui est déjà bon signe pour qui se souvient de la chanteuse britannique qui cachait si peu son talent dans son corsage. Et je ne parle même pas des pervers qui lui préféraient l’actrice porno du même nom. Cheri/Samantha est donc une tueuse à gages. On parle souvent du goût immodéré (et je l’ai moi-même mentionné) de personnes telles que Tarantino ou Rodriguez pour tous ces films, qu’ils soient américains, japonais ou philippins, où ça se bastonne et où les filles sont jolies. Si des auteurs s’emparent de ces thèmes au cinéma pour les recuisiner à leur sauce, n’oublions que de grands écrivains, tel le Japonais Haruki Murakami, se sont eux aussi passionnés pour des sujets dignes de la série Z qu’ils ont retravaillé de leur patte. Ainsi, dans la très belle trilogie 1Q84 (publiée entre 2009 et 2012), Murakami récupère-t-il le thème de la jolie tueuse à gages.

Bon, revenons à notre femme dangereuse. Samantha est une flingueuse mais comment agit-elle ? On croise dans le film du cuir et des fouets, bref des détails SM visibles par tous. Les tétons débordant du soutien-gorge noir, en string tout aussi noir, la blonde Samantha attache sur un lit, totalement nu, l’homme qui va être sa victime. Outre ses sous-vêtements, la tueuse porte une croix bien visible en pendentif. Guzman avait raison : l’Enfer est vraiment pavé de bonnes intentions.

Masculine par le geste (puisqu’elle tue) mais très féminine d’allure, Samantha utilise les cosmétiques (habituellement réservés aux femmes) pour les transformer en outil de mort. Après l’avoir gentiment pelotée pour la mettre en confiance, notre tueuse ligote sur un fauteuil celle dont elle doit se débarrasser. Elle lui allume la télé pour la mettre face à l’une de ces émissions d’après-midi où l’on fait une démonstration de maquillage. Mais la crème dont elle badigeonne le visage de sa victime n’est pas dermo-apaisante et contient certainement plus d’ingrédients actifs que de textures ultra-sensorielles. D’autant plus quand elle est branchée sur 220 volts…

Attaque à mains nues

Firecracker (1981, Attaque à mains nues) de Cirio H. Santiago, avec Jillian Kesner, est lui aussi tourné aux Philippines. Natif de Manille, Cirio Santiago écume les genres, westerns, polars, espionnage, jusqu’à la blaxploitation. En cheville avec Roger Corman, il fournira le marché US de bandes fauchées mais explosives, constamment sous adrénaline. On lui doit, en 1988, un Expendables qui n’a rien à envier à la récente série de films rassemblant toutes les gloires du film d’action. Dans le sien, Santiago envoie au baroud une équipée sauvage de fortes têtes qui va faire son affaire à l’armée nord-vietnamienne pour libérer des otages américains.

Mais revenons à Firecracker. Je dois avouer mon admiration pour Jilliam Kesner : pourchassée par quelqu’un qui lui veut du mal, la pauvrette fuit en perdant l’une après l’autre les diverses pièces de son vêtement. Alors qu’elle est en culotte et soutien-gorge, devinez quoi ? Jillian est rattrapée et doit faire face à son assaillant qui, le vicelard, lui envoie sa grosse patte velue, laquelle ripant sur le soutien-gorge de la malheureuse, le décroche. Jillian ne se démonte pas, vire ce linge qui la gêne et, les seins nus, reprend le combat. Pour ceux à qui son visage dit vaguement quelque chose, ajoutons qu’elle était la copine de Fonzie (Henry Winkler) dans la série Happy Days (Les jours heureux).

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Sybil Danning dans L.A. Bounty (1989)

Dans le même registre que ces deux films édités par Le chat qui fume, on peut encore penser à Sybil Danning qui, dans L.A. Bounty (1989, Worth Keeter), est une ancienne flic. Devenue chasseuse de primes, elle s’en prend à un tueur fou (Wings Hauser). Lourdement armée. Il faudrait bien entendu encore citer Ripley (Sigourney Weaver) qui se sert autant de son intelligence que d’armes pour venir à bout des différents Aliens (mais là, on revient vers le film d’auteur). Et toutes les stars de la blaxploitation, Foxy Brown (1974, Jack Hill) en tête, incarnée par la sulfureuse Pam Grier. Mais aussi Cleopatra Jones (1973, Jack Starrett) alias Tamara Dobson ou Coffy (1973, Jack Hill) dans lequel Pam Grier, toujours elle, porte la pelisse de la panthère noire de Harlem.

En 1974, Cirio H. Santiago, encore lui, signe un des fleurons de la blaxploitation, TNT Jackson, dans lequel Jeannie Bell, experte en karaté, va venger la mort de son frère par des dealers. Évidemment, la jolie sportive ne fait pas que donner des coups, elle en reçoit aussi. Comme dans cette scène où, dépoitraillée par un méchant Chinois, elle manque se faire brûler les seins par un cigare incandescent. Heureusement, la belle TNT ne démérite pas de son surnom et envoie valdinguer tout ce vilain monde.

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La Comtesse, la Princesse et l’Impératrice ne cachent rien de leurs titres de noblesse (Irene Tsu, Marie O’Henry et Pamela Serpe dans Three the Hard Way en 1974)

J’ai un faible pour le triumvirat de Three the Hard Way (1974, de Gordon Parks Jr) : trois stars de la blaxploitation (Jim Brown, Jim Kelly et Fred Williamson) luttent contre un réseau néo-nazi qui projette de verser dans l’eau qui alimente Los Angeles, Washington et Detroit un poison qui ne tuera que les Noirs (faut déjà y penser). N’arrivant pas à faire causer un des méchants, Fred Williamson appelle trois copines : Countess (Pamela Serpe), Princess (Marie O’Henry) et Empress (Irene Tsu). Écartez-vous de leur chemin, prévient-il ses potes pourtant costauds, sinon vous ne survivriez pas. On comprend mieux lorsque l’on voit les trois donzelles en action. Les seins nus, Countess, Princess et Empress, la Black, la Blanche et l’Asiatique, emploient tous les moyens de torture imaginables pour faire parler leur victime l’infâme nazi. Elles sont des femmes d’action comme on les aime. Bien entendu, cela nous amène au combat de sabre mené par Reiko Ike dans Female Yakuza Tale : Inquisition and Torture (1974, Teruo Ishii), qui a inspiré Tarantino. La jeune femme se retrouve rapidement délivrée de son kimono et se bat entièrement nue face à une horde de vilains.

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Nues, les Actiongirls de Scotty JX le sont également. Les trois bandes éditées par Bach Films (Actiongirls.com, Western Babes et Bootcamp), tournées entre 2005 et 2010, n’ont pas véritablement de scénarios. Un décor est planté (western, films de guerre) et de jolies filles, en provenance des pays de l’Est, arrivent et se déshabillent sur une musique d’ascenseur. Dans Western Babes, par exemple, on assiste au début à l’arrivée dans un saloon de quatre beautés harnachées de cuir. Elles consomment (beaucoup de whisky et un verre de lait), jusqu’à l’arrivée d’une cinquième, en sous-vêtements noirs et manteau de cuir, qui va se mettre à dégainer. La suite se résume à une série de déshabillages dans des décors de l’Ouest différents, avec des filles différentes, sans qu’il n’y ait vraiment un lien de l’une à l’autre séquence.

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Actiongirls.com se base sur un postulat de départ : la Terre, ravagée par une épidémie, est devenue la proie de gangs sanguinaires. Refusant de n’être que des ventres engendrant de futurs soldats après moult viols, quelques femmes ont décidé de se battre. Une chance pour nous : elles sont très jolies et adorent, après quelques exercices de tirs dans le décor futuriste d’une usine désaffectée, se mettre à l’aise avant de poursuivre. Bien entendu, le scénario (si on peut appeler ainsi la trame du film) s’étire et se languit, sauf que tout ceci reste très plaisant à voir.

Bootcamp prend le parti de la télé réalité : un bataillon de jolies filles est amené dans une campagne d’un pays de l’Est (on le devine grâce aux écritures aperçues sur un panneau). Là, elles ôtent tous leurs vêtements et devront, sous la houlette de trois générales tout aussi déshabillées, subir une série d’épreuves qui en feront des Actiongirls. Le tout sous l’œil de plusieurs caméras tenues, bien entendu, par des hommes. Elles peuvent partir si elles le désirent. Si elles parviennent à réussir chacun des tests militaires qui les attendent, elles recevront le titre d’Actiongirl et seront payées. Si elles échouent à l’un des entraînements, elles ne percevront que 100 dollars. Cette compétition digne des Marines paraît humiliante, avec ces jolies filles nues devant ces mecs égrillards. Ce n’est pas ainsi que semblent le prendre les apprenties Actiongirls. Elles râlent un peu (sans doute pour les besoins de l’aspect « reality show« ) mais se mettent facilement à poil sans même savoir ce qui les attend et se prêtent ensuite au jeu.

La caméra quelque peu complaisante filme ces corps rougissant au soleil, luisants de crème et de sueur dans l’effort et, il faut le reconnaître, très excitants. Les filles s’amusent, comme lorsque des sergents-chefs hurlant aussi bien que Lee Ermey dans Full Metal Jacket leur ordonnent de se battre dans la boue.

Ce qui m’amène à avoir une petite pensée pour All the Marbles (1981, Deux filles au tapis, Robert Aldrich), dans lequel Peter Falk joue le manager de deux catcheuses en virée à travers les États-Unis. Les filles sont belles (Laurene Landon et Vicki Frederick) et doivent traverser quelques épreuves humiliantes, tel un combat dans la boue dans laquelle les spectateurs ne voient que l’érotisme dégagée par les lutteuses sans même juger de leurs compétences en techniques de combat. Actiongirls.com nous présente de ces combats dans la boue la version premier degré, dans laquelle le corps de la femme nue est le principal enjeu, l’objet, obscur ou pas, du désir. Aldrich privilégie, dans une séquence analogue, le point de vue humain, féminin.

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Avec les Actiongirls, nous sommes loin des premières femmes sportives et combattives du cinéma muet. La pointe de féminisme escamotée, le machisme a pu revenir au galop et montrer au spectateur mâle pour qui ce genre de films est réalisé ce qu’il attend : un semblant d’action et beaucoup de nichons. Si l’on va un peu plus loin, on pourrait plaindre toutes ces Russes, Polonaises ou Tchèques contraintes de s’exhiber pour gagner leur vie, dure loi du capitalisme.

Le film d’action mené par une femme a donc un siècle. Et plaît toujours autant. Si les stars de la gonflette attirent toujours autant de monde (on l’a vu avec les sorties successives de deux Expendables et l’annonce musclée du troisième épisode à Cannes cette année), leurs homologues féminines ont aussi leur public (qui est souvent le même). Lequel adore que ce soit une beauté délurée qui tienne le manche du récit. Et que, dans le vif d’une baston, elle prenne de l’étoffe en close combat et en perde peu ou prou en vêtements. Oui, il aime ça, et Dieu m’est témoin qu’il ne se laissera pas abattre.

Jean-Charles Lemeunier

Collection Action Girls avec Une femme dangereuse et Attaque à mains nues (Le chat qui fume), sorties en DVD le 1er mars et le 6 avril 2014.

Collection Actiongirls chez Bach Films, sortie en DVD le 24 février 2014.

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Une réflexion sur “Action Girls : Un siècle de cinéma sous héroïnes

  1. Réaction tardive pour cet article, avec tous ces beaux films. Il fallait bien rappeler ces rôles de l’époque quasi préhistorique du muet et du noir et blanc… et toute cette descendance. Bon, c’est sur, rien qu’à voir les jaquettes, les films Actiongirls sentent le porno soft à peine déguisés en films d’action joués par des x girls au rabais. De la pure merde. Sinon, je dirais : a quand un livre sur ce thème (bien illustré, cela va de soi) ?

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