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Après une première partie qui revenait sur les conditions du retour de Dan Harmon, des difficultés à transcender pour reprendre le destin de sa création et la manière de construire un nouveau cycle en miroir de l’ancien, place à une seconde partie creusant plus profondément la cinquième et ultime saison de Community.
L’un des meilleurs et plus apprécié épisode de la série,
Advanced Dungeons And Dragons, 14ème épisode de la saison 2, est revisité dans l’épisode 10, AdvancedAdvanced Dungeons And Dragons, . Une relecture que l’on envisage en premier lieu avec beaucoup d’excitation mais également pas mal d’appréhension face à ce qui pourrait s’avérer une fausse bonne idée ou l’expression d’un manque d’idée justement.
Mais pas d’inquiétude, Dan Harmon et son équipe délivrent un épisode splendide certes moins poignant que celui où il était question du suicide de Neil mais tout aussi irrésistible dans son déroulement. Cette fois, c’est pour résoudre le conflit entre Buzz Hickey et l’un de ses fils, Hank, qui veut l’éloigner de son petit fils. Comme Hank est un passionné de Donjons et Dragons c’est donc sur ce terrain que le
study group, augmenté du doyen Pelton, va œuvrer pour tenter de les réconcilier. Une fois encore c’est Abed qui est le maître du jeu et qui a donné à chacun une fiche de personnage. Mais comme l’intention du groupe est devinée par Hank, ce dernier pimente la partie en redistribuant aléatoirement les fiches. S’ensuivra une aventure mémorable où les participants seront scindés en deux groupes, Abed jouant alternativement avec chacun installé dans une pièce de son appartement. L’objectif premier, tuer ensemble le nécromancier devient une course entre les groupes menés par Buzz et son fils, celui qui parviendra le premier au but final gagnant le droit de rester ou pas dans la vie familiale de l’autre. Avec les problèmes relationnels de Buzz et son fils, s’opère alors une sorte de thérapie par le jeu qui ne peut fonctionner que si l’on prend le jeu vraiment au sérieux. Importance de l’imaginaire pour l’accomplissement de chacun et puissance de l’intrication de la fiction et de la réalité. Ainsi, les joueurs sont tellement absorbés par la partie en cours qui revêt une importance plus grande que la simple quête narrative de départ que lors de l’affrontement homérique entre les deux groupes, chaque joueur parlera de son adversaire en énonçant son vrai prénom tout en usant des pouvoirs attribués à leurs persos fictifs.

Episode 10 : Advanced Advanced Dungeons and Dragons

Episode 10 : Advanced Advanced Dungeons and Dragons

Encore une fois, Abed joue parfaitement son rôle de maître de jeu, de trait d’union entre monde fictionnel et les interactions de son groupe d’amis. C’est d’ailleurs à chaque fois le cas lorsque c’est lui qui initie le délire conceptuel qui va alors s’emparer du campus ou toucher uniquement ses compagnons. La seule fois où Abed était hors-course, ne maîtrisant rien, était lors de la propagation du réseau social MeowMeowBeenz, justement parce que basé sur des relations sociales dont il éprouve toujours des difficultés à manœuvrer hors d’un contexte purement fictif.
Cette façon de mener la fiction était déjà présente dans les trois premières saisons mais cette fois-ci, dans cette cinquième saison, il démontre un plus grand contrôle tout en laissant suffisamment de latitudes pour que les autres puissent s’engouffrer et s’y exprimer. Comme dans le cinquième épisode signant le départ de Troy,
Geothermal Escapism. Le jeu de Lava-World que Abed désirait intimement continuer à jamais pour ne pas que son frère d’arme le quitte était une émanation de sa peur à ressentir une émotion nouvelle face à une situation inconnue et dont il ne maîtrise pas les enjeux : la vie sans son âme sœur. Un retour à sa solitude primordiale d’autant plus douloureux qu’il avait appris à partager ses rêves, ses fantasmes, ses obsessions, ses délires, avec quelqu’un d’autre et l’avait conduit à s’en ouvrir aux autres. A sortir du Dreamatorium.

Episode 7 : Bondage and Beta Male Sexuality

Episode 7 : Bondage and Beta Male Sexuality

 

Et Abed a parfaitement négocié ce tournant important pour lui et donc la série. Le fait qu’il renoue avec Rachel, le love-interest révélé dans la pitoyable saison 4 au sein du seul épisode à peu près correct (Herstory of Dance) n’est pas un pis aller ou une régression mais une véritable progression. Ils ont des points d’intérêts communs (ils aiment le même type de jeux, de programme télé – ils regardent en fin d’épisode 7 Rick And Morty, la série animée de Dan Harmon) mais Abed doit désormais composer avec quelqu’un dont les attentes ne se limitent pas à le suivre aveuglément dans tout ce qu’il entreprend. Abed en prend conscience dans l’épisode 9 (VCR…) et livre une demande de pardon égale à lui-même, à la fois tendre et référentielle, un mix geeko-poétique remarquable qui le voit s’excuser en se faisant pleuvoir sur la tête par un comparse, puisque tout se passe à l’intérieur près des vestiaires, dans le plus pur style des comédies romantiques qu’il a pu ingurgiter.

Episode 9 : VCR Maintenance and Educational Publishing

Episode 9 : VCR Maintenance and Educational Publishing

Le départ de Troy était sans doute un mal pour un bien tant pour Abed que pour la série car Harmon a dû alors composer avec une évolution pas forcément envisagée de manière aussi rapide. L’éloignement de Troy permettant aussi à ce dernier de poursuivre sa maturité de son côté.
Et il est tout à fait significatif qu’Abed retrouve partiellement dans ce dixième épisode cette capacité à projeter la fiction inventée une fois digéré le départ de Troy. En effet, c’est le premier épisode où aucune information sur sa position lors de son odyssée n’apparaît en arrière-plan, soit sur un tableau ou dans un fil info lors d’un JT (épisode 6), comme si ces messages, en plus de faire office d’
easter-egg comiques, étaient une émanation du désir inconscient d’Abed de connaître la situation de son ami, de poursuivre leur connection intime. Et ce n’est pas un hasard si cela intervient une fois assumée la relation entreprise avec Rachel en fin d’épisode précédent.
Partielle car nous ne sommes pas en présence d’un pur épisode concept. Nous sommes à la frontière du
bottle episode (unité de lieu) et du concept narratif imprimant la globalité de la fiction, l’action se déroule dans l’appartement partagé par Abed et Annie mais le geek y forme un monde imaginaire défini par des règles précises qu’il convient de suivre et respecter pour évoluer sans trop de dommages.
L’ambiance sonore est ainsi remarquablement travaillée, proposant une multitude de bruits pour illustrer les actions de chaque personnage (lancé de flèches, feu brûlant, épée que l’on sort de son fourreau et que l’on utilise…) ou une chanson de geste dont les tonalités renvoient aux chants entendus dans le Seigneur des Anneaux. De même, c’est également visuellement formalisé, presque de manière suédée, puisque l’appartement est plongé dans la pénombre, éclairé par des bougies et les guirlandes électriques encadrant les portes, donnant l’aspect d’une luminosité générée par des torches suspendues. De sorte que cela instaure l’immersion voulue dont le regain de crédibilité est donné par l’implication du s
tudy group se démenant à fond, de sorte que l’on oublie presque que l’on regarde des personnages jouant à être d’autres personnages.
Un retour progressif à un concept globalisant donc et qui prépare au délire animé de l’épisode 11 dont le titre
G.I Jeff, indique sans ambiguïté quel genre va être abordé et bousculé.

Episode 11 : G.I Jeff

Episode 11 : G.I Jeff

 

Plus que l’explication du traumatisme qui a incité Jeff a se réfugier dans cette fiction animée, ce qui importe est ce qu’il en retirera sur ce qu’il est vraiment. Plus que sa propension à la manipulation, à vouloir tout contrôler, il se définit par un intense désir d’acceptation des autres et par les autres même si dans le processus il a tendance à tout remettre en cause. C’est d’ailleurs ce qui parcourt cette saison 5, chacun devant affronter et donc finir par accepter ce qu’ils sont devenus. Et la plupart du temps cela se fait par le biais d’une fiction plus ou moins poussée (Lava World, Dungeons And Dragons, MeowMeowBeenz, etc).

Episode 11 : G.I Jeff - Merchandising

Episode 11 : G.I Jeff – Merchandising

Sauver Greendale implique alors fondamentalement ses membres les plus éminents, les personnages principaux de la série elle-même. La sauvegarde du campus passe donc par la propre sauvegarde de Jeff, Annie, Abed, Britta, Shirley, Troy et Hickey, le nouvel arrivé et même Pierce (bien que décédé, dans l’épisode Collective Polygraphy, ses dernières volontés appliquées par monsieur Stone renvoient à ce qu’il était, un vieil excentrique complètement déconnecté, homophobe, raciste et pétri d’autres tares, mais en allant à fond dans le délire et l’ironie Harmon et son équipe parviennent à lui offrir une sortie émouvante où il se réconcilie avec ses ex-partenaires), leur capacité à embrasser ce qu’ils sont au plus profond, accepter de ne pas être ce qu’ils ont rêvé d’être, ne plus s’agripper à ce qu’ils pensaient être indispensable mais garder les mains ouvertes. Autrement dit, lâcher prise pour pouvoir avancer. Toute cette cinquième saison s’articule autour de cette quête. Et se voit grandiosement illustrée par le geste d’Abed qui, suspendu au-dessus d’un magma imaginaire, lâche la barre qu’il tenait pour « mourir » dans la lave fictive mettant ainsi un terme au jeu et donc accepte de laisser aller Troy.

Episode 5 : Geothermal Escapism

Episode 5 : Geothermal Escapism

 

Harmon a structuré sa série sur l’insatisfaction de ses personnages comme motivation des intrigues. En les sauvant, en leur permettant d’être en partie comblé, Dan Harmon condamne sa propre série. C’est exactement ce qui se produit dans Basic Story, première partie du double épisode conclusif, le comité de sauvegarde de Greendale a réparé toutes les malfonctions de leur université ce qui lui a permis d’atteindre une certaine valeur marchande mais dans le même mouvement lui a fait perdre sa singularité, sa capacité à créer des histoires (Abed qui se morfond qu’il n’y ait plus d’appel de l’aventure à suivre) grâce à tous les problèmes inhérents à cette fac. Greendale est devenue terriblement commune, normalisée. Pire, franchisée.
Difficile de ne pas y déceler une métaphore de la propre action de Sony et du
network NBC tentant, depuis sa naissance sinon de contrôler Community, du moins canaliser ses dérives. C’est d’autant plus prégnant ici que les deux costards-cravates Richie et Carl chargés d’assurer le bon déroulement de l’opération peuvent aisément être assimilés à une figuration des exécutifs incompétents auxquels Harmon a pu être confronté. Une grille de lecture subversive qui donne encore plus de saveur à la manière dont ils seront ridiculisés puis évincés dans le final. Avec comme ultime mise en boîte le end tag s’amusant de potentiels shows de remplacement.

Autre mauvaise augure d’une disparition proche, le spectre d’un spin-off insipide mettant en scène la relation nouvelle entre Jeff et Britta est même évoqué dans l’épisode final, Basic Sandwich. Au passage, les épisodes 12 et 13 forment un remarquable diptyque métadiscurssif questionnant le propre devenir de la série et éprouvant sa structure.
De fait, par cette valeur ajoutée, cette richesse potentielle, Greendale est vendue à Subway, la célèbre firme de sandwiches qui en fait une école pour apprendre à les faire (les fabriquer, les vendre, etc). L’entreprise s’était déjà essayé à pénétrer le marché de ce campus en saison 3 en étant le concurrent dévastateur du comptoir de Shirley mais cette fois elle n’a pas seulement réussi son implantation mais a carrément absorbé les lieux, les transformant à son image.
En sauvant l’image de Greendale, en faisant de ce
community college au rabais un endroit viable, le comité l’a transformé au point de l’effacer (symbole ultime, le drapeau emblème est remplacé par celui de la marque).
Seul un trésor caché peut véritablement la sauver. Soit, une nouvelle histoire.
Abed a pourtant essayé de se conformer à la conviction de Jeff que faire justement toute une histoire de la visite de l’évaluateur en assurances
mettrait à mal cette inspection, donc entraînerait la chute de Greendale et signifierait la fin de toute possibilité de récit.
Cela donnera lieu à une terrible crise existentielle se muant en délire méta le voyant fuir la caméra qui le filme. Seulement, la conclusion de l’évaluateur est tellement positive que cela entraîne la désastreuse vente de l’établissement. Et c’est Abed qui inévitablement relancera la machine.
Il (et la série dans ses trois premières saisons) a toujours farouchement résisté au changement lorsque celui-ci impliquait de se défaire d’une part essentielle à tout accomplissement (le sien, celui de ses amis, le nôtre), l’imagination, la créativité. C’est la photo du fondateur de Greendale, le professeur d’informatique timbré, Russel Borchert, qui va rebattre les cartes, pour une dernière fois.

Episode 12 : Basic Story - photo de Russell Borchert

Episode 12 : Basic Story – photo de Russell Borchert

 

Greendale reloaded
Féru de mythologie, des écrits de Campbell, Dan Harmon n’a jamais masqué ses influences et les a même toujours ouvertement utilisées via le perso d’Abed. Avec la cinquième saison, Harmon produit un nouveau cycle tout en achevant le Voyage du Héros tel que défini dans le monomythe. Le
Repilot voit le retour des Greendale Seven chez eux, désormais transformés après trois saisons et l’immersion dans l’abysse de l’inepte quatrième saison, usant des habilités acquises pour modifier leur environnement. Ils seront un pont entre deux mondes, la réalité du campus et les délires imaginaires dans lesquels ils peuvent voyager de plus en plus à leur gré, voir à ce propos la progression des épisodes-concept de plus en plus poussés. La cinquième saison voit également une relecture de la réconciliation avec le Père (Advanced Advanced Dungeons And Dragons), ainsi qu’un passage du Seuil du Retour lorsque dans G.I Jeff Jeff réintègre le monde réel, échappant au Gardien du Seuil, le garçon d’une pub jouant avec les figurines G.I Joe, pour « renaître » (son délire était dû à une perte de connaissance suite à une absorption cumulée de scotch et barbituriques) et accepter ce qu’il est, un homme de quarante ans qui ne sera jamais l’avocat dont il rêvait.
Globalement, après ces onze nouveaux épisodes, tous sont parvenus à vaincre les forces psychologiques conflictuelles de leur esprit. Ils ont réussi à drastiquement améliorer le monde d’où ils sont issus, Greendale, voir toutes les étoiles punaisées sur leur tableau de bord, synonymes des épreuves accomplies.
Mais face à la menace de disparition de leur monde, ils n’ont plus qu’une échappatoire, plus qu’une dernière étape, plonger au cœur des origines de leur monde afin de le régénérer. Comme figuré par Abed incitant ses amis à suivre une nouvelle histoire mais sans succès, il n’y a plus d’appel à l’aventure auquel répondre. La découverte du parchemin derrière le portrait de Russell Borchert doit les mener sur la trace de la richesse du créateur de l’université, cachée dans son laboratoire situé dans les sous-sols inexplorés, soit s’engouffrer jusqu’à la Source originelle de leur univers. On a là un aperçu du cycle cosmogonique concluant la métamorphose du Héros. D’ailleurs, Abed – ou du moins la représentation d’Abed dans l’inconscience de Jeff dans
G.I Jeff – dessinera assez clairement le schéma de ce cycle cosmogonique.

Episode 11 : G.I Jeff - Cosmogonie

Episode 11 : G.I Jeff – Cosmogonie

 

Soit la circulation de la conscience à travers les trois plans d’existence (conscience de veille, conscience de rêve, sommeil profond). Ce qui dans l’épisode version G.I Joe est parfaitement cohérent et raccord avec ce que doit accomplir Jeff pour s’échapper de cette réalité cartoonesque et revenir transformé, et même transfiguré, à un état de veille.
Un dessin qui synthétise pour la saison le parcours du Héros selon Campbell mais pour la série, après toutes les étapes vécues et ce qui advient dans le double-épisode final, on peut rétrospectivement y voir l’illustration du cycle menant du Crépuscule des Dieux à la transcendance.
La quatrième saison a amené nos héros à leur séparation après que Pierce et Jeff aient été diplômés, engendrant la chute narrative de la série. La cinquième saison a comme enjeu de sauver Greendale dans la diégèse et il se confond avec la propre résurrection de la série – ce qu’Abed exprimera sans détour dans
Basic Sandwich, lorsque pour réconforter une Annie dévastée face à l’annonce du mariage de Jeff et Britta, il compare l’histoire naissante de leur union comme un spin-off, sans chance de succès, de la série qu’ils vivent et partagent. Après avoir côtoyé de très près sa mort métaphorique (déprogrammation), la série est repartie sur de très bons rails grâce au retour de son créateur, Dan Harmon, qui opère ici une véritable renaissance de son oeuvre. Et cela se retrouve parfaitement et splendidement illustré dans l’ultime épisode de la saison.

Episode 12 : Basic Story

Episode 12 : Basic Story

 

Afin de sauver la fac, nos héros doivent trouver un trésor caché dans le sous-sol secret où le créateur de Greendale, l’informaticien barré Russel Borchert, a mené ses expériences sur les connexions affectives d’un robot. Abed, Annie, Craig Pelton, Britta et Jeff traversent des couloirs enfouis connotés années 70, décennie de la disparition de Borchert, et aboutissent à son antre, un labo tapissé de serveurs archaïques et d’un robot non moins rudimentaire. Surprise, Borchert n’est pas mort et vivait reclus, hors du temps. Enfermés par Richie, Carl et Chang le trio chargé d’assurer que la vente de l’université à Subway se déroule dans de bonnes conditions, ils ne pourront s’échapper qu’en parvenant à susciter des émotions dans le robot baptisé Raquel par Borchert, machine contrôlant tout l’appareillage de cette partie secrète de Greendale. C’est Jeff qui y parviendra en faisant appel aux sentiments qu’il éprouve pour chacun de ses amis. Il les fait se retourner et en les regardant chacun à leur tour, on entend alors ce qu’ils pensent. Jeff établit ainsi une connexion émotionnelle avec ses compagnons, jusqu’à ce qu’il termine en posant son regard sur Annie ce qui provoque le pic émotionnel décisif qui engendre le sourire de Raquel et donc l’ouverture de l’accès.

Episode 13 : Basic Sandwich - Jeff et Annie

Episode 13 : Basic Sandwich – Jeff et Annie

 

Et l’échange que l’on entend alors (Milady/Milord) fait particulièrement sens car renvoie à la fois aux origines de la série et de la relation entre Jeff et Annie (ils s’appellent pour la première fois ainsi dans le second épisode de la première saison, Spanish 101).
De même, la confrontation avec le doyen originel, Russell Borchert, résonne avec l’intention affichée par Harmon de revisiter des moments et motifs apparus dans les trois premières saisons pour un
retour aux sources salvateur mais également générateur d’évolution. En effet, cet informaticien loufoque représente la source de Greendale ET de la série. Si ce nouveau personnage est à l’origine de la création de Greendale et son interprète Chris Elliott (un acteur de second plan et auteur comique pour The Late Night With David Letterman et la série Get A life, entre autres) n’est nul autre que le scénariste de Action Family, très court téléfilm détonant mélangeant sitcom familiale et série policière, qui est une des importantes sources d’inspiration de Dan Harmon.

Retour à la Source et régénération.

C’est donc dans ce labo souterrain que se joue la renaissance définitive de la série et de ses personnages. Ils arrivent au terme de leur parcours où ils auront appris à s’accepter tels qu’ils sont (même Chang admet sa nature de cinglé total à l’issue d’une séquence digne d’un d’un final Scooby-doo complètement barré). C’est en toute logique que le destin de la série est lié à Jeff et qu’au moment où il accepte enfin ce qu’il éprouve profondément depuis longtemps pour Annie, il dépasse son état.
En pénétrant dans le labo souterrain du créateur de Greendale, ils accèdent à un lieu éminemment symbolique puisque cette sorte de caverne entraîne un « 
processus d’intériorisation psychologique suivant lequel l’individu devient lui-même et parvient à la maturité » (1)
A l’instant précis où il se focalise sur elle, l’ex avocat devenu prof de Droit atteint une forme de transcendance sentimentale, il dépasse l’indifférence qu’il affiche généralement pour finalement assumer et reconnaître ses sentiments. Et grâce à l’expression de son amour pour elle, il transforme le robot Raquel, autrement dit, son esprit transcende la matière, la machine.

Episode 13 : Basic Sandwich - le sourire de Raquel

Episode 13 : Basic Sandwich – le sourire de Raquel

 

De toutes les œuvres de fiction s’étant inspirées des écrits de l’érudit Joseph Campbell, seule la saga Matrix, avec les opus Reloaded et Revolutions, s’est aventurée dans l’exploration philosophique décrite dans Le Cycle Cosmogonique, seconde partie de l’ouvrage du mythologue, Le Héros aux mille et un visages.
Certes,
Community le fait de manière moins approfondie mais l’intention est définitivement bien présente même si appliquée partiellement. Ceci, afin de se laisser une marge de manœuvre et de progression, l’état de dépassement n’étant pas globalement atteint par tout le monde. Toujours la même volonté de Dan Harmon de compléter son cercle mais en maintenant un certain degré d’inachèvement.
Ce qui permet à la fois à Harmon de conclure sa série et d’être une formidable ouverture si par bonheur elle revenait (comme le promet Abed en lançant une dernière œillade complice à la caméra ).
Une série vraiment hors normes à tout point de vue et jusque dans son final.
A l’issue de l’échec de la vente de Greendale, il est ainsi particulièrement déstabilisant de voir les étudiants présents danser au son du tube de Dave Matthews,
Ants Marching, une chanson sur le conformisme ambiant. Mais plutôt qu’une exhortation à rentrer dans le rang, ce happy-end doit être interprété comme un ultime commentaire ironique. Si le statu quo est restauré, n’oublions pas que pour ce community college, il repose sur une activité perpétuellement sur le fil du rasoir, une existence proche d’imploser sous ses propres délires. Greendale et donc Community ne peuvent s’épanouir que dans le conflit.
Bien sûr, cette saison 5 peut apparaître légèrement décevante au regard des bouleversements qui concluaient les trois premières saisons. Mais n’oublions pas que la priorité était surtout de redonner une unité à ce groupe de déglingués de la vie. Redonner de l’éclat à leur vie.

Episode 13 : Basic Sandwich - Ultime accomplissement

Episode 13 : Basic Sandwich – Ultime accomplissement

 

Nicolas Zugasti

(1) Encyclopédie des symboles – Michel Cazenave


COMMUNITY SAISON 5
Showrunner : Dan Harmon
Réalisateur : Jay Chandrasekhar, Tristram Shapeero, Joe Russo, Rob Schrab,
Scénario : Carol Kolb, Dan Harmon, Chris McKenna, Dino Stamatopoulos, Andy Bobrow, Erick Sommers, Tim Saccardo, Alex Rubens, Monica Padrick, Jordan Blum, Parker Deay, Donal Diego, Matt Roller, Ryan Ridley
Interprètes : Joel McHale, Gilian Jacobs, Dani Pudi, Alison Bree, Jim Rash, Ken Jeong, Jonathan Banks…
Pays : Etats-Unis
Durée : 13 x 22 minutes
Diffusion : du 2 janvier au 17 avril 2014
Network :NBC

 

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