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Queen

On ne change pas une équipe qui gagne, à plus forte raison un dialogue qui marche. On n’a pas oublié, dans Hope and Glory (1987) de John Boorman, le gamin qui, voyant son école soufflée par une bombe en plein Blitz, s’écriait « Thank you Adolf ! »

Le même John Boorman ouvre son nouveau film, Queen and Country, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, par une scène analogue. Nous sommes en 1942. Là encore, une bombe allemande détruit l’école et, là encore, un kid remercie Adolf. Cette séquence comique débute en beauté un de ces joyaux que nous offre parfois le cinéma britannique : de l’humour à revendre, de la moquerie à profusion et un zeste de subversion dès qu’il s’agit des sacro-saints fondements de la nation britannique (la royauté, l’armée, la guerre). Et de l’excentricité typiquement british. N’hésitons pas : Queen and Country est bien un petit joyau !

Bill (Callum Turner), l’enfant qui découvre son école détruite, a grandi et, dix ans après, il doit se présenter à l’armée. Suit un démolissage complet des mœurs en uniforme. Boorman s’en donne à coeur-joie pour la plus grande satisfaction de ses spectateurs. Le festivalier qui, dans la matinée, s’est infligé la projection en compétition officielle de The Search de Michel Hazanavicius comprend ce que peut être un vrai film antimilitariste. À la différence de Hazanavicius, Boorman ne filme aucune horreur, n’accable pas plus que cela un camp face à l’autre. Il ridiculise les tares de la soldatesque, nous donne beaucoup à rire et fait tout en même temps réfléchir. À l’arrivée, le plus crétin des officiers devient pathétique car le souci d’humanité est l’une des plus grandes qualités du cinéaste britannique.

Queen and Country doit son titre à l’année où se déroule l’action. En 1952, Elizabeth II accède à la couronne d’Angleterre et il faut alors entendre les commentaires sarcastiques du grand-père du héros, qui suit la retransmission à la télé.

La force de Queen and Country est de typer ses personnages sans jamais les caricaturer : le gentil, le prêt-à-tout, le planqué, la sœur dévergondée, les parents doucement excentriques et la cohorte des militaires avec ces soldats qui ne prennent pas au sérieux leurs supérieurs. Quant à ces derniers, ils sont facilement bornés, avec des idées fixes, voire des obsessions (l’horloge offerte par la reine Victoria en est l’objet). Tout ce petit monde encaserné fait rire très souvent alors que se profile à l’horizon la guerre de Corée. En quelques petites touches, Boorman signifie ses opinions à ce sujet. Plus fort encore : les phrases que l’on pourrait juger subversives et qu’il place dans la bouche de son héros proviennent, preuves à l’appui, du Times, journal de la classe dirigeante british. On ne saurait faire mieux dans la finesse.

Jean-Charles Lemeunier

Queen and Country

Grande-Bretagne

de John Boorman

Scénario : John Boorman

Images ; Seamus Deasy

Durée : 1h54

Distribution : Le Pacte

Interprétation : Callum Turner, Caleb Landry Jones, Pat Shortt, David Thewliss, Richard E. Grant, Tamsin Egerton, Vanessa Kirby, Sinead Cusack

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