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Il manquait peut-être au précédent film de Quentin Dupieux, Wrong, l’adjonction d’un nom commun pour fonctionner correctement : avec ses « Cops » attachés derrière, « Wrong » devient « Right ». Et le monde absurde dans lequel le réalisateur français échouait à nous immerger dans Wrong prend vie sous nos yeux ébahis, avec un mélange entre l’humour grinçant de Rubber, le nonsense de Steak et une pincée de mauvaise foi assumée qui détonne joyeusement dans le paysage du politiquement correct universel. Car ces « cops » sont plus que ripoux : ils sont pourris jusqu’à la moelle, dérangés du bulbe, terrassés de la cafetière, bas du cortex. Et néfastes pour la santé des honnêtes citoyens. Et puisqu’on rit autant qu’ils sont stupides, c’est la preuve que Wrong Cops a réussi son coup – jusqu’à une scène finale décidément démente.

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Film à épisodes, construit à la manière de sept récits montés postérieurement les uns avec les autres, Wrong Cops déroute moins par son déroulement narratif éclaté que par les conséquences de l’entrelacement de ses protagonistes – tous les acteurs étant des habitués de l’univers de Dupieux. De la même façon que l’absurde ne réside pas dans les événements eux-mêmes, mais plutôt dans les réactions de ces fous dangereux qui n’ont de flics que l’uniforme et le statut.

On démarre sur les chapeaux de roue avec Duke (Mark Burnham) qui traîne sa carcasse dans une petite rue de Los Angeles en attendant son client, un gamin à vélo, pour lui refourguer une dose de dope dissimulée dans le ventre d’un rat mort ( ! ) ; et le policier de s’enfuir parcourir la ville avec de la musique électro assez forte pour s’en faire éclater les oreilles. On poursuit avec deux collègues, Renato (Eric Wareheim) l’obsédé des seins féminins, et Shirley (Arden Myrin), hantée par l’idée de trouver des ronds pour se refaire les siens, de seins ; bras cassés en duo, ils se rendent chez un riverain qui vient de trouver le cadavre « suicidé » de son voisin sur son tapis, et les voilà qui fouillent dans le frigo et piquent des revues porno gay. Cinq minutes seulement ont passé. Au fil des événements et des déambulations dans une Cité des Anges dérangée, on croise Rough (Eric Judor), borgne et bossu du crâne, qui rêve de percer dans l’industrie musicale avec des morceaux électroniques inaudibles uniquement bons à réveiller (littéralement) les agonisants ; Sunshine (Steve Little), obsédé par un sac de billets découvert en creusant dans son jardin pour enterrer un type ; David (Marilyn Manson), adolescent peureux et introverti pris au piège de Duke et de ses goûts musicaux infernaux. Et, en guise de fil rouge, le voisin mourant (Daniel Quinn) trimballé de coffre de voiture en appartements miteux, percé de plusieurs balles de revolver, mais soucieux d’avoir toujours un bon son dans les oreilles. Une bien belle équipe d’arriérés et d’irresponsables – qui fait plaisir à voir, mais que l’on n’aimerait surtout pas rencontrer dans nos rues, même en plein jour.

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Alors, certes, le film donne un peu l’impression d’un collage, d’une fabrication à l’ancienne avec bouts de ficelle et morceaux de Scotch. Certes, sa narration foutraque et son humour noir, noir, noir peuvent perturber les êtres équilibrés pour lesquels nous cherchons à nous faire passer. Mais le voyage que nous propose Quentin Dupieux au cœur d’une Amérique complètement barge est le plus rafraîchissant des courants d’air échappés d’une salle de cinéma depuis un bon paquet de mois. Préparez-vous au pire et ne ratez sous aucun prétexte cette pochade inquiétante et rugueuse – qui n’a certainement pas la peau lisse.

Eric Nuevo

Sortie le 19 mars 2014

UFO Distribution

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