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Bien que né en Dalmatie, Gianni Garko (né Garcovich) est un acteur italien parlant avec l’accent de Trieste. Ce beau gosse des années soixante a toujours fière allure aujourd’hui, tel qu’il apparaît dans les bonus de quatre westerns spaghetti édités par Artus Films : 10.000 dollari per un massacro (1967, Le temps des vautours) de Romolo Guerrieri, Per 100.000 dollari t’ammazzo (1968, Le jour de la haine) de Giovanni Fago (alias Sidney Lean), Buon funerales, amigos! Paga Sartana (1970, Bonnes funérailles amis, Sartana paiera) et Gli fumavano le Colt… lo chiamavano Camposanto (1971, Quand les Colts fument… on l’appelle Cimetière), tous deux de Giuliano Carnimeo (plus connu sous le pseudo d’Anthony Ascott).

Blondin aux yeux bleus, Garko était l’interprète idéal pour remplacer Clint Eastwood à la tête du western italien. Ce dernier, fort de la réputation acquise auprès de Sergio Leone, était retourné faire carrière aux Etats-Unis vers 1966-67, après le succès du Bon, la brute et le truand. Garko va alors endosser le rôle du cowboy solitaire, plutôt taciturne, un rien cynique et souvent sans nom : dans Quand les Colts fument…, on l’appelle L’Étranger pendant tout le film, le surnom de Cimetière lui venant des morts qu’il sème sur son passage.

Depuis Cabiria (1914) et la première apparition à l’écran de Maciste, les Italiens sont restés férus de ces héros sans peur et sans reproches qui les renvoyaient sans doute à ceux de la mythologie romaine. Avec Ursus, Samson et quelques autres, Maciste vécut bien sûr les riches heures du péplum, au début des années soixante. Dans le courant de cette même décennie, les stetsons et les sombreros sont venus détrôner les jupettes, les toges et les spartiates, avec une égale cohorte de héros, toujours sans peur, un peu moins sans reproches. Le temps était au cynisme et à l’arrivée des Django, Sartana, Sabata et autres Ringo.

Django est justement le héros du Temps des vautours. Incarné par Gianni Garko (qui a opté ici, comme dans Le jour de la haine, pour le patronyme plus américain de Gary Hudson), notre homme est un chasseur de primes. Le début, très original, nous le montre couché sur une plage, les pieds nus. Situation assez inhabituelle pour un cowboy, qui renvoie à une séquence similaire dans le One Eyed Jacks (1961, La vengeance aux deux visages) de Marlon Brando. Ici, Garko semble prendre du bon temps avec le copain reposant à ses côtés. On se rendra compte qu’il s’agit d’un cadavre, et donc de la prochaine paie du chasseur de primes.

Le méchant de l’histoire, un certain Manuel à la poursuite duquel Django s’est lancé, est interprété par Claudio Camaso, le frère de Gian Maria Volonté. Avec ses yeux charbonneux et son regard de fou, avec son comportement d’histrion (c’est ainsi que le désigne le réalisateur, Romolo Guerrieri, dans un des suppléments), Camaso est un régal pour le spectateur, c’est-à-dire un vrai fumier. À ses côtés, tout en sobriété, Garko s’oppose à lui, semble être le plus fort mais, malgré tout, souffre. Dans une très belle séquence, il se retrouve enterré jusqu’au cou et menacé par un scorpion. De même, la traque finale dans le village abandonné, sous le souffle du vent, les corps recouverts de poussière, est une belle réussite. Dans les bonus, Guerrieri et Garko assurent que Le temps des vautours est le premier film dans lequel on voit un cowboy pleurer.

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Le jour de la haine propose plus d’une similitude avec le précédent. On retrouve dans l’interprétation Gianni Garko, Claudio Camaso et Fernando Sancho, et l’action passe elle aussi par le bord de mer.
Signé comme le précédent film par Ernesto Gastaldi et Luciano Martino, le scénario propose une poursuite acharnée entre Garko (le bon) et Camaso (le méchant). À la différence près qu’ils sont ici frères. Ce qui donne encore plus de force à cette trame.

Beaucoup d’éléments sont communs aux deux scénarios (le chasseur de primes, le trésor volé, le rôle de la femme), jusqu’au finale dans un village abandonné, les deux héros frappés par la poussière et le vent. Là encore, Garko se retrouve en très mauvaise posture et, là encore, la scène est impressionnante, avec le héros attaché par les pieds.

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Avec Bonnes funérailles amis, Sartana paiera, le personnage interprété par Gianni Garko annonce ces mystérieux cavaliers qu’incarnera Clint Eastwood dans L’homme des hautes plaines et Pale Rider, dont on ne sait pas tout à fait si ce sont des vivants ou des fantômes : Sartana est insensible aux balles de ses adversaires et semble être partout à la fois.

Le film présente une galerie de trognes et de personnages hauts en couleurs, depuis Sartana jusqu’au Chinois (George Wang, acteur de nombreux westerns italiens) qui porte le nom de Lee Tse-Tung (sans doute le grand-père de Mao). On trouve également un croque-mort, un croupier, un shérif et un banquier, dans le rôle duquel on reconnaît Antonio Vilar, partenaire de Brigitte Bardot dans La femme et le pantin de Duvivier.

À l’origine, Sartana était un personnage négatif, apparu dans Les colts de la violence (où il est déjà incarné par Gianni Garko face à Anthony Steffen). Dès le film suivant, Sartana a évolué vers le bon côté et n’a plus rien à voir avec le sadique qu’il était.

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Enfin, dans Quand les Colts fument…on l’appelle Cimetière, on relèvera le scénario astucieux d’Enzo Barboni, qui met face à face deux pistoleros, Garko et William Berger (les deux acteurs sont vraiment très bien), deux jeunes freluquets et, curieusement, aucune femme. Le film comporte surtout de nombreux éléments de comédie car n’oublions pas qu’à la même époque, sous le nom d’E.B. Clucher, Barboni mettait en scène ses Trinita avec Terence Hill et Bud Spencer. Ce Camposanto (l’équivalent italien du Cimetière français) n’a pas la dureté des autres films, il est plutôt traité à la rigolade. Ainsi, les deux peones, la bagarre générale, etc.

Signalons encore que tous les films de cette collection bénéficient de suppléments très intéressants : occasion de voir parler de leurs films les cinéastes Giuliano Carnimeo et Romolo Guerrieri et Gianni Garko lui-même, et de retrouver le très érudit Curd Ridel, dont l’énorme culture en matière de cinéma italien fait toujours plaisir à entendre.
Carnimeo, qui ne jouit pourtant pas d’une excellente réputation auprès des amateurs, prouve ici qu’il n’est pas si indigne d’intérêt que cela. Écoutons-le annoncer “Nous sommes tous des fils de Leone” et expliquer que “le western américain, c’est l’histoire, l’Italien la fantaisie. C’est totalement différent !”
À l’entendre retracer son parcours, on se rend compte que le cinéma de genre italien, qu’il s’agisse de peplum, de giallo, de film d’horreur ou de comédie, a toujours été aux mains d’intellectuels, de personnes ayant fait des études de droit (Carnimeo, Freda, Cottafavi), psychiatrie (Dino Risi), architecture (Comencini, Stelvio Massi), sciences économiques (Sergio Corbucci), etc. On ne s’étonnera alors pas qu’à travers des histoires de cowboys, de Romains ou de tueurs à l’arme blanche transparaissent quelques éléments qui n’ont pas grand chose à voir avec. Tels ici, dans la nouvelle série de westerns, des clins d’œil à Caïn et Abel (Le jour de la haine) ou à l’exercice de la démocratie (qui, dans Quand les Colts fument… se résume à un pugilat).

Jean-Charles Lemeunier

Collection DVD de westerns européens sortie chez Artus Films le 4 mars 2014.

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