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Passionnant critique et analyste de cinéma (le lire ou l’écouter parler pendant des plombes est un régal) découvert à l’époque de l’aventure Starfix (magazine de ciné culte des années 80), avec une caméra, Christophe Gans ne convainc toujours pas. Ila toujours eu du mal à dépasser le stade des intentions éminemment louables (ciseler de belles images pour formaliser des films populaires de samedi soir) et son dernier essai, La Belle et la bête vient malheureusement confirmer cette tendance. Et s’avère en plus être son plus mauvais film jusqu’à présent.
Depuis ses débuts dans l’anthologie Necronomicon avec son segment The Drowned  très beau, « fhtagn » et gothique à souhait, il semble régresser, faisant finalement de Crying Freeman, son premier véritable long métrage, son meilleur film. Une déception pas tant technique que narrative et purement émotionnelle car comme à chaque fois, le réalisateur sacrifie cohérence et émotions sur l’autel de la belle image à tout prix (parangon de ce triste constat, la séquence où la bête s’élance à la poursuite de Belle sur le lac gelé, recouverte d’un manteau de fourrure blanche du plus bel effet pour le contraste nocturne et le ralenti mais complètement à la masse dès lors que l’on s’interroge sur le pourquoi de ce vêtement pour une telle créature…). Autant cette sècheresse sentimentale était plutôt raccord avec le mutisme et la froideur du tueur à la larme, autant dans Silent Hill c’était beaucoup plus gênant de ne rien ressentir face à la quête de cette mère bravant toutes les horreurs pour retrouver sa fille disparue. Et c’est tout aussi dommageable ici pour cette histoire ayant trait à la rédemption et censée conter l’éveil à l’amour et à la maturité d’une enfant.

labelleetlabete_01Si l’on peut néanmoins se réjouir du relatif succès rencontré en salles par cette nouvelle version du célèbre conte (la plupart des adaptations se reportaient à la version abrégée que Jeanne-Marie Leprince de Beaumont avait tiré du texte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve auquel Gans se réfère principalement ici, comme un retour à la source) car cela permet de montrer que ce type de production française, hors auteurisme ou autopsychanalyse et grasses comédies, intéresse toujours un tantinet, il est dommage que cela concerne un film qui peine à exister autrement qu’en tant que beau livre d’images sur papier glacé.
S’articulant autour d’une structure de conte initiatique, n statut par ailleurs sur-surlignée par des inserts de Belle racontant son aventure à des enfants, où une jeune fille pour sauver son père, un marchand ruiné, se livre aux griffes d’une créature solitaire vivant au cœur d’une forêt, le film développe en outre une dimension mythologique réjouissante  introduite par des motifs tels que le passage de seuil, des miroirs comme autant de fenêtres donnant sur le passé, une source régénératrice, transformisme de divinités descendues parmi les hommes…S’instaure alors une relation d’attirance/répulsion entre Belle et la bête qui déterminera l’enjeu principal du métrage.
Thématiquement intéressant (humanité versus bestialité, basculement réalité/conte et fantasmagorie), visuellement agréable et agrémenté de fulgurances esthétiques, le film se délite peu à peu dès lors qu’il faut développer son sujet, s’en tenir au récit pour amorcer un soupçon d’empathie pour ses héros.

labelleetlabete_02Voulant se démarquer de la version de Cocteau, Gans se consacre à des péripéties laissées de côté mais à faire feu de tout bois, il perd de vue l’essentiel. Nous avons droit ainsi à une succession d’épisodes plus ou moins bien ficelés (déchéance du père de Belle, le voleur Perducas et sa bande motivée par l’appât du gain et donc les richesses du château de la bête, la malédiction ayant frappé cette dernière, la rlation entre le monstre et l’humaine) que le réalisateur peine à lier de manière satisfaisante. Un manque de fluidité narrative et formelle accentué par le jeu exécrable de la presque totalité du casting (Dussolier, en vieille ganache expérimentée, s’en sort le mieux) et les ellipses perturbant l’évolution des rapports entre Belle et la bête. De sorte que l’on est pour le moins dubitatif face aux sentiments qui les animent l’un par rapport à l’autre tant les deux passent finalement peu de temps ensemble à l’écran pour qu’une réelle alchimie se créée. Et puis difficile de s’attacher au personnage de Belle à cause de l’interprétation de Léa Seydoux souvent horripilante et qui manque en outre cruellement de grâce, gâchant ainsi les superbes robes qu’elle revêt. Au final, La Belle et la bête est un barnum dont les ambitions romanesques ne parviennent jamais à éclore.
On se morfond régulièrement de la piètre activité et qualité d’un cinéma français dit de genre qui peine à émerger. Des films du milieu qui ont du mal à associer qualités esthétiques et rentabilité parce que souvent produits avec peu d’égards pour ces produits considérés comme bas de gamme. Dans ces conditions, on se dit que la connaissance théorique et la passion de Gans pour ce cinoche festif pourraient donner de mirifiques résultats si le réalisateur s’orientait plutôt vers un rôle de producteur attentif.

Nicolas Zugasti

LA BELLE ET LA BÊTE
Réalisateur : Christophe Gans
Scénario : Christophe Gans & Sandra Vo-Anh
Interprètes : Léa Seydoux, Vincent Cassel, Eduardo Noriega, André Dussolier, Audrey Lamy,
Photo : Christophe Beaucarne
Montage : Sébastien Prangère
Musique : Pierre Adenot
Pays : France
Durée : 1h52
Sortie française : 12 février 2014

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