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Depuis sa première incursion dans le genre du thriller d’action avec Pour Elle, Fred Cavayé s’est immédiatement distingué avec une caractéristique qui fait généralement défaut à nombre de réalisateurs du genre, placer au coeur de son projet de mise en scène les sentiments souvent ambivalents qui définissent les personnages et motivent leur action et déambulations. Une caractérisation par l’action qui le rapproche de Jason Bourne version Greengrass ou d’une conception hongkongaise (voire même sud-coréenne au vu des productions intéressantes qui ont émergé ces dernières années) mais avec un style qui lui est propre. Encore loin de l’Everest McTiernan mais dores et déjà le nom de Fred Cavayé est synonyme d’excellente qualité.
Son deuxième film A Bout portant confirmait cette voie suivie et le récent Mea Culpa en illustre une évolution logique, opérant même une sorte de synthèse de ses deux premiers longs. Si Pour Elle était essentiellement centré sur les tourments du personnage de Vincent Lindon cherchant par tous les moyens à faire sortir sa femme de prison (des options légales jusqu’à l’évasion pure et simple) tout en maintenant une tension croissante pour aboutir à un dernier quart d’heure échevelé, A Bout portant reprenait et transposait cette dernière partie hyper rythmée sur toute la durée du métrage, montrant le perso de Gilles Lellouche faire équipe avec un gangster (Roshdy Zem) pour retrouver sa femme kidnappée. Des arguments narratifs qui pourraient s’appliquer à de pures intrigues de polars mais qui chez Cavayé impliquent des monsieur-tout-le-monde embringués dans des situations incroyables et inextricables, où le drame le dispute au tragique, dénotant sa volonté de toucher profondément son audience. Mea Culpa s’articule certes autour d’un duo de flics mais Cavayé et son habituel scénariste Guillaume Lemans ramènent le récit à des préoccupations purement intimes. Un gang de tueurs que l’on devine venant des pays de l’Est (une réminiscence de l’équipe menée par Hans Grüber ?) fait des siennes à Toulon mais leurs motivations ne nous seront jamais dévoilées. Car ce qui importe est que par un effet de domino, ils s’en prennent au garçon de Simon (Lindon) témoins d’une de leur exécution. Son père va alors se démener pour le protéger aidé de son ex co-équipier mais toujours ami Franck (Lellouche).

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Tout va ainsi essentiellement reposer sur leur relation fragilisée par un accident de voitures qui a brisé moralement et professionnellement Simon. Après sa peine de prison purgée pour la mort de la famille percutée, il est désormais convoyeur de fonds tandis que Franck est resté dans la maison poulaga et fait preuve d’une indéfectible amitié, toujours là pour lui ou sa femme et son fils qu’il a délaissé. Culpabilité et rédemption seront les principaux motifs qui feront courir Franck et Simon. Mais aussi et surtout l’amour. Celui qui lie un père à son fils, un mari à sa femme (on s’intéresse principalement aux deux flics mais le personnage d’Alice n’est pas négligeable) mais également celui qui lie deux amis autrefois intimes.
Le duo va alors se lancer dans une violente vendetta envers les malfrats qui en veulent au fils de Simon et vont rapidement passer du statut de chasseur à celui de proie après une fusillade percutante dans une boîte de nuit. Bénéficiant d’une photo magnifique, les scènes d’actions sont variées, remarquablement maîtrisées (même si on peut regretter certains plans rapprochés nuisant parfois à la lisibilité) et reposent sur des éléments intelligemment distillés pour aboutir à chaque étape à un déchaînement viscéral. Autrement dit, visuellement, ça claque !

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Si le scénario du film est né d’un projet abandonné par Olivier Marchal, Cavayé n’en a gardé qu’une vague trame policière, presque un décorum, s’éloignant de la vision du réalisateur de MR 73 pour personnaliser et amarrer cette intrigue à son univers. Car ce qui intéresse en premier lieu Fred Cavayé ce sont les interactions entre Simon et Franck, leurs fluctuations, leurs variations à mesure que l’étau se resserre. Et comme souvent, pour illustrer l’humeur de ses persos, il passe par une économie de mots mais un sens du découpage, du cadrage et de la direction d’acteur pour faire passer le maximum d’émotions.
Une scène d’action sera ainsi toujours porteuse d’une signification purement sensitive parfaitement compréhensible sans qu’il soit besoin de l’exprimer autrement que visuellement. Une séquence particulièrement représentative est celle qui se conclut après une poursuite infernale dans un bâtiment en chantier où Simon doit choisir sur quelle ombre tirer, entre celle de son pote et celle d’un de leurs poursuivants. L’hésitation de Simon, son choix aboutissent à un regard final d’une incroyable intensité échangé avec Fanck où se lit interrogation, détresse et un certain malaise qu’aucune réplique malheureuse ne viendra désamorcer.

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Cette confiance en son art et la réception par le public font de ce genre de prise de risque une force. D’autant plus puissante que le film n’a que peu d’éléments superflus. Une épure qui conduit parfois à mettre en évidence certains rouages mais rien qui neutralise l’adhésion à la crédibilité de l’ensemble. Et si l’on se passionne pour une action toujours plus trépidante variant les configurations (marché couvert abandonné, toilettes, boîte de nuit, train…), se révèle en filigrane le récit d’une profonde amitié presque en bout de course et qu’il s’agit de réactiver peut être une dernière fois.
Cette volonté de construire son histoire autour de la relation de ce duo qui sera constamment mis à l’épreuve d’une action toujours plus resserrée se manifeste dès les premières séquences. On nous montre des bribes d’un passé au bonheur suranné illustrant la joie de vivre qui les habitait remplacé par des flashs du drame ayant causé la mort d’innocents et la perdition de Simon, puis on enchaîne dans le présent terne et solitaire de chacun. Simon regardant de sa fenêtre la vie familiale d’en face, Franck se débattant pour survivre puisqu’on le retrouve coincé dans une voiture en train de lutter avec un homme et une femme. Une entrée en matière qui se distingue en outre par sa bande sonore se substituant à des dialogues inexistants et qui distille en un temps record l’ambiance morne qui pèse désormais sur eux. Ultime subtilité, ces premières minutes instaurent également les positions adoptées par chacun d’eux, Simon en observateur des autres et de sa propre vie (à de multiples reprise, on le montre en retrait dans le cadre, mutique, le visage fermé) tandis que Franck naviguera lui au cœur de l’action.

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Tout l’enjeu de ce qui va suivre résidera non pas dans le retour d’un bonheur idéalisé mais provoquer une succession de chocs afin de sortir Simon de sa torpeur pour agir enfin et renouer avec son ami et à nouveau lui faire face. Simon replonge dans l’arène, parfois en mode bad-ass accompli (la séquence de la bulle dans la perf’ !) mais ce n’est pas là l’essentiel.
Au fond, Cavayé signe plus qu’un simple film d’action mais une remise en action forcément douloureuse après tant de ressentiments. On notera également que finalement, on assiste à une course poursuite certes, mais entre les personnages de Simon et Franck, l’un coursant l’autre et inversement tant ils se démènent pour tenter d’interagir de concert et se retrouver au même plan. Avec comme point de fuite Alice et Théo le fils de Simon.
Les derniers instants du film n’en seront que plus étonnement émouvants puisque l’échange verbal tant recherché entre les deux flics sera rendu délicatement inaudible et pourtant parfaitement accessible à l’entendement grâce encore à la signification de la mise en scène. Toute la puissance de Mea Culpa réside ainsi dans le sens accordé et imprégné à ses images qui vaut tous les mots. Et apaisera, peut être, les derniers maux.

Nicolas Zugasti
Mea Culpa
Réalisateur : Fred Cavayé
Scénario : Fred Cavayé et Guillaume Lemans
Interprètes : Vincent Lindon, Gilles Lellouche, Nadine Labaki, Gilles Cohen…
Photo : Danny Elsen
Montage : Benjamin Weill
Musique : Cliff Martinez
Pays : France
Durée : 1h30
Sortie française : 5 février 2014

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