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Série remarquable d’intelligence, Homeland fut lancée en 2011 sur la chaîne câblée Showtime et a rapidement convaincu et rencontré un succès critique et public mérité. Interpellant une Amérique craintive sur leur propre sécurité, porté par une écriture solide où pointe une complexité des actions et une dualité bien/mal à la frontière mal définie, ce show convainc en premier lieu par la complicité du duo d’acteurs constitué de Claire Danes et de Damian Lewis. En effet, la nature exacte de la relation entre les deux héros principaux, qui oscille au fil des épisodes entre désir et soupçon, attirance et répulsion, participe grandement à la réussite de cette œuvre qui illustre, par ailleurs, la terreur d’un état en manque de repères et de certitudes depuis les attentats ayant détruit les deux tours du World Trade Center.
A l’origine

Connu (et reconnu !) pour son travail sur des œuvres cultes comme, par exemple, X-files et 24 heures chrono, Howard Gordon scénarise le pilote de Homeland avec son comparse Alex Gansa, après la vision d’une série télévisée israélienne, Hatufim écrite et réalisée par Gideon Raff. Le pilote commandé par Showtime, est alors confié aux bons soins du cinéaste Michael Cuesta dont les travaux à la télévision (sur Dexter et Six feet Under) ou au cinéma (L.I.E. en 2001 par exemple) furent remarqués.

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Un marine américain missing in action, Nicholas Brody, est libéré après huit années de détention par Al-Qaïda, après une opération commando. Mais suite à une confidence d’un de ses informateurs, l’agent de la C.I.A. Carrie Mathison est persuadée que ce soldat a été « retourné » par ses kidnappeurs et présente de ce fait un énorme risque pour la sécurité nationale du pays, dix ans après les événements de New York. Elle engage alors, contre l’avis de ses supérieurs dont son mentor Saul, une surveillance de tous les instants afin de déterminer si ce marine représente une menace pour les États-Unis. Mais cette surveillance va petit à petit virer à l’obsession.
Depuis l’attentat perpétré sur leur sol le 11 septembre 2001, les États-Unis, en grande partie par l’intermédiaire de leurs dirigeants, sont devenus une nation de plus en plus paranoïaque. Et dès le générique de
Homeland, les images qui balayent trente années de diplomatie américaine (de Reagan et la guerre froide jusqu’au discours d’Obama réclamant de la vigilance) rappellent inévitablement cette psychose. L’héroïne de la série, Carrie Mathison, dès son plus jeune âge, regarde ses images (et s’en imprègne) devant son écran rappelant en cela un certain Martin Tupper, le héros de la série humoristique Dream One. Devenue un pur produit de la C.I.A., se sentant responsable de la catastrophe de ce début de 21eme siècle, Carrie a une obsession comme elle le rappelle d’emblée « J’ai raté quelque chose dans le passé. Je ne ferai pas deux fois la même erreur ». Cette phrase explique (et justifie aux yeux de Carrie) à elle seule le comportement de cette agent, qui n’aura alors de cesse, sur une simple intuition, de harceler, au mépris même des lois, celui que son pays veut à tout prix considérer comme un héros. Mais à force d’effectuer une surveillance excessivement intrusive, Carrie va tomber sous le charme de Brody et la série prend alors un virage dramatique assez inattendu.
Préférant alors, pendant toute sa saison inaugurale, prendre son temps en privilégiant les paroles aux actes,
Homeland devient l’anti-24 heures Chrono. Dans ce thriller d’espionnage profondément intense , pas ou peu d’action mais de la réflexion, de la manipulation. Pas de rebondissement à chaque fin d’épisode non plus mais plutôt un désir de prendre son temps et d’instaurer un climat lent afin d’accentuer le doute dans la tête des téléspectateurs. Mais, si la force de la série est de montrer l’Amérique dans toutes ses ambigüités, loin de la glorification des combats et du prétendument héroïsme et patriotisme de ses soldats, l’œuvre de Gordon et Gansa est également une réflexion sur la folie, maladie véhiculée par ses deux personnages principaux. Carrie d’un côté doit vivre en permanence avec une maladie mentale (elle est bipolaire et souvent hystérique) tandis que Brody, sous ses dehors de soldat rescapé est un homme brisé mentalement devenant un terroriste prêt à tout. Alors, même si on peut parfois regretter une multiplication des points de vue (avec entre autres, la famille de Brody et les supérieurs de Carrie), cette saison inaugurale emporte l’adhésion grâce donc à un casting approprié (dont l’excellent Mandy Patinkin dans le rôle de Saul) et des intrigues certes complexes mais surprenantes et efficaces.

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Saison 2
Après les événements de la saison précédente, Carrie a quitté l’Agence et est devenue enseignante d’anglais. Elle a subi un traitement pour sa maladie mentale. Pendant ce temps, Saul se rend au Liban où règne un climat de tensions permanentes. Et Brody apprend que le vice-président compte le citer parmi ses colistiers lors de la campagne présidentielle.
Après une première saison très convaincante,
Homeland revient pour une deuxième livraison plus risquée car plus politique malgré la présence permanente de la menace terroriste. Orientant son intrigue principale vers la course à la Maison Blanche au détriment de la traque d’Abu Nazir, un clone de Ben Laden et accessoirement responsable du « retournement » de Brody, la série perd essentiellement en réalisme. Et lorsqu’elle s’exporte au Liban, elle devient bancale en tutoyant les approximations à tel point que le gouvernement de ce pays avait pendant un temps envisagé un recours en justice contre les producteurs de la série.
De plus, si l’on retrouve certaines caractéristiques d’origine, les errements de quelques personnages viennent parfois gâcher le plaisir des retrouvailles. Voir, par exemple, le flirt de la fille de Brody avec le fils du vice-président prendre autant d’importance pour une conclusion des plus branlantes (un accident de la circulation mortel), diminue considérablement l’intérêt porté à cette série. Mais au final qu’importe, tant la qualité d’écriture et d’interprétation subsistent. Enchaînant les rebondissements et s’écartant du jeu du chat et de la souris entre Carrie et Brody, modifiant avec succès parfois son tempo,
Homeland surprend en évitant une confortable stagnation quitte à perdre certains fans de la première heure. Et si l’on veut bien passer outre certaines incohérences (dont une ballade ridicule dans les bois entre Brody et son tailleur), le bonheur de suivre une série addictive et intelligente subsiste et enchante.
Fabrice Simon

Homeland
Réalisateurs : Michael Cuesta, Clark Johnson et Jeffrey Nachmanoff
Scénario : Howard Gordon, Alex Gansa, Gideon Raff,….
Interprètes : Claire Danes, Damian Lewis, Mandy Patinkin, Morena Baccarin, Morgan Saylor, Rupert Friend, F. Murray Abraham,….
Photo : Nelson Cragg
Montage : Jordan Goldman, Terry Kelley et Joe Hobeck
Musique : Sean Callery
Pays : États-Unis
Durée : 2 x12 de 60 minutes
Sortie coffret DVD : saison 1 et 2 depuis septembre 2013
Network : Showtime

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