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A la fois thriller efficace et portrait de l’Amérique des oubliés et des plus démunis,
Les Brasiers de la colère est la deuxième réalisation de Scott Cooper auteur remarqué par son premier film, Crazy Heart, où ce jeune réalisateur remettait sur le devant de la scène le grand Jeff Bridges. Non exempt de défauts comme, par exemple, une certaine tendance à vouloir, par des effets stylistiques inutiles, se rapprocher d’une certaine idée de cinéma d’auteur U.S. tendance Sundance, Out of the Furnace (préférons de loin le titre original) est une œuvre intéressante et ambiguë où chaque situation semble gangrenée par la violence.

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L’action de ce film se situe dans une ville ouvrière américaine comme il en existe certainement des dizaines et où la misère rôde à tous les coins de rue. Comme son père qui se meurt à petit feu, Russell (Christian Bale) travaille à l’usine d’à côté. Son jeune frère Rodney (Casey Affleck) sorti de plusieurs missions difficiles en Irak, revient brisé émotionnellement et physiquement. Lorsqu’un accident de voiture mortel survient alors qu’il conduisait sous l’emprise de l’alcool, Russell est envoyé immédiatement en prison. Sa compagne le quitte alors et son frère tente de survivre en pariant aux courses et en participant à des combats clandestins. Endetté jusqu’au cou, Rodney se retrouve mêlé aux activités douteuses d’Harlan DeGroat (Woody Harrelson), un caïd local, sociopathe et vicieux. Peu après la libération de Russell, Rodney disparaît. Pour tenter de le retrouver, l’ex-taulard va devoir affronter DeGroat et sa bande, au péril de sa vie.
Handicapé par une première partie schématique et un brin clicheteuse où le portrait du héros ne s’éloigne que rarement des chemins balisés par ce type d’œuvre, ce long-métrage où l’on voit pointer en permanence l’hommage aux grands anciens et notamment celui à l’immense Michaël Cimino (voir notamment la très belle scène de chasse)est en premier lieu un film d’acteurs porté par un trio impressionnant. En tête d’affiche de ce casting intéressant (où les seconds rôles sont tout de même joués par Sam Shepard, Willem Dafoe, Zoë Saldana et Forest Whitaker), on trouve Christian Bale dont la carrière a considérablement évolué depuis ses débuts chez Spielberg (L’Empire du Soleil en 1987). Poignant et convaincant, il porte sur ses larges épaules ce film pendant la toute première partie de l’œuvre (de loin la moins intéressante) et s’affirme après des prestations remarquées dans la trilogie Batman ou le très beau Fighter de David O’Russel, comme l’un des acteurs le plus charismatiques de sa génération. Si sa prestation atteint le niveau d’un oscarisable en puissance, c’est essentiellement par l’opposition que lui apporte Casey Affleck. Toujours aussi remarquable, le jeune frère de Ben apporte au personnage de Rodney un détachement et une insouciance utiles à ce rôle de paumé de la vie malgré son passé de soldat rescapé d’un conflit l’ayant vu plonger dans un marasme émotif et une attitude suicidaire. Mais malgré l’excellente prestation des deux acteurs précités, ce qui retient surtout l’attention, c’est la composition de Woody Harrelson. L’ancienne vedette des années 90, has-been il y a encore deux ans, semble retrouver un regain d’intérêt, à l’aube de la cinquantaine, auprès d’une nouvelle génération d’auteurs. Impressionnant dans Rampart d’Oren Moverman où il jouait un flic corrompu en quête de rédemption et en attendant True Detective la série événement de H.B.O. qui débute ce mois-ci, le grand Woody retrouve, dans le film de Scott Cooper, un rôle d’importance et dans l’esprit proche de celui de Mickey Knox, à tel point que l’on s’attend à voir débarquer Juliette Lewis à tout instant.

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Pourquoi tant de haine ?

D’un point de vue européen, la société américaine est jugée, sans doute un peu hâtivement, comme l’archétype de la société de la violence par excellence. Le propos du cinéaste, tout au long de son œuvre, va être alors de lister de façon certes non exhaustive l’influence des diverses caractéristiques de ce fléau afin d’étayer son discours. Car, pour Cooper, qu’elle soit d’ordre sociale, routière, physique ou qu’elle soit simplement véhiculée par les armes ou les corps, la violence induit, pour ses compatriotes, un mode de vie bien éloigné de l’image d’Épinal imposée par The American Way of Life. En premier lieu donc, dans ce film, la violence est une émanation de la dégradation sociale des États-Unis. Brisés par la mondialisation, la plupart des ouvriers d’Outre-Atlantique la subisse de plein fouet jusqu’à s’endetter tout en s’auto-détruisant. L’échange vif entre Bale et Affleck, concernant le travail à l’usine, indispensable pour l’un, nuisible pour l’autre, confirme les propos très durs du cinéaste, soit les doutes des laissés pour compte du capitalisme qui oscillent entre l’envie de s’en sortir et la résignation. D’ailleurs, la situation du père, qui après une vie dévouée au travail d’usine semble résigné à mourir à domicile, apporte un argument supplémentaire au discours du réalisateur concernant cette critique sociétale.
Dans un deuxième temps, la violence est également d’ordre routière. Comme dans de nombreux films (au hasard Amours Chiennes d’Alejandro González Iñárritu) un destin collectif est perturbé fortement à cause d’un accident de voiture. Ici, l’accident, qui contraint Russel à aller quelques mois en prison, entraîne tout un tas d’actions pouvant paraître anodines intrinsèquement mais qui vont conduire à un affrontement final où culmine une rage contenue jusqu’alors.

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Ensuite, la violence est corporelle et donc physique. Les combats de free-fight clandestins où le seul moyen de vaincre est l’annihilation de l’adversaire, rythment la vie du plus jeune des deux frères et restent, pour cet ancien militaire, l ‘unique façon de gagner un minimum d’argent. Le corps sanglant et meurtri par la multitude de coups reçus, devient alors une monnaie d’échange, qu’il semble toutefois aisé de briser. Mais surtout le corps devient alors le premier concurrent du principal vecteur de la violence soit les armes et sa libre circulation. Vieille comme le pays, cette caractéristique étasunienne intrigue bon nombre d’auteurs et ses ravages ne cessent d’interloquer. Pour Russel, trouver facilement une arme, c’est pouvoir essayer de se venger quitte à y perd sa vie. Et tant pis si toute cette histoire se termine dans un bain de sang et culmine dans un final barbare rappelant des classiques du vigilante movies des années 80. Le film de Scott Cooper dérange alors et égratigne les convictions de tout un chacun sans malheureusement clarifier la position propre de l’auteur. Mais même si la vision globale reste donc équivoque voire douteuse, l’impression générale laissée par Out of the Furnace laisse entrevoir une force et un propos qui fait de son jeune auteur un cinéaste à suivre.

Fabrice Simon

Les Brasiers de la colère (Out Of The Furnace)
Réalisateur : Scott Cooper
Scénario : Brad Ingelsby & Scott Cooper
Interprètes : Christian Bale, Casey Affleck, Zoe Saldana, Woody Harrelson, Sam Sheppard, Willemn Dafoe, Forest Whitaker…
Photo : Masanobu Takayanagi
Montage : David Rosenbloom
Musique : Dickon Honchliffe
Pays : Etats-Unis
Durée : 1h56
Sortie française : 15 janvier 2014

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