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conversationsecrete_affEn cette période de préparatifs de Noël,  j’ai sans remord craché trente euros pour un coffret DVD Francis Ford Coppola (quarante euros en Blu-Ray, Charles) des plus alléchant, puisque que l’on y retrouve Conversation secrète, dont la relativement récente édition était épuisée, The Outsiders, introuvable sous forme officielle (du moins en zone 2), et Coup de cœur, autre inédit, une madeleine de votre serviteur puisque choc visuel rehaussé par la présence de Natasja Kinski dont j’eu longtemps le béguin. Chienne de vie.
Concernant Conversation secrète, rappelons aux étourdis qu’il s’agit probablement du suspense politico-policier le plus atypique des années 70 : il ne contient aucune véritable scène d’action et sa mélancolie n’a d’égale qu’une lenteur qui n’empêche en rien une tension constante. Tourné entre fin 1972 et début 1973, soit en plein marasme gouvernemental consécutif à l’arrestation des « cambrioleurs » des locaux du Parti Démocrate dans l’immeuble du Watergate à Washington, le film se fait le précurseur des fictions sur le thème de la surveillance et du contrôle dont traiterons des dizaines de films tels que Tonnerre de feu, Osterman Week-end ou Ennemi d’Etat (dans lequel, fait exceptionnel au cinéma, Gene Hackman reprend officieusement son personnage de Conversation secrète). Sorti aux USA quelques mois avant la démission de Richard Nixon (pour de multiples raisons que je ne vous ferais pas l’affront de vous rappeler) et deux ans avant Les Hommes du Président, ce long-métrage, en sus de son commentaire « en creux » de l’ambiance sociopolitique du moment, relève également de l’intrigue criminelle puisque on y assiste aux risques encourus par un couple illégitime de par la surveillance dont il fait l’objet. Comme dans tous bons suspenses de ce type, double-jeu et manipulations répondent à l’appel, notamment parce que la dernière partie du métrage dévoile qu’en fait de victimes potentielles les amants préparent l’assassinat du mari, commanditaire de la mission de surveillance. Il s’agit donc là d’une variante sur un schéma des plus courus. Mais Conversation secrète est d’abord et surtout une sorte de radiographie d’un homme triste, seul, maniaque, introverti, paranoïaque et traumatisé par les conséquences que peuvent engendrés son travail, passion qu’il pratique comme un sacerdoce. C’est à ce titre que le film est bouleversant.

theoutsiders_affBon, The Outsiders n’est pas mon Coppola préféré mais il n’en reste pas moins exceptionnel. Parmi ses multiples mérites, une distribution magnifique, prélude à la puissance de feu du Bratt Pack des eighties. Leurs membres allaient tout ou partie se retrouver dans une dizaine de productions (Saint Elmo’s Fire, L’Aube rouge, Breakfast Club…) ou/et tenter le solo en tête d’affiche (Risky Business, Youngblood, Karaté Kid, Short Circuit, Hitcher, Dirty Dancing et tant d’autres, certes pas que des incunables), souvent avec un ou plusieurs membres du susdit Bratt Pack dans des seconds rôles ou des apparitions. D’autre part, sous couvert d’un classicisme de surface, le réalisateur continue à s’adonner aux marottes faisant sa spécificité, notamment l’obsession de la technique. En apparence moins expérimental que nombres de ses films, The Outsiders, qui bénéficie dans cette édition d’un quart d’heure supplémentaire de scènes importantes par rapport à la sortie ciné de 1983, est bourré de trucs qui font la magie du cinéma. Visuellement splendide, ce director’s cut est entouré de bonus conséquents, très éclairants sur la manière de faire d’un immense cinéaste, méthodes qui font de ce faux long-métrage nostalgique une œuvre d’avant-garde dans sa conception (pré-tournage en vidéo, visionnage des scènes en direct, pré-montage dans la célèbre caravane mobile, utilisation des fonds bleu…), au même titre que le prochain Cotton Club et que le bide financier qui précède ce lumineux chant d’amour à la jeunesse, à son énergie, à sa difficile confrontation avec la jungle des adultes, j’ai nommé le fou fou fou Coup de cœur.

coupdecoeur_affAprès Apocalypse Now dont le tournage chaotique se fit essentiellement en extérieur, Coppola choisit donc de tourner une œuvre en recréant en studio des segments de Las Vegas, faisant de Zéropolis une cité quasi magique toute d’artifices dans laquelle vont s’aimer et se déchirer quelques adultes mal dans leur peau, dont ceux interprétés par Fréderic Forrest et Teri Garr (et Tom Waits), des habitués des productions Zoetrope. Cette recréation est notamment décidée afin de contrôler le tournage, au moins dans son essentiel, à savoir la logistique et la technologie. Fini les tournages dans les contrées lointaines, fini les tournages aux méthodes à peu près traditionnelles tels que ceux du Parrain et de Conversation secrète. Dorénavant, Coppola se voudra un cinéaste du futur, un féru d’avancées technologiques, une éponge à nouveautés, une évidence à la vue de ce Coup de cœur mais également de Rusty James. Il n’y perdra pas son âme et cela ne l’empêchera pas de filmer des histoires dites classiques, genre The Outsiders et Cotton Club, ni d’offrir une vision flamboyante du hit de Bram Stoker, adaptation dans laquelle fraient trucages séminaux à la Méliès et bidouillages informatiques, ni de revenir à des productions plus standards dans leur conception, telle Jardins de pierre. Rien qu’au titre d’œuvre charnière, Coup de cœur vaut le détour. Pour les orgasmes oculaire et auditif, la vision en Blu-Ray est recommandée.

Ces trois films importants édités en coffret chez Pathé bénéficient chacun de bonus qui valent à eux seuls le prix d’ensemble.

Laurent Hellebé

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