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Ninjas Est-ce que vous croyez aux mondes parallèles ? Cette question que l’on nous pose tous les soirs sur Canal + (et que  les spectateurs anglais entendaient aussi avec l’émission Meanwhile), tous les amateurs de cinéma en connaissent la réponse. Bien sûr qu’ils existent et, en y réfléchissant, les exemples s’enchaînent. Pendant ce temps dans un univers parallèle où les films du Brésilien José Mojica Marins passent à la télé, avec ce vilain barbu aux ongles démesurés. Pendant ce temps dans un univers parallèle où les films de Norodom Sihanouk sont tous les ans au festival de Cannes, dans lesquels la réalisation, le scénario et l’interprétation reposent sur les épaules d’un seul homme, le Roi-Père du Cambodge. Et pendant ce temps, dans un univers parallèle où les ninjas ne sont pas seulement des tortues aux prénoms de peintres de la Renaissance. Qu’est-ce qui différencie Clash of the Ninjas de Ninja in Action ou de Ninja : American Warrior, trois films de ninjas que Artus Films, en collaboration avec le site Nanarland.com, a réunis dans un coffret DVD ? A priori pas grand chose. Il y a, dans les trois, de la baston, des acteurs américains et asiatiques, des bons et des méchants, des mecs en cagoules et d’autres qui n’en portent pas. En fait, et c’est là où est l’intérêt, Artus et Nanarland dévoilent un continent pratiquement inconnu de tous, si ce n’est d’une bande de féroces cinéphiles déviants. Car les gars de Nanarland, c’est eux dont il s’agit, connaissent les films de ninja sur le bout des doigts. Et sans doute plus passionnants encore que les films eux-mêmes sont les suppléments qu’ils nous livrent.

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Paulo Tocha, habituel héros des films de ninjas

C’est alors une déferlante qui nous tombe sur la tête. Pour qui s’est tenu à l’écart de ces films, les noms de Godfrey Ho ou de Paulo Tocha sont pratiquement inconnus. Le premier a dirigé une quantité de films de ninjas. Le second, qui peut adopter des patronymes aussi différents que Bruce Stallion ou Paul Torcha, est apparu dedans. Mais c’est là où l’affaire se corse et où les bonus du coffret sont excellents. On apprend que Ho, sous des pseudonymes variés (tels que Willace Chan ou Kurt Spielberg), récupérait des morceaux de films asiatiques à bas prix et tournait quelques plans avec des acteurs européens ou américains. Mélangez le tout, secouez bien (ah oui, il faut bien secouer) et la bouillabaisse obtenue, également baptisée “Deux en un”, est le plat principal de ce monde parallèle. On remarquera par ailleurs que ces pauvres Asiatiques ont dû s’habituer, depuis, au fait de voir leurs films ainsi pillés et complètement reconstruits. On se souvient du What’s Up, Tiger Lily ? (Lily la tigresse, 1966), première “réalisation” de Woody Allen qui avait torpillé un film japonais de Senkichi Taniguchi. Et que dire du film situationniste La dialectique peut-elle casser des briques ? (1973, René Viénet) qui détourne un film de kung-fu de Kuang-chi Tu pour en changer totalement le discours et le rendre beaucoup plus politique ? Les nanarlandeurs le disent carrément et les acteurs interviewés sont d’accord avec cela : les films de ninja sont une escroquerie qui mettent face à face des acteurs qui ne se sont jamais rencontrés. Ces productions bricolées, sorte de patchworks filmiques dans lesquels les images proviennent de sources très différentes, sont très étranges à regarder. On peut les juger aberrantes, stupides ou jouissives, à condition de se marrer à chacun des non-sens et de l’absence de jeu des acteurs. Quant au doublage ! Les quelques comédiens (?) français qui font toutes les voix s’amusent à prendre des accents plus inimaginables les uns que les autres. Écoutez après cela Jacques Balutin et Jacques Legras dans Mon curé chez les Thaïlandaises (1983, de Robert Thomas). On aura du mal à vous persuader qu’ils ne sont pas, respectivement, Écossais et Chinois. nanarland Mais ne soyons pas injustes. Les acteurs originaux, qu’ils “jouent” ou qu’ils se battent, ne sont pas meilleurs, loin de là. Pour bien profiter de ces films de ninjas, il ne faut les prendre pas plus avec des pincettes qu’avec des baguettes. Il faut tout simplement se laisser porter par l’incongruité de tout cela, ne rien chercher à comprendre et se contenter de ricaner chaque fois qu’une action, qu’un acteur et un doubleur nous en donnent l’occasion. Entre autres, en arborant des bandanas ou des tuniques aux couleurs improbables. Enfin, ceux qui, en lisant le titre de ces lignes, ont cru qu’ils allaient avoir un commentaire du dernier film de Cédric Klapisch, peuvent comprendre ce qu’est une arnaque.

Jean-Charles Lemeunier

Coffret Ninja sorti en DVD chez Artus Films le 1er octobre 2013

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