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Santo contre espritdumal

C’est à peine si l’on connaît Santo ici (et ce qu’on peut en lire dans les fanzines américains en dit long sur la curiosité qu’il suscite). Pourtant, il est avéré que les films mettant en scène des catcheurs masqués ont été au Mexique, pendant près de vingt ans à partir des années soixante, un genre à part et fortement populaire. Si le nom de Santo est parvenu en France sur la pointe des pieds, que dire de ces ténors de la lucha libre que furent Blue Demon, Mil Mascaras, Les Luchadoras, Neutron, etc.
C’est pour toutes ces raisons que l’on saluera la sortie chez Bach Films de ces films mythiques made in Mexico. Bach avait déjà sorti une trilogie consacrée à la Momie aztèque, assortie de quelques joyaux (La tête vivante, Le baron de la terreur). Ils sont pour l’instant au nombre de quatre à figurer dans cette nouvelle salve mexicaine : Santo contre l’esprit du mal (1958, Joselito Rodriguez, dont l’action se déroule à Cuba), La Llorona (1959, René Cardona), Blue Demon contre le pouvoir satanique (1964, Chano Urueta), L’incroyable professeur Zovek (1971, René Cardona Sr).
Parmi ces titres, deux sont de vrais films de catcheurs, mettant sur le ring l’indétrônable Santo et Blue Demon. Le professeur Zovek ne catche pas mais il lutte lui aussi contre un génie du mal. Seul La Llorona appartient à un genre différent, évoqué plus loin.
Il faut bien reconnaître que, une fois passé le plaisir simultané (enfin, un film mexicain, enfin des catcheurs masqués), on déchante quelque peu. Qu’ils soient interprétés par Santo, Blue Demon ou Zovek (qui, je le répète, n’est pas un catcheur masqué mais une sorte de médium), ces films sont curieusement lents, alors que l’on s’attendait à une énergie débordante digne des meilleurs serials américains. Ainsi, lorsque le héros bondit dans une voiture à la poursuite du méchant, son véhicule démarre tout doucement et la caméra suit tous les tours et détours de la circulation pour le filmer, jusqu’à ce qu’il stoppe. Malgré la hardiesse d’un tel plan, on est loin de Tarkovski et de Solaris.
Restent la curiosité pour cette petite partie émergée d’une immense filmographie et la joie de voir des flics classiques, costards-cravates ou uniformes, mener l’enquête aux côtés de catcheurs masqués sans que les premiers s’interrogent sur la présence des seconds. Dans Santo contre l’esprit du mal, notre catcheur préféré est capturé par les méchants et drogué, si bien qu’il se met à bosser pour eux. Heureusement, la police dispose d’un deuxième catcheur masqué, incarné par Fernando Osés (par ailleurs coscénariste du film), qui parviendra à sauver la mise au héros. Ce n’est qu’à la toute fin, lorsque nos deux catcheurs repartent vers d’autres rings, que les détectives s’interrogent : mais qui étaient ces deux gars ? Fin.
C’est sans doute là l’intérêt des films de catcheurs : les scénaristes requièrent la naïveté des spectateurs et en arrosent tout autant leurs histoires. Lesquelles tirent souvent les mêmes ficelles que les combats professionnels : le gentil est malmené jusqu’à ce qu’il se redresse et envoie dans les cordes son (ou ses) adversaires.

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Blue Demon contre le pouvoir satanique a une toute autre atmosphère : le film démarre en 1914, date à laquelle est exécuté un certain Gustavo. Mais cet étrange début n’est qu’un prologue et l’histoire, comme le criminel début de siècle, va revenir plonger dans les années soixante. Gustavo commet de nouveaux méfaits, auquel Blue Demon va rapidement mettre le holà. Et le récit, lui, ralentit curieusement et en perd son style alléchant.
Qu’on ne s’y trompe pas : le catch mexicain des années soixante ressemble à celui, bien oublié aujourd’hui, que pratiquaient les Français à la même époque, avec l’Ange blanc, le Bourreau de Béthune, Ben Chemoul ou Zarak (quelques-uns étaient d’ailleurs masqués aussi). Nous sommes à des années-lumière du WWE et de John Cena ou The Rock.
Et même s’il existe toujours une petite déception, le plaisir d’avoir enfin pu voir un film de Santo (ou autre) dans de bonnes conditions, dans une version originale sous-titrée en français, persiste longtemps après la vision.

laLLorona
Oublions un moment les rings : La Llorona n’a rien à voir avec tout ce qui précède, se rapprochant davantage du gothique à l’Italienne ou à l’Anglaise. Et n’en est pas indigne, loin de là. Le film de René Cardona est une agréable surprise. Il est tiré d’une légende mexicaine, dans laquelle une Indienne a eu des enfants avec un Espagnol. Lorsqu’il la quitte pour épouser quelqu’un de son rang, elle égorge sa progéniture. Cette “pleureuse”, traduction de llorona, revient du passé pour se venger et tuer de nouveaux gamins (la chanteuse Lhasa en fit d’ailleurs une chanson), D’entrée, le cinéaste réussit à planter une atmosphère inquiétante, sans abuser d’effets spéciaux. Le récit avance progressivement dans le fantastique pour notre plus grand plaisir.
On notera enfin que chaque DVD de cette nouvelle collection est accompagné d’un livret passionnant de Stéphane Bourgoin consacré aux catcheurs masqués et au cinéma d’épouvante mexicain.

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Un dernier mot sur les réalisateurs. Si Joselito Rodriguez fait preuve d’une belle carrière qui couvre près de 40 ans (de 1941 à 1979), il n’est pas connu dans nos régions. Il n’en va pas de même des deux autres, René Cardona et Chano Urueta. Le premier est semble-t-il l’homme à tout faire du cinéma mexicain, s’illustrant dans tous les genres entre 1925 et 1982. Si peu de ses films sont arrivés jusqu’à nous, en revanche, à partir des années soixante-dix et quatre-vingt, plusieurs de ses nanars parviennent sur nos écrans, dont le fameux Survivre (1976), qui raconte le crash d’un avion argentin dans les Andes et le cannibalisme qui s’ensuivit pour ne pas mourir de faim. L’acteur fétiche de Cardona est Hugo Stiglitz, dont se souviendra Tarantino dans Inglourious Basterds, où le personnage incarné par Til Schweiger porte son nom. Pour revenir à Cardona, on a quelquefois du mal à faire le tri entre sa propre filmographie et celles de son rejeton (René Cardona Jr) et de son petit-rejeton (René Cardona III) qui, tous, se sont illustrés dans le nanar gore : Le mystère du triangle des Bermudes et Guyana, la secte de l’enfer pour Junior, Violencia urbana ou Insaciable venganza pour le troisième du nom.
Réalisateur de La tête vivante et du Baron de la terreur cités plus haut mais aussi d’El espejo de la bruja (sa carrière s’étale de 1928 à 1974), Urueta est aussi connu pour avoir joué un vieux Mexicain dans deux films de Sam Peckinpah, La horde sauvage et Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia. De ceux qu’on conserve forcément sur ses étagères.

Jean-Charles Lemeunier

Collection de DVD mise en vente par Bach Films en juin 2013

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