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Pour bien réussir une recette de spaghetti western, il faut un ciel bleu éclatant de lumière et un paysage désertique. Ajoutez-y de la poussière, beaucoup de poussière, par plusieurs pincées.
Choisir un beau cowboy aux yeux aussi clairs que le ciel et le laisser mijoter dans sa transpiration. Il faut du temps : celui que prendra sa barbe pour pousser (mais pas trop) et ses vêtements pour se salir. Faire revenir son chapeau (impératif) dans la sueur et la poussière et le cuire au soleil plusieurs mois. Éplucher une jeune femme, juste ce qu’il faut, et la balancer un temps dans les pattes du jeune cowboy.
Prendre un méchant toute catégorie et le filmer dans toute sa vilénie, avec force détails, sans omettre les gros plans. Il doit avoir de l’allure, contrairement au gros Mexicain que vous aurez pris soin d’ajouter en fin de cuisson.
Ajouter les ingrédients italiens, poivrons, piments, trognes, et ne pas oublier que les spaghetti doivent être al dente : durs, voire rugueux, cyniques, politiquement incorrects. À consommer ensuite sans modération.
On aura compris que les trois westerns sortis chez Artus Films, Les colts de la violence (1966, Mille dollari sul nero), d’Albert Cardiff (alias Alberto Cardone), Killer Kid (1967) de Leopoldo Savona et Bandidos (1967) de Max Dillman (alias Massimo Dallamano) répondent à tous ces critères.

Il est fréquent de comparer les westerns italiens à leurs prédécesseurs américains et de préférer soit les uns, soit les autres, rarement les deux. Et je dois avouer que, bien qu’ayant dans ma vidéothèque beaucoup plus de John Ford que de Sergio Corbucci, il m’est arrivé de visionner coup sur coup 100 Rifles (1969, Cent fusils) de Tom Gries et Killer Kid de Leopoldo Savona et, entre deux séquences quasi identiques, de préférer l’Italienne à l’Américaine. Dans Cent fusils, l’armée mexicaine recherche un renégat en fuite (Burt Reynolds) et interroge férocement les peones. Dans Killer Kid, l’armée mexicaine recherche le chef des rebelles en fuite (Howard Nelson Rubien) et interroge férocement les peones. Dans les deux cas, la mort est au bout de leur silence. Et bien, reconnaissons-le, filmée par Leopoldo Savona, la scène est beaucoup plus cruelle, beaucoup plus réussie que chez Tom Gries. Et l’on admettra que le cynisme des héros des films italiens a gagné du terrain jusque chez les Américains.

Si le western italien des débuts doit beaucoup aux films yankees (mais aussi asiatiques), en revanche le western américain contemporain (voir le récent Sweetwater, en français Shérif Jackson, de Logan Miller) a repris toutes les vieilles recettes et la manière de filmer des Transalpins. Juste retour des choses.

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J’évoquais le cinéma asiatique : Sergio Leone et quelques autres ont lorgné du côté de Kurosawa, mais que dire du personnage central de Bandidos, incarné par Enrico Maria Salerno ? Tireur d’élite, il a les deux mains fracassées par une balle (vengeance du méchant, qui a ici les traits de Venantino Venantini, le sympathique porte-flingue des Tontons flingueurs). Chez les Italiens, comme ce fut le cas chez les Japonais ou les Chinois, le héros peut être aveugle ou manchot.

En matière de spaghetti westerns, les idées reçues sont tenaces : ainsi tient-on en haut du panier, dans la catégorie cinéastes, la trilogie des Sergio (Leone, Corbucci, Sollima) et délaisse-t-on les autres comme d’aimables faiseurs. Or, on remarquera comment la caméra de Massimo Dallamano suit le train dévasté par les hors-la-loi dans Bandidos. On appréciera l’originalité du décor de temple toltèque dans Les colts de la violence : Sartana, l’ange noir du film (un nom porté à une grande carrière dans le western italien), se cache au milieu de cariatides ressemblant à celles de Tula On se rendra également compte que les scénarios peuvent être solides et les personnages moins manichéens qu’ils ne paraissent à première vue. Ainsi les virevoltes du personnage joué par Fernando Sancho dans Killer Kid font que l’on a du mal à ranger celui-ci dans le camp des gentils ou des méchants.

Cinéma romain, certes, mais aussi parfois catholique et apostolique : ainsi, Les colts de la violence, où la mère tient une place très importante, qui se conclut par un quasi miracle et une citation biblique.

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Enfin, ajoutons que les bonus nous permettent de découvrir un personnage extraordinaire : l’auteur de bédé Curd Ridel. Cet érudit en diable sait transmettre sa passion du western italien qu’il semble connaître sur le bout des doigts. Ses interventions sont un régal que l’on recommandera aux plus récalcitrants. Si après cela, vous n’avez pas envie de vous jeter sur les films, c’est que votre cas est vraiment désespéré.

Jean-Charles Lemeunier

Collection sortie en DVD chez Artus Films en septembre 2013.

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