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"The Immigrant" de James Gray75-1

La malédiction James Gray à Cannes semble se poursuivre. À chaque présentation de l’un de ses films sur la Croisette, le cinéaste new-yorkais repart bredouille, et pire encore, avec la désapprobation des festivaliers. Presque un « sans fautes » étant donné que tous ses films (sauf le premier, Little Odessa, montré et récompensé à Venise en 1994) ont subi le même sort. Pourtant jusqu’ici, la sortie en salle quelques mois plus tard des métrages en question permettait de réévaluer à leur juste valeur ces derniers, subitement portés par la critique – tant La Nuit nous appartient que Two Lovers ont été snobés à Cannes pour mieux être proclamés « grands films », à raison, quelques mois plus tard. C’est ce que l’on souhaite à The Immigrant, même s’il faut admettre d’emblée que ce James Gray là part de plus loin, et déçoit au point de croire difficilement en une rédemption après maturité. The Immigrant raconte l’histoire d’une immigrée polonaise (Eva, Marion Cotillard), qui abandonne sa sœur malade sur Ellis Island et doit son salut à un homme mystérieux et terrible pour qui elle doit se prostituer (Bruno, Joaquin Phoenix). Un magicien tout aussi énigmatique s’entiche d’elle et espère la sauver (Orlando, Jeremy Renner). Un film d’époque donc, une première pour le cinéaste, et une contrainte nouvelle où réside l’un des principaux défauts du film. La reconstitution historique est un poids pour James Gray, qui s’enfonce dans des passages obligés lors d’une exposition poussive, dont les plans tournés dans les bas-fonds new-yorkais ne sont pas sans rappeler ceux du Parrain de Coppola. Le soin apporté à la direction artistique emporte tout sur son passage, et les personnages ne deviennent qu’un élément du décor, quand ils étaient toujours au cœur de la tragédie des précédents films de Gray. Alors que Two Lovers nouait sa trame tragique et sentimentale autour de trois personnages et d’un récit aussi limpide que simple, The Immigrant tente de reproduire ce même schéma (cette fois ci, deux hommes pour une femme), mais avec un enrobage beaucoup moins digeste. Preuve en est la disparition de l’un des personnages principaux, dont le spectateur ne s’émeut guère, faute d’avoir eu le temps de bien le connaître.

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L’histoire que raconte James Gray est pourtant une très belle histoire. On y retrouve la force de ses précédents métrages, et notamment le sens précis et toujours inné de la Tragédie, et du fatum qui semble s’abattre sur les personnages. The Immigrant n’est pas non plus avare en belles séquences. Cette du confessionnal à l’église entre d’emblée, du reste, dans le panthéon des plus grands moments du cinéma de Gray. Le film décolle d’ailleurs après cette scène où Eva confie au prêtre son mal-être, ses doutes, et ses agissements au quotidien. Elle ne sait pas que Bruno l’écoute également, et d’un léger travelling horizontal, Gray déplace la confession vers l’amant-proxénète. Ce geste de cinéma, le plus fort du film, débouche ainsi sur une seconde moitié du métrage bien plus excitante et réjouissante, dans laquelle les personnages prennent enfin le dessus sur la reconstitution historique et leur environnement. La deuxième heure de The Immigrant est de haute volée, et le finale du film, d’un symbolisme tragique un poil exagéré (ce dernier plan aussi beau que prévisible), nous ferait presque oublier la difficile mise en route du récit. The Immigrant reste un beau film qui aurait mérité de déployer son intrigue de façon à faire exister un peu plus ses personnages pour ce qu’ils sont, et non pas pour ce à quoi ils appartiennent (l’environnement historique comme les séquences de cabaret, inutiles). Par ailleurs, alors que Gray pouvait s’autoriser par le passé une noirceur et un cynisme redoutables, il semble ici se contenir dans la correction et une certaine pudeur vis-à-vis de son héroïne, figure judéo-chrétienne hors norme. Ce qui nous amène à parler de Marion Cotillard, ici capable du meilleur (grandiose dans la séquence de l’église) comme du moins bon (la première partie du métrage). Elle est à l’image du film, enfermée dans les postures du genre une heure durant, avant d’être libérée ensuite. Une performance en demi-teinte tant pour elle que pour James Gray, qui présentait aussi cette année le dernier film de Guillaume Canet, Blood Ties (qu’il a co-écrit, et qui fut assez peu apprécié également). Tentons d’émettre l’idée que le cinéma de James Gray est quelque peu parasité par la fréquentation du couple Canet – Cotillard, bien trop académique pour lui. Du moins c’est ce que l’on était en droit de penser.

Julien Hairault

 

The Immigrant sortira dans les salles françaises le 27 novembre 2013.

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