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Liberace

Commençons par la question du titre français. Ma vie avec Liberace en dit certes beaucoup plus sur le sujet que Behind the Candelabra, Derrière le candélabre, que tout Américain un tant soit peu cultivé rapproche de Liberace, connu pour cet objet qu’il posait tout le temps sur son piano. Certes, on a beau dire qu’ici, en France, nous sommes gavés de culture yankee, mais qui connaît Liberace chez nous ? Les plus instruits ont déjà sans doute entendu son nom. Ainsi, les amateurs de Sam Peckinpah se souviennent-ils que l’auteur de films virils et sanglants fut un temps assistant sur le show télévisé du musicien fanfrelucheux ? Show dont il fut d’ailleurs viré pour refus de porter une cravate.

Ma vie avec Liberace raconte la rencontre de deux personnes dont l’une est une idole du showbiz. Liberace séduit, prend à son service, partage son lit, promet monts et merveilles, en offre quelques-unes (entre autres une belle maison à Vegas). Arrivent les tromperies, la rupture, les bagarres par le biais d’avocats, etc.

Ainsi résumé, le scénario ne semble être la description que d’une banale love story, si ce n’est qu’elle se déroule entre deux mecs. Dès le départ, tout désigne Liberace comme un homosexuel : ses accoutrements extravagants, ses bagues, ses manières. Son jeune (futur) amant n’est pas dupe et lance cette question cruciale lorsqu’il assiste pour la première fois à un concert de Liberace à Las Vegas : pourquoi a-t-il ce public hétérosexuel (composé de beaucoup de vieilles dames) ? Parce que, lui répond celui qui va lui faire rencontrer la vedette, ce même public pense Liberace hétérosexuel. C’est l’une des clefs du film : Steven Soderbergh, son auteur, ne décrit pas les États-Unis comme un pays libéré mais plutôt comme une nation totalement hypocrite. Le refus de voir la vérité accrédite mieux le mensonge flagrant. Un mensonge que Liberace assumait complètement : il attaqua les journaux qui osèrent le traiter d’homosexuel et donna à croquer à son public quelques romances féminines complètement bidonnées. Comme, à la même époque, Rock Hudson, dont on lit en une d’un journal, dans Ma vie avec Liberace, l’annonce de la mort pour cause de sida. Le pianiste succombera à cette même maladie deux ans plus tard.

Une fois qu’il a clairement dévoilé son orientation sexuelle, le scénario de Richard LaGravenese (qui s’appuie sur l’autobiographie de Scott Thorson) dépeint Liberace comme un prédateur. À vrai dire, pour le spectateur français qui découvre le pianiste au fur et à mesure, rien ne fait figure de révélation : pas plus le goût de Lee (le surnom de Liberace) pour de rapides aventures que les raisons de sa mort. Au contraire, pour le spectateur américain d’un certain âge, voire d’un âge certain, la description du personnage peut paraître troublante. C’est comme si, chez nous, on tournait un film sur Thierry Le Luron. Les plus vieux seraient choqués ou stupéfaits par certaines révélations, les plus jeunes ne sauraient même pas de qui il s’agit et s’en moqueraient éperdument.

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Soderbergh a eu la bonne idée de confier les rôles de ses deux personnages gays à Michael Douglas et Matt Damon. Et tous deux sont très bons. Mais plutôt que de se fixer sur la liaison Liberace/Scott Thorson, le film aurait sans doute gagné à prendre de la distance, raconter un peu plus l’époque partagée entre deux courants : la libération sexuelle pour les uns et l’absence totale de compréhension pour les autres. Autant dire que Liberace a vécu la première dans le privé et a joué avec la seconde pour mieux garder son public

Quand on le compare avec La vie d’Adèle (chapitres 1 & 2), on comprend combien Ma vie avec Liberace souffre d’un trop plein de classicisme hollywoodien. C’est certain que le jury aurait pu préférer Liberace à Adèle. En choisissant la seconde pour la Palme d’or, il a fait le choix d’une prise de risque plus grande.

Présenté en compétition à Cannes, Ma vie avec Liberace sortira en France le 18 septembre 2013.

Jean-Charles Lemeunier

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