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horror hospital

À la fin des années soixante et au début de la décennie suivante, le fossé se creuse entre les générations. Les vieux, ces parents qui empêchent les jeunes d’écouter leur musique, d’avoir les cheveux longs, de s’habiller comme ils veulent, ces parents qui progressivement veulent restreindre leur liberté jusqu’à la plus importante, la liberté sexuelle, qui sont-ils ? Ils ont été nazis, staliniens ou maccarthystes, ils se sont enfermés dans des bastions dictatoriaux et ils se refusent à voir la société évoluer.

N’allons pas trop loin tout de même : Horror Hospital, film anglais de 1973, ne chante pas les louanges de la contre-culture mais il s’en rapproche pourtant. Son héros, un musicien chassé par son groupe, est incarné par Robin Askwith, sorte de Mick Jagger du pauvre. A part qu’Askwith n’a jamais chanté Satisfaction ou Sympathy for the Devil ailleurs que dans sa salle de bains. Après Horror Hospital, il se fera connaître du grand public britannique grâce à une série de comédies érotiques dont le titre commence par Confessions. Nous aurons celles d’un laveur de carreaux, d’un chanteur pop, d’un moniteur d’auto-école ou d’un animateur de camp de vacances. une façon pour le comédien de se différencier des Stones.

Avec sa moue sympathique et ses cheveux longs, Robin Askwith va se retrouver dans l’hôpital horrifique qui donne son titre au film. Celui-ci est tenu par ces adultes évoqués plus haut : incarné par Michael Gough (qui tiendra plus tard le rôle d’Alfred, le serviteur de Batman, dans la série de Tim Buton), le méchant docteur a grandi dans une république soviétique tandis que sa femme a dirigé un bordel en Allemagne. Quant à leurs hommes de main, avec leurs uniformes noirs, leurs casques de motards et les matraques dont ils se servent très fréquemment, ils ressemblent à ces flics que la jeunesse du monde entier honnit. N’oublions pas que nous sommes seulement cinq ans après mai 1968.

Dernier critère qui range tous ces adultes dans le mauvais camp : ils asservissent et pervertissent le représentant d’une minorité (un nain, joué par Skip Martin). Une fois définies les deux parties qui s’affrontent (les jeunes qui ne demandent qu’à être libres et les vieux qui les en empêchent), le film va pouvoir se dérouler d’une manière plus classique.

Avec Antony Balch, que nous fait découvrir dans les bonus l’érudit Alain Petit (un spécialiste des filmographies déviantes), nous pénétrons dans un univers relativement peu connu. Autant les cinéphiles ont appris les noms des auteurs de cinéma bis américains, italiens, espagnols ou français, autant les Britanniques restent encore dans l’ombre. Côté horreur, la Hammer et, dans une moindre mesure, l’Amicus ont occupé tout le terrain, alors que d’autres compagnies, d’autres cinéastes méritaient qu’on regarde de plus près leur travail. Balch est de ceux-là. Proche de William Burroughs et Kenneth Anger, deux papes de la contre-culture, il devient distributeur puis réalisateur. Horror Hospital, qui reste le dernier long-métrage qu’il ait tourné (il est mort en 1980), a accédé depuis au statut de film culte.

Ajoutons un dernier petit plaisir : celui de revoir dans un rôle épisodique Dennis Price, le jeune héros de Noblesse oblige (1949), celui qui veut faire la peau aux huit personnages joués par Alec Guinness. On sait que Price a fini sa carrière dans d’improbables films d’horreur. Il est ici le pourvoyeur de victimes de l’hôpital maléfique et il faut le voir, gourmand, admirer l’entrejambe de Robin Askwith pour comprendre pourquoi certains petits films, que l’on aurait tort de qualifier hâtivement de nanars, méritent vraiment le détour.
Signalons enfin que Horror Hospital est connu sous le titre français de La griffe de Frankenstein. Il n’y a évidemment aucun Frankenstein qui traîne ses lourdes guêtres dans l’hôpital. Juste un monstre gluant dont je ne vous dirai rien… Faut pas rigoler, faut garder du suspense, quand même.

Jean-Charles Lemeunier

« Horror Hospital » d’Antony Balch (Artus Films) en vente à partir du 4 juin 2013

Avec ce film, Artus Films inaugure une série de films horrifiques britanniques.

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