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Les exégètes du cowboy ont tendance à ne vouloir conserver de Randolph Scott qu’une sublime série de westerns réalisés par Budd Boetticher et produits par Harry Joe Brown à la fin des années cinquante. Le reste de sa filmographie étant, pour la plupart des films à de rares exceptions près, qualifié de routinier.

On rétorquera que la routine peut être preuve de bienséance : on ne cherche alors pas à épater le péquin, juste à lui présenter une histoire de bonne facture qui a fait ses preuves à peu de choses près. Et c’est quelquefois en plein coeur de cette soi-disant routine qu’affleurent les perles.

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Une preuve ? Bach Films nous offre la chance, avec le coffret Randolph Scott et les cinq westerns qu’il contient, de s’apercevoir que routiniers ou pas, ces oeuvres peuvent encore nous emballer. Certes, Rage at Dawn (1955, Les rôdeurs de l’aube, Tim Whelan, dont le scénario est dû à Horace McCoy) ou Abilene Town (1946, Règlement de comptes à Abilene Town, d’Edwin L. Marin) méritent sans doute cet adjectif. Mais que signifie routinier ? Que le film s’écarte peu des sentiers battus mais qu’il est toutefois rondement mené, sans temps morts. On peut même s’amuser, surtout pour le second, à se risquer à des lectures marxistes (les commerçants d’Abilene, c’est-à-dire le capitalisme, se rangent toujours du côté du plus fort ou de celui qui les avantagera financièrement parlant), voire sexuelle : Abilene Town est quand même l’histoire d’un cowboy que l’on découvre à la messe dès les premiers plans, au bras d’une jolie grenouille de bénitier (Rhonda Fleming). De ce gaillard, marshal du coin, on va vite découvrir le côté égrillard (il adore les parties de cartes au bordel) pour ne pas dire salace, puisqu’il va s’amouracher d’une danseuse de beuglant (Ann Dvorak).

Les deux plus anciens films du coffret, To the Last Man et The Thundering Herd (tous deux signés Henry Hathaway en 1933, soit deux ans seulement avant le premier succès de ce cinéaste, Les trois lanciers du Bengale) font partie d’une série de six films tournés entre 1932 et 1934 par Hathaway et Scott pour la Paramount. Tous sont adaptés de romans de Zane Grey, fameux romancier qui a fourni la matière à de nombreux westerns.
Thundering Herd comporte quelques séquences étonnantes, ne serait-ce que l’arrivée de l’héroïne (Judith Allen) à cheval. Le chariot conduit par Buster Crabbe (futur Tarzan et futur Flash Gordon) ne s’arrête jamais : la jeune femme saute en plein galop de sa monture pour y monter alors que, quelques minutes avant, c’est Scott, passager du chariot, qui a lui-même sauté pour descendre.

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To the Last Man est encore plus passionnant. Je ne sais si Zane Grey a été un lecteur assidu de Mérimée mais la vendetta qu’il décrit aurait pu aisément trouver son origine dans la Corse de Colomba. Ici, deux familles vont s’exterminer « jusqu’au dernier », traduction du titre original avec, pour faire bonne mesure, une petite dose de Roméo et Juliette. On notera également dans ce film la présence irradiante d’Esther Ralston, actrice bien oubliée aujourd’hui, dont le jeu paraît étonnamment moderne. Autre curiosité de To the Last Man : chaque fois qu’un acteur apparaît pour la première fois dans le récit, son nom est inscrit au bas de l’image (réminiscence, rappelle Jean-Pierre Piton dans les bonus, de la façon de faire du cinéma muet). Pourtant, dans Thundering Herd (qui précède To the Last Man), Hathaway ne procède pas ainsi.

Et que dire de Rocky Mountain Mystery, connu aussi sous le titre The Fighting Westerner (1935) ? Son réalisateur, Charles Barton, restera comme l’un des cinéastes, avec Charles Lamont, ayant dirigé (avec plus ou moins de bonheur) le duo comique Abbott & Costello. Les deux nigauds (le nom français du team) aimaient affronter des ennemis extirpés du cinéma fantastique et réoxygénés à la mode comique : l’Homme invisible, Frankenstein, Jekyll et Hyde, le Loup-Garou, etc. Barton, à qui l’on doit quelques-unes de ces fariboles, s’essaie à cette veine avec Rocky Mountain Mystery. Plutôt qu’un western pur et dur et même si Randolph Scott porte ici les habituels vêtements du cowboy, nous voici plongés en plein mystère, avec une série de meurtres se déroulant dans une mine d’uranium. Il est question de téléphone dans le dialogue et la voiture qui apparaît vers la fin du film est tout aussi étrange que celle qui fait irruption dans Un nommé Cable Hogue de Sam Peckinpah. Plus qu’un western, Rocky Mountain Mystery est bien un whodunit, mystère policier avec peu de décors dans lequel les soupçons se posent tour à tour sur l’un ou l’autre personnage jusqu’au dénouement final.

Dans toutes ces oeuvres, Scott incarne un solide gaillard qui ne possède certes pas les qualités de jeu d’un autre grand cowboy de la Paramount, l’intuitif Gary Cooper. Il est malgré tout celui qui porte le film sur ses épaules, redresseur de torts imperturbable et éminemment sympathique. Un peu trop propre sur lui, c’est un fait, mais un héros. Un vrai !

Jean-Charles Lemeunier

Sortie en DVD le 4 janvier 2013

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