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Un beau matin, Paul, le chien de Dolph, disparaît. Dans l’entourage de Dolph naviguent un jardinier français envahissant, une livreuse de pizza au cœur d’artichaut, un gourou fasciné par les animaux domestiques et un détective privé en retard de deux métros sur tout le monde. Mais le pire, pour Dolph, c’est bien que son chien a disparu…

Chez Quentin Dupieux, le spectateur navigue à vue : les voiles sont hissées et la mer est dégagée, mais il est impossible de dire où le vent de l’absurde va porter le navire dans les minutes qui suivent. Dupieux est homme à briser les sextants et déchirer les cartes. C’est ce qui fait à la fois l’intérêt de son cinéma, et sa limite. Car si sa liberté de ton a quelque chose de vivifiant au milieu d’une production cinématographique qui reste, pour l’essentiel, assez consensuelle, le projet de faire de l’absurde pour l’absurde n’est pas nécessairement le plus passionnant. Non pas que Wrong manque de panneaux signalétiques, mais ceux-ci sont délibérément placés aux mauvais endroits et induisent en erreur ceux qui tenteraient de s’en servir comme balises. Il n’est qu’à considérer la séquence d’ouverture, dans laquelle un pompier défèque allègrement sur le bitume, magazine en mains, tandis qu’en arrière-plan un camion en feu laisse indifférent ses collègues. Faut-il vraiment en tirer quelque chose pour la suite de la fiction ? Ou se contenter d’observer que le principe de l’irraisonné (« No reason ») qui ouvrait son précédent film, Rubber, est devenu un truisme qui se confond avec le cinéma de son auteur ?

Wrong pousse ce truisme jusqu’à la tautologie. Sur un canevas simpliste et purement émotionnel – un maître a perdu son chien, visiblement son unique repère dans l’existence, son « panneau signalétique » du quotidien – Dupieux déroule plusieurs lignes de fuite aussi extravagantes les unes que les autres que l’on pourra suivre, ou non, selon ses envies. On voit bien que le travail esthétique et émotionnel intéresse plus le réalisateur que la vraisemblance narrative et les enjeux dramatiques, désintéressement qui donne lieu à de merveilleux moments de poésie de l’absurde, des pointes d’impossible contaminant par surprise un réel pourtant bien installé (l’image est impeccable et la haute définition offre une impressionnante profondeur de champ, ce qui contribue à ancrer le film dans la réalité). On citera par exemple l’horloge digitale qui continue au-delà de la minute cinquante-neuf, le voisin qui nie faire du jogging ou le bureau d’entreprise soumis à une pluie perpétuelle. Les personnages, sains d’esprit ou eux-mêmes insensés, se déplacent dans un environnement qui ne répond plus aux règles du réel, avec temps distordu et résurrections intempestives. Il y a certes un plaisir certain à se laisser ainsi manipuler, mais ce qui fonctionne sur quelques détails ne peut impunément tenir la route sur une heure trente.

Malheureusement, Quentin Dupieux échoue à nous rendre cet environnement vivable à force de vouloir se (nous ?) prouver qu’il peut le remplir ou le vider à qui mieux mieux, radicalisant le principe d’aberration de ses films précédents en s’affranchissant de besoin narratif. Il faut souligner l’audace du positionnement de Dupieux, véritable OVNI flottant dans un univers trop lisse, et le féliciter pour la liberté qu’il met dans chacune de ses œuvres, réussies ou non. Toutefois, on conclura de Wrong qu’il ressemble moins au parcours du héros Dolph, en quête de son chien, qu’à celui de son étrange voisin, parti dans sa voiture pour une course à travers un infini désert : le film n’est qu’une route vers nulle part dénuée d’étapes, de vie et d’espérances. Quand Dolph retrouve bien son ami canin à la fin, le spectateur, lui, a définitivement quitté la chaussée.

Eric Nuevo

> Sortie en salles le 5 septembre 2012
UFO Distribution

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