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Un homme vu de dos traverse un tunnel rempli d’immondices, son pas régulier entrecoupé par un discours de Barack Obama d’avant l’élection de 2008. D’entrée cette scène magnifique marque le ton du nouveau film d’Andrew Dominik, Killing Them Softly, soit un discours résolument social à partir d’ une histoire policière relativement simpliste. A Boston, Jackie Cogan, un homme de main, est chargé d’enquêter sur un casse qui s’est déroulé lors d’un tournoi de poker organisé par la Mafia. Mélange d’humour noir (les négociations entre Brad Pitt et Richard Jenkins notamment) et de violence esthétisée (dont une scène de meurtre en voiture hallucinante), ce thriller d’auteur avait donc tout sur le papier pour être l’un des moments choc de ce Festival de Cannes.

La présence de Andrew Dominik, réalisateur de deux premiers films remarquables, est un pari risqué mais excitant qui a ravi à l’annonce de la sélection officielle les rédacteurs versusiens. Dès son premier film le cinéaste néo-zélandais avait impressionné et provoqué avec l’histoire de la vie de l’ennemi public n°1, Mark Read. Portrait âpre et réaliste australien tueur de dealers, oscillant entre documentaire et biographie lyrique, Chopper était porté par la mise en scène sèche et brutal et l’interprétation ébouriffante d’Eric Bana. Essai conforté par son deuxième film, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, scénarisé par Nick Cave, faux-biopic mélancolique, anti-western envoûtant et poétique. Au final, la troisième réalisation de Dominik présentée en compétition officielle est une légère déception car, à trop vouloir occuper l’espace cinématographique existant entre les frères Coen et Quentin Tarantino, le cinéaste néo-zélandais n’arrive jamais vraiment à se démarquer de ces deux lourdes influences.

Pourtant, Killing Them Softly (oubliez le titre français !) n’est pas dénué de qualités. En martelant sans ambiguïté son discours anti-libéral, le cinéaste assimile le milieu du crime aux grandes entreprises avec leur cocktail de conseils d’administration, de délocalisations, de tractations salariales, ainsi que de renvois de mauvais ouvriers, dans des scènes souvent très drôles. Porté par des acteurs inspirés, dont James Gandolfini dans un rôle de gangster dépressif certes pas très novateur (on pense en permanence à Tony Soprano et cela fait du bien !), Ray Liotta enfin de retour dans un rôle digne de son ancienne stature, et surtout Brad Pitt, cheveux gominés à outrance, évoluant comme en apesanteur et dont chaque apparition illumine le film, Killing Them Softly est un film de dépressions (nerveuse, sociale, économique, etc.) qui aurait encore gagné en force s’il s’était risqué à s’écarter des standards du genre.

Fabrice Simon

Film en sélection officielle

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