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Si l’on connaît Albert DeSalvo, le fameux étrangleur de Boston, c’est certainement grâce à l’excellent film que Richard Fleischer a tiré de ses sinistres méfaits. En confiant à Tony Curtis le rôle du serial killer, Fleischer donnait encore plus de force au personnage. Quelle surprise d’apprendre, avec la sortie du DVD Le tueur de Boston (The Strangler, 1964) chez Artus Films, que Burt Topper avait précédé Fleischer et que son film était sorti quelques mois à peine après le dernier meurtre commis par DeSalvo.

Les Montpelliérains d’Artus Films nous ont déjà habitués à ces curiosités qui ravissent les cinéphiles, des perles signées Gordon Douglas (Fort Invincible) et Anthony Mann (Le livre noir) aux coffrets de dinosaures et de Martiens. Le tueur de Boston est un bon point de plus à mettre à leur actif.

Burt Topper, donc. Le nom n’évoque pratiquement plus rien de nos jours, tandis que nos ancêtres américains (j’écris “nos” parce qu’on a tous été élevés au lait du cinoche yankee) se laissaient séduire par ses films de guerre et de contre-culture. Dans le deuxième hors-série qu’ils consacrent au cinéma américain, daté de décembre 1963-janvier 1964, les Cahiers du Cinéma, sous la plume de Jean-Louis Comolli, disent beaucoup de bien de War Hero (1958), film de Topper sur (et contre) la guerre de Corée. Tandis que Tavernier et Coursodon le zappent dans leur gigantesque Cinquante ans de cinéma américain, trente ans après.

Malgré le peu de moyens évident dont il a disposés sur The Strangler, Topper se permet quelques plans étonnants, quelques idées très cinématographiques, tel ce passage de Victor Buono de sa chambre à la rue via un gros plan sur un écrin. À commencer par le démarrage du Tueur de Boston, avec le gros plan d’un œil dans la pupille duquel on voit une jeune femme se déshabiller. Le voyeurisme à l’état pur. Dans le très instructif supplément qui accompagne le film, Stéphane Bourgoin (critique cinéma, auteur il y a 25 ans du seul ouvrage en français sur Richard Fleischer et spécialiste des serial killers) nous apprend qu’une image identique avait déjà été utilisée par l’esthète Robert Siodmak dans The Spiral Staircase (Deux mains, la nuit, 1945). Qu’importe ! L’entrée en matière est magistrale.

 

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Topper va suivre la trajectoire de son tueur, incarné par le très bon et méconnu Victor Buono. C’est à peine si l’on se souvient de sa corpulence, pourtant éclatante dans What Ever Happened to Baby Jane ? (Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich, 1962) et de son corps entièrement recouvert dans Beneath the Planet of the Apes (Le secret de la planète des singes, Ted Post, 1970), son visage seul apparaissant. Dans Le tueur de Boston, Buono joue le maniaque d’une manière suave, souvent dérangeante, avec le jeu sur son regard clair et son sourire inquiétant, jusqu’à rendre le personnage attachant (on le plaint dans ses rapports conflictuels – pour ne pas dire conflictueurs – avec sa mère, jouée par Ellen Corby). Jamais Topper ne laisse planer de doute quant à l’identité de l’assassin (quatre ans avant Columbo). Du coup, l’enquête policière ne va jamais jouer sur l’effet de surprise mais sur les coïncidences qui font se croiser l’étrangleur et les flics au cours de leurs investigations. Topper sait rendre la tension palpable et l’on ne peut que regretter la conclusion rapide.

Mais tout ce qui fait l’intérêt du film est ailleurs et il faut bien reprendre l’argument de Bourgoin : The Stranglerest étonnamment sexuel, vu l’époque à laquelle il a été filmé (le Code de censure perd année après année de sa rigidité). Dès qu’une femme rentre chez elle, c’est pour se mettre immédiatement en sous-vêtements. Rappelons-nous l’insistance sur le voyeurisme dès le début, un voyeurisme auquel n’échappe certainement pas le spectateur. On note également l’utilisation des poupées comme substituts du corps féminin, ces poupées que le tueur aime toucher et déshabiller entièrement avant de les abandonner dans un tiroir. Rarement dans ces années soixante naissantes le cinéma américain a été aussi explicite (alors qu’il allait bien au-delà au tout début des années trente).

Jean-Charles Lemeunier

DVD sorti chez Artus Films le 2 mai 2012

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