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Héros éponyme du film de Mervyn LeRoy, Johnny Eager est passé maître dans l’art de la mise en scène. Son théâtre, ce sont les rues mal famées, les champs de courses et les cabarets, le racket. Johnny est un gangster, le roi même ainsi que l’indique le titre français, mais un gangster qui aime le jeu. Et pas seulement celui de cartes. Dans le civil, c’est-à-dire aux yeux de la loi, Johnny est un ancien caïd qui, après sa condamnation, s’est reconverti dans la conduite des taxis. Leurre comme le sera le meurtre qu’il force son amoureuse à commettre, comme le sera aussi sa façon d’afficher son indifférence.

Ce roi des gangsters est donc aussi le roi des acteurs : il feint également l’ivrognerie, l’amitié et l’amour… jusqu’au moment où celui-ci le rattrape. Pour l’incarner, LeRoy a convoqué une vieille connaissance, Robert Taylor. C’est le troisième film qu’ils tournent ensemble après La Valse dans l’ombre et Evasion et ils feront encore Quo Vadis. Taylor est ici formidable : ce tough guy est capable de faiblesse. Des signes de celle-ci n’apparaissent que progressivement jusqu’à la brisure totale. Formidable est bien le meilleur mot pour désigner la performance de Taylor qui se retrouve face à une partenaire de choix, la troublante Lana Turner. Laquelle est aussi une vieille connaissance de LeRoy : l’actrice a été repérée par le cinéaste alors qu’elle était figurante et a tourné avec lui six films.

Dans l’ombre des porte-flingues, LeRoy et ses scénaristes John Lee Mahin et James Edward Grant donnent un très beau rôle à Van Heflin. Comme le sera plus tard la relation entre Robert Ryan et Cameron Mitchell dans Maison de bambou de Fuller, les liens qui unissent Eager à son lieutenant alcoolique et philosophe sont très ambigus. Dans deux séquences parallèles, Eager congédie une de ses maîtresses, Patricia Dane, et Van Heflin, lequel demandera plus tard à son patron de l’amener dans les montagnes « où les lacs sont bleus comme les yeux de ta mère ». Si c’est pas de l’amour, ça !

Passionnant, Johnny, roi des gangsters l’est pour de nombreuses raisons : outre son interprétation inspirée et les rebondissements bien amenés du scénario, on remarquera le traitement intelligent réservé aux différents personnages. En une ou deux lignes de dialogue, ceux-là sont parfaitement campés : ici l’ouvrier irlandais devenu procureur (Edward Arnold), là le tueur suspect de trahisons (Paul Stewart) ou le richissime amoureux honnête que Heflin qualifie de « vendeur de bibles » (Robert Sterling).

Le dernier plan est un ultime signe d’intelligence au spectateur, comme si le Destin montrait clairement qu’il avait toujours gardé les rênes en main. Loin des habituels films de gangsters, surtout à cent lieues de ceux fabriqués à la MGM, Johnny, roi des gangsters est plus qu’une excellente surprise. Un must !

Jean-Charles Lemeunier

> Film sorti en DVD chez Wild Side

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