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Stimulant sujet d’anticipation, le clonage n’a pas fini d’inspirer les cinéastes. Moins ludique et spectaculaire que le Clones de Jonathan Mostow (pour ne citer qu’un titre récent sur la question), Womb, premier long-métrage de fiction du Hongrois Benedek Fliegauf, se pose comme exemple a priori appréciable de film fantastique intimiste (personnages en nombre réduit, limitation du décor). Une œuvre intéressante dans les enjeux éthiques et émotionnels qu’elle soulève via l’histoire d’une jeune femme qui, après après la mort accidentelle de son compagnon biologiste, décide de mettre au monde son clone élaboré à partir de tissus qu’il avait isolés de son vivant. Incarnée par Eva Green, dont la beauté diaphane irradie l’écran et les cadres ciselés par Fliegauf et son chef-opérateur, le personnage de Rebecca cumule ainsi les statuts de femme amoureuse et de mère aimante à l’égard de cet être à qui elle donne naissance. Cette position particulière permet une dramaturgie bousculée dans ses enjeux affectifs et une dynamique relationnelle originale entre les principaux protagonistes. À mesure que l’enfant grandit, l’ambiguité des gestes et des sentiments « maternels » s’accentue, comme cette séquence où l’enfant plaque sa mère au sol sur la plage et l’étreint au point de la troubler. Quand Thomas atteint le stade adulte (interprété alors par Matt Smith, le Doctor Who saison 2010-2011), le désir de Rebecca se fait plus fort, mais l’aventure sentimentale et sexuelle du jeune homme avec un fille de son âge la jette dans le désarroi, la jalousie.

Sur le plan émotionnel, Womb manie habilement son concept de crise identitaire et questionne avec sensibilité l’amour siégeant dans le regard porté sur l’autre. Il met aussi en place une dramaturgie élaborée où l’inceste finit par s’insinuer clairement, point de rupture morale du récit mais vecteur d’accomplissement de son personnage féminin. De l’audace et de la beauté, sans effets de manche ni pathos.
Sur le plan formel, Fliegauf compose ses cadres comme autant de tableaux touchants et feutrés, des plans larges illuminés où s’appréhende toute la magnificence du havre de paix maritime où vivent Rebecca et Thomas, des plans rapprochés, parfois comme autant de natures mortes, sur ce qui fait la magie de leur quotidien à deux (peu d’intervenants extérieurs). Fliegauf soigne et signe chacune de ses images. Le problème, c’est que sa grammaire cinématographique se cantonne à la succession de belles vignettes, statisme que renforce la délicatesse du montage (raccords harmonieux et ellipses temporelles intelligentes lorsque Thomas grandit). Il manque à cet ensemble assez figé un peu de cette mobilité qu’on aime tant retrouver dans le genre. Ici, la caméra panote rarement, et les mouvements d’appareil s’avèrent presque inexistants ou imperceptibles. Les décors se résument à la plage et à deux intérieurs de maison chaleureux mais dépouillés ; les dialogues sont limités eux aussi. Emporté par son élan contemplatif, le réalisateur n’insuffle pas suffisamment de vie à son récit : un comble pour un métrage où intervient l’idée de l’enfantement. À trop cultiver l’intimité et la lenteur, deux états inhérents aux attentes du personnage de Rebecca, Benedek Fliegauf livre un drame d’une froideur clinique. C’est d’autant plus paradoxal que son traitement épuré et naturaliste l’éloignait d’emblée des imagerie technologiques et science-fictionnelles en général réfrigérantes.



Stéphane Ledien

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