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Bref retour sur deux courts-métrages fantastico-horrifiques projetés hier samedi soir au Petit Champlain dans le cadre du FCVQ ; le premier avant le documentaire Art/Crime de Frédérick Maheux, le second avant l’excellente « comédie pour adultes » Sunflower Hour de Aaron Houston.

Hommage évident et roboratif au style offensif de Carpenter et de Romero, Saint-Belmont (projeté à Fantasia l’été dernier) de Renaud Plante met aux prises un nouveau locataire (joué par Sébastien Huberdeau, acteur vedette du thriller Angle Mort) avec des morts-vivants, en fait tous les pauvres et les défavorisés que la nouvelle politique immobilière de Montréal (flambée des loyers, éviction des moins riches pour construire à la place des logements sociaux de luxueux condominiums pour classes aisées) a jetés à la rue ou confinés dans les ghettos. La nuit venue, comme dans le Land of The Dead de l’ami « George A », les zombies contestataires de ce nouvel ordre économique s’en prennent aux habitants fraîchement installés sur leur ancien territoire. Poursuivi par une horde déchaînée, le héros avocat parcourt les rues aidé d’un laitier noir. Plante reprend ici, en les détournant quelque peu, les schémas matriciels de La Nuit des morts-vivants et de Assaut (quelques vignettes sont des décalques jouissifs des meilleures plans de ces deux chefs-d’œuvre), sauf que l’idéalisme social (heu, relatif) des pellicules originales est ici remplacée par l’implacable injustice urbaine contemporaine. Porté par une ambiance très bien rendue et posée (l’obscurité imbuvable de la ville en pleine nuit, le brouillard), découpé avec la régularité des maîtres cités, et bourré de trouvailles de mises en scène (l’avocat joue au golf et vise la tête de ses assaillants pour s’en débarrasser !), Saint-Belmont s’amuse mais n’omet jamais, à l’instar des grand John et George, de piquer là où ça fait mal, un bon bras d’honneur aux institutions qui entretiennent la misère (le carton en début de film appuie ce propos engagé). C’est très pro (on n’a pas affaire à un court bricolé), photographié comme il faut, joué à peu près correctement (les dialogues sonnent un peu faux ici et là) et même si ça n’a rien d’original (les zombies, thème archi-rebattu), l’ensemble fait énormément de bien. En dire plus serait délayer.

Production également québécoise, le court The Legend of Beaver Dam, réalisé par Jerome Sable, propose quant à lui une variation sur le thème du croque-mitaines et des massacres au camp d’été. Un cas d’école en même temps qu’un univers ultra-codifié ; autant dire des figures que le réalisateur connaît sur le bout de l’objectif. L’ambiance est posée et décryptable d’emblée, pour le plus grand plaisir des amateurs de slashers, de Jason Voorhees et de Candyman. Des scouts et leur animateur sont tranquillement assis autour du feu et poussent la chansonnette. L’adulte se heurte à la superstition d’un des gamins, un binoclard que les autres chahutent quand il avoue avoir peur de prononcer trois fois le nom du croque-mitaines Beaver Dam et ainsi de le faire apparaître. S’en suit un délire où le monstre surgit en effet et opère un massacre, jusqu’à ce que… N’en disons pas plus au risque de déflorer les surprises successives de ce court qui accumule pas moins de deux, voire trois, twists aussi ludiques qu’ébouriffants. Travaillé avec un amour sincère du genre, techniquement irréprochable, mis en scène comme une série B crédible avec maquillages de constance et gore potache (mais juste comme il faut), The Legend of Beaver Dam mêle horreur, humour, absurde, jusqu’à retomber sur ses pieds dans une conclusion plus noire que jamais. Comme on dit : une petite tuerie.



Stéphane Ledien

Bande-annonce de The Legend of Beaver Dam de Jerome Sable

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