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Avant chaque séance de la Quinzaine, un montage présente en quelques images les films emblématiques de la célèbre section parallèle de Cannes. Tous les ans, le flot change légèrement. Pour l’édition 2011, c’est Le Quattro Volte qui ouvre le bal. Le film de Michelangelo Frammartino avait illuminé la Quinzaine des Réalisateurs il y a un an. Si Frédéric Boyer, directeur de la programmation dans sa seconde année, ne fait toujours pas l’unanimité auprès des festivaliers, il ne suffirait à nouveau que d’un seul coup d’éclat de cette trempe pour justifier sa position.

Arrivé à mi-parcours du Festival, le spectateur attend encore ce « grand film », qu’il fasse découvrir ou confirme le talent d’un cinéaste. À défaut d’avoir déjà découvert ce chef-d’œuvre espéré, la Quinzaine a déjà trouvé son « film choc ». Play est de ce genre-là, mais son caractère scandaleux se déploie sans vacarme. Le suédois Ruben Östlund, présent à Cannes en 2008 avec Happy Sweden, filme le vol organisé, sans violence, sans menaces ni contact physique, du téléphone portable d’un enfant blanc par un groupe de cinq ados noirs. Point de départ d’une étude appliquée de l’état de la société suédoise et plus particulièrement de l’immigration, le film fonce tête baissée dans les tabous et semble pouvoir contenter les spectateurs les plus réactionnaires comme les plus progressistes. Difficile d’adhérer pleinement donc, mais l’ouverture d’esprit dans lequel Östlund oblige son spectateur à se placer ne peut qu’être saluée.
Le premier long-métrage de Liza Johnson se situe aux antipodes de ce brûlot froid venu du nord : dans Return, aucune contorsion mentale n’est exigée pour apprécier le discours social du film. D’une linéarité et d’une neutralité absolues, cette histoire de retour au bercail d’une soldate américaine est à cent lieues de l’exigence de son quasi-homonyme Retour d’Hal Ashby (1978) ou de la version fantasmagorique de Bob Clark : Le Mort-vivant (1972). La jeune femme a du mal à travailler, à faire l’amour, à sortir en soirée : une fade chronique de l’après-guerre en écho parfait à celle de l’avant-guerre d’American son (Neil Abramson, 2008) dont l’égale vacuité laisse infuser un goût amer d’objet calibré Sundance… voire Deauville « US ».

L’inanité s’est aussi emparée de The Other Side of Sleep de Rebecca Daly dont on pouvait néanmoins espérer beaucoup. La réalisatrice irlandaise s’était jusqu’alors illustrée avec Joyriders (2006) et Hum (2010), deux court-métrages fréquemment primés. L’irruption délicate du miraculeux dans le quotidien du premier et le souffle étrange du second préparaient un terrain idéal pour son passage au long. Il n’en est rien : ce petit récit sur fond de deuil et de somnambulisme n’a même pas la vertu d’endormir ses spectateurs et ne ménagera aucune révélation jusqu’à son dénouement.
Jeanne Captive, énième fiction relatant tout ou partie de la vie de Jeanne d’Arc, gagne en puissance à mesure que les séquences s’écoulent. De l’ombre à la lumière, le récit de Philippe Ramos s’ébat d’abord dans le noir entre quatre murs avant de trouver son ton et sa lumière au contact d’un soleil comme source de régénérescence physique et spirituelle pour la « pucelle » d’Orléans. L’admirable seconde part du récit confine au mysticisme, voire au panthéisme, lorsque le corps de la martyre nourrit le nouveau monde.

Les festivaliers peuvent faire confiance au sélectionneur de la Quinzaine : à l’image de cette dernière errance de la « captive » libérée, la section regorge probablement de quelques autres trésors à découvrir d’ici vendredi, jour de sa clôture.

Hendy Bicaise

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