Home

Comédie produite par Scott Free – la société de Ridley et Tony Scott – et troisième long métrage des frères Duplass après The Puffy Chair et Baghead, Cyrus narre la rencontre de John et Molly (excellents John C. Reilly et Marisa Tomei), deux quadragénaires tombant rapidement sous le charme l’un de l’autre. C’était sans compter Cyrus, le fils de Molly – interprété par Jonah Hill – qui va tout entreprendre pour compromettre cette relation perturbant son cocon familial : l’histoire des chaussures de John dès leur première rencontre, la tentative de culpabiliser sa mère lorsqu’il quittera le domicile afin de laisser le couple se construire et qui vise en fait un rapprochement avec Molly au détriment de John, la simulation de maltraitance opportuniste lors du mariage de l’ex-femme de John, etc.

Porté par un trio d’acteur parfait, Cyrus fait mouche par son caractère atypique dans le genre : le métrage est à la fois drôle et grinçant, subtil et léger. Un tel sujet aurait pu virer à la comédie noire ou à une farce à la Judd Apatow ou frères Farrelly : le métrage de Jay et Mark Duplass préfère jouer la finesse et ne force jamais le trait. Il se rapproche davantage du thriller psychologique lors de ces scènes où Cyrus manifeste une psychopathie des plus inquiétantes (voir la séquence étrange et cocasse avec le couteau dans la cuisine, qui surprend autant John que le spectateur). Depuis longtemps hors du système scolaire et sans emploi, ce grand garçon de 21 ans occupe ses journées à composer de la « musique » (scène mémorable quand John découvre ses compositions pour le moins déroutantes) ou en compagnie de sa mère, sa seule amie. Si les geeks sont à la mode depuis quelques années au cinéma, Cyrus, profondément solitaire, sort du cadre habituel de cette figure et ne suscite jamais chez le spectateur une quelconque moquerie condescendante. Un « inadapté », comme l’est à sa manière John qui – sept ans après son divorce – semble incapable de refaire sa vie. Avant d’approcher Molly lors de la soirée où il fera sa connaissance, le célibataire se prendra trois « vents » monumentaux après avoir été défié par son ex-épouse (Catherine Keener) sur ses capacités de séduction.

Si l’intrigue est construite sur une histoire d’amour qui débute, le métrage explore en fait les difficultés à mettre un terme à une relation si intense qu’elle empêche les individus d’avancer : John accepte mal le remariage de son ex-femme, et se confie toujours à elle. Mais surtout le rapport fusionnel entre Molly et son fils, comme si Cyrus n’avait jamais grandi et avait encore huit ans. La mère dort encore la porte de sa chambre ouverte, et garde ainsi un œil et une oreille attentive sur son enfant. Elle finira d’ailleurs une de ses nuits dans le lit de Cyrus lorsque ce dernier fera un cauchemar. À la grande surprise de John, qui s’interroge sur cette petite famille si curieuse : Molly et Cyrus se tiennent dans les bras, s’amusent ensemble et se chamaillent, comme une mère le ferait avec son jeune enfant. Rien de tendancieux, même si John – perturbé – demandera l’avis de son ex-femme qui le rassurera, n’y voyant qu’une touchante innocence quelque peu anachronique entre une mère et son fils ayant plus de vingt ans.

Cette relation semble cependant combler Molly, exception faite de ses besoins sexuels évidemment : les premiers mots qu’elle adressera à John seront d’ailleurs révélateurs (« nice penis ! »). De son côté, Cyrus refuse de partager sa mère et est prêt au mensonge et à l’hypocrisie pour préserver un amour exclusif. Le jeune homme déclare à sa mère apprécier beaucoup John alors qu’il le déteste cordialement. John lui aussi ne jouera pas la sincérité avec son amie : il lui cachera les desseins secrets de Cyrus, avant de lui demander d’ « ouvrir les yeux » sans lui donner plus d’explications, mettant ainsi un terme à leur relation. C’est finalement Cyrus qui ouvrira les yeux, permettant une happy end naturelle et très juste qui conclura un métrage surclassant sans mal les comédies romantiques conventionnelles et sans surprise habituellement sur nos écrans.

Fabien Le Duigou

> Lire aussi notre « point de vue » (chronique version courte) dans VERSUS n° 19, actuellement en vente.

Bookmark and Share
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s