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Don Coscarelli, metteur en scène de la trilogie Phantasm et de ce classique qu’est Dar l’Invincible, surprend ici son monde en signant une farce délirante qui en vérité est davantage une jolie réflexion sur la fin de l’existence. Adaptant un scénario du célèbre romancier américain Joe R.Lansdale, le cinéaste livre un objet cinématographique peu commun aux allures de testament.
L’histoire laisse présager une série Z soldée jouissive. Voyez plutôt : un Elvis reposant avec aigreur dans un hospice, un black au cerveau dérangé persuadé d’être le président Kennedy, et si tout cela ne suffisait pas, une momie millénaire qui ravive son appétit en aspirant les âmes de ces pauvres vieillards… par les fesses ! Le pitch a des allures de crétinerie décomplexée, et ne laisse sûrement pas envisager l’intelligence du scénario…

Or, si on rit quelquefois de bon cœur face aux fantaisies du tout, le rire se fait plutôt jaune et l’humour y est délibérément noir ! S’apitoyant sur l’état peu rassurant de ses organes génitaux et sur son hallucinante chute, ce personnage qui se tue à démontrer son identité véritable (prétextant que c’est son meilleur sosie qui est mort, prenant sa place sous ses ordres, afin que lui puisse profiter d’une retraite bien méritée) inspire autant l’amusement que la pitié. Voici comment un mythe tel qu’on n’ en fait plus, et qui n’aura jamais d’équivalent, se retrouve emprisonné, après un bête accident de scène, dans un mouroir déprimant à souhait. Car on ne doute à aucun moment d’être en face de la légende Presley, comme on veut volontiers croire que ce noir très atteint mentalement n’a qu’un nom et un seul, John Fitzgerald Kennedy. Deux légendaires statures qui se meurent en silence et face à l’indifférence générale, tandis que leurs compagnons de chambres sont croqués comme des petits pains. Assassinés par une momie diabolique, qui pourrait tout aussi bien être la Grande Faucheuse que chacun attend comme l’heure du déjeuner. Cette antiquité monstrueuse et imposante n’est pas placée dans ce lieu par hasard. En effet, si son atterrissage est dû à la chute d’un camion la transportant, elle a bel et bien sa place dans l’hospice. Malgré son âge quelque peu supérieur aux « locataires » de cette maison de retraite, elle aussi est une énorme célébrité, elle aussi vient d’une autre époque. On assiste ainsi à un duel hilarant entre ces trois pièces humaines inestimables, condamnées à pousser un dernier souffle reposant.

La sincérité illumine cette œuvre et le réalisme des pensées humaines, oscillant entre burlesque et amertume considérable, pousse à la réflexion. En quelques secondes on se lit soi-même dans les bouquins historiques, en quelques secondes on attend sans plainte et avec appréhension le départ pour l’au-delà. Le parcours du King est un parcours initiatique, et de là à dire que Bubba Ho-Tep (Bubba désignant le plouc banal, Ho-Tep définissant la créature en bandelettes) se regarde comme un conte philosophique, il n’y a qu’un pas. Les étapes de cette fin d’existence sont schématisées avec clarté. Elvis Presley est initialement paralysé par la peur, les terribles regrets, puis animé par un courage et une force vitale, avant de paisiblement s’effacer de la surface de la Terre, la chaleur au cœur. Le roi du rock’n’roll est interprété avec grand talent par cet acteur hors normes qu’est Bruce Campbell. Si ce dernier voulait se mettre en abyme sans aucune subtilité dans le sympathique mais peu satisfaisant My Name is Bruce, c’est pourtant dans le film de Coscarelli qu’il trouve son meilleur rôle, le rôle d’une fin de carrière pour un abonné aux nanars horrifiques, la prestation d’une vie. Le Ash de Evil Dead libère un pathétisme incroyable, doublé toutefois d’une certaine classe, principalement vers la fin du métrage. Conclusion émouvante s’il en est, où l’âme est enfin apaisée. À ses côtés, Ossie Davis fait sourire en ancien Président des USA métamorphosé. La photographie, la musique teintée de guitare électrique (signée par le compositeur Brian Tyler) et la lenteur du rythme renforcent la tristesse et la mélancolie omniprésentes de ce moment de 7e Art, sur le décès d’une certaine Amérique, celle des fifties-sixties.
En conclusion, un film venu d’ailleurs sur des êtres venus d’un autre espace temps, dégageant une odeur de naphtaline peu agréable, cédée par le parfum des feuilles qui tombent, au moment du renouveau.

Clément Arbrun

> À propos du film, lire aussi les chroniques parues dans VERSUS n° 7, épuisé, et VERSUS n° 9, toujours disponible à la vente.

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