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Avis rapide mais relativement enthousiaste sur une bonne petite série B au scénario par contre trop scolaire (voire carrément paraphrastique) pour être ovationné. Adapté du roman de Robert E. Howard (entre autres créateur de Conan le Barbare), Solomon Kane présente les défauts de ses qualités narratives : le plutôt doué Michael J. Bassett (salué pour son talent in VERSUS n° 4 spécial « films de guerre », à l’appui de son excellent Deathwatch) relève le défi d’un film mêlant heroic-fantasy, ésotérisme et aventure teintée de mysticisme, pour ne pas dire d’extrémisme religieux (sur le papier, on ne peut pas dire que ledit Kane soit un modéré christique). Même s’il n’atteint pas, loin s’en faut, la maestria d’un McT sur le toujours indétrôné (et -nable) Le Treizième Guerrier, Bassett continue de se signaler par une mise en scène sèche et rigoureuse, précise, carrée, lourde dans ses combats terriens (boue, pluie, déchaînement des éléments et des caractères, filiation d’ailleurs directe avec l’imagerie du film de McT, l’esthétique du Chef Opérateur Dan Laustsen – débarrassé de l’ostentation creuse du Pacte des Loups – rappelant la patine de Peter Menzies Jr.) comme les épées et autres armes blanches de destruction massive que soulèvent les protagonistes de cette histoire moyenâgeuse.

Avec Bassett aux commandes narratives, l’histoire se suit sans ennui, l’action ne se dépare jamais d’une brutalité non formatée et au final anticonformiste (on y égorge un enfant sans hésitation et les épées transpercent les corps avec un réalisme sanglant sans concession), des qualités plus que louables en ces temps de pose cinégénique plus qu’insupportable (Snyder, vous avez dit Snyder ?). Bassett sait filmer et couper (même les têtes) là où il faut, quand il le faut. Il maîtrise tout autant l’insertion d’effets, guère très étonnants dans les productions d’aujourd’hui, mais notables au regard de ce qui se fait en général (Patrick Tatopoulos livre comme toujours des créatures impeccables, pas grandement originales mais efficaces). Solomon Kane est donc un métrage lisible, clair et net, qui se permet quelques estafilades sur la rétine blasée de son spectateur même le moins amateur de fantaisie gothique et barbare (dont votre serviteur, sauf en ce qui concerne Le Treizième Guerrier, et d’une certaine façon, Conan le Barbare par Milius). Voilà donc un divertissement concocté en toute honnêteté et avec un savoir-faire imparable.

Pour autant, l’exigence formelle cultivée derrière comme devant la caméra (qui enterre sans souci toutes les âneries d’un Stephen Sommers versé dans la surcharge visuelle et les coupes épileptiques) ne saurait faire oublier la médiocrité du scénario, dont la logique n’a rien de faillible dans la suite des événements racontés, mais qui dans un élan de démonstration appuyée (et un manque d’assurance certain), tient à dire, et redire, ce que nous montrent déjà des images claires comme de l’eau de roche (un peu boueuse, l’eau, convenons-en). La musique calamiteuse de Klaus Badelt se joint à cette entreprise de paraphrase diégétique, entreprise qui finit d’agacer le spectateur qui anticipe spontanément (comprendre : sans se creuser la tête pour deviner l’imprévu comme dans un thriller de haut vol) tous les rebondissements de l’intrigue, à quelques exceptions près (mais insuffisantes). Bassett-scénariste oblitère ainsi la légitimité cinématographique de Bassett-réalisateur, tirant à la ligne et de façon grossièrement scolastique une histoire qui n’était de toute façon pas dénuée d’état d’esprit douteux dans ses fondements : Solomon Kane a beau incarner un idéal de justice dans une civilisation barbare (l’Angleterre du XVIè siècle, ravagée par les guerres et dominée par les esprits malfaisants, sorciers et démons en tête), il n’en reste pas moins un fanatique guidé par une puissance spirituelle (pas forcément christique ni « purement » chrétienne devant l’œil on suppose averti de Bassett), un intégriste disons-le tout net de l’action purificatrice, d’où d’ailleurs ce slogan « combattre le mal par le mal » sur l’affiche française.
Conclusion : voilà une bonne petite série B très premier degré au script malheureusement sans distanciation thématique et maladroitement explicatif, servie par une excellente équipe technique (sauf côté musique, on le répète) et un casting qui y croit dur comme fer, peut-être un peu trop sans doute (James Purefoy rappelle Hugh Jackman y compris dans ses excès d’interprétation, et les autres gueules rehaussent de leur présence professionnelle une galerie de personnages peu profonds mais pas inintéressants : Max Von Sydow, Pete Postlethwaite, Jason Flemyng). Rien que pour le spectacle, d’une lisibilité totale, d’une appréciation graphique plus que sincère, l’on se laisse gentiment porter par le film de Bassett, finalement plombé par la plume de son propre réalisateur. Il suffirait que le bonhomme ne garde en main que l’épée pour qu’une fois prochaine, sous les bons auspices d’un scénario élevant le niveau et le débat, il pourfende enfin tous les attributs de ce cinéma guerrier et même d’action quelque part en crise de créativité.

Stéphane Ledien

> Lire aussi notre article sur Deathwatch dans VERSUS n° 4.



Bande-annonce de Solomon Kane en VOSTFR



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