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Difficile pour la jeunesse de trouver sa place dans la société quand celle-ci vous voit non pas comme l’élément possible d’un avenir radieux, mais comme le poids mort d’un passé déphasé s’accrochant à son existence de toute la force de ses traditions. À quinze ans, Wakae fait partie de cette jeunesse que le monde des adultes craint et ignore après l’avoir laissée tomber. Sa mère meurt pendant que son père, homme faible et inconsistant, se livre à quelques galipettes d’ivrogne en compagnie de sa maîtresse. Dégoûtée, Wakae livrée à elle-même laisse tomber l’école et tue le temps en buvant en compagnie de quelques messieurs dans un bar à hôtesses avant de voler les clients.

Elle croise un jour le chemin de Saburo, âgé de quelques années de plus qu’elle mais tout aussi paumé depuis qu’il a perdu son emploi. Le chômage d’une génération de fainéants n’a déjà pas bonne presse dans le Japon d’après-guerre, tiraillé entre la modernité et les traditions dont le frère aîné de Saburo se fait le digne porte-parole politique.
Wakae et Saburo, deux personnages que la même errance, psychologique bien plus que physique, va rapprocher. Parce qu’à peu de choses près ils sont pareils, malades d’une main tendue qui les sortirait de l’ornière mais que personne – ni leur propre famille dans une dynamique d’abandon, ni la société dans son ensemble où pour trouver sa place il faut savoir rester dans le rang – ne semble prêt à leur offrir. Chacun de son côté à un rôle prédéfini auquel son entourage le réserve : Saburo au support politique inconditionnel de son frère, Wakae au métier de Geisha, seul à même de convenir à une jolie jeune fille en rupture de ban. Des trajectoires vivement refusées par les protagonistes qui, à force de révoltes communes, vont finir par s’apprivoiser et se comprendre l’un l’autre plus que personne ne saurait le faire.

Entre de mauvaises mains un tel propos n’aurait débouché que sur un pamphlet social misérabiliste. Fort heureusement le réalisateur Kirio Urayama transcende un concept pour livrer une œuvre magnifique touchée par la grâce. Ses personnages, attachants non pas en dépit mais en vertu de leurs faiblesses, se débattent dans un monde qui les a rejetés avant qu’eux-mêmes ne se soient révoltés. Car dans une société extrêmement dure, où les convenances ont toujours autant d’importance pour les « braves gens » chers à Brassens, ceux qui n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux, ces Romeo et Juliette tout en doutes et souffrances sont condamnés à un chemin long parsemé d’embûches, avec au bout l’espoir qu’en luttant contre les augures et tous ceux qui veulent tant son bonheur qu’il l’étouffent de leurs directives dictatoriales, l’être humain puisse au final être seul maître de son destin.

Julien Taillard

> Film sorti en salles le 22 juillet 2009




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