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Affiche du film de De Oliveira

Considéré comme un maître par ces messieurs-dames de la presse très officielle, Manoel de Oliveira, cinéaste qu’on qualifiera pour notre part d’intriguant voire déroutant (et ce sont là d’énormes qualités), se sera peut-être bien reposé sur les lauriers décernés par les professionnels de la profession pour livrer à tous son nouveau film qui n’a de « singularités » que le titre. Le dossier de presse nous apprend que de Oliveira travaille dans cet essai pelliculé le matériau de la mémoire, concept vivant propice à la narration enlevée d’histoires justement singulières, et mode opératoire scénaristique et cinématographique riche en possibilités formelles.
Singularités d’une jeune fille blonde raconte la mésaventure amoureuse d’un comptable, Macário (Ricardo Trepa, très juste et crédible) qui, séduit par la jolie demoiselle (blonde, Catarina Wallenstein) apparue chaque jour à la fenêtre d’en face, lui fait la cour, va faire fortune à l’étranger puis l’épouse à son retour avant d’en découvrir les « singularités », un détail de comportement qui ne cadre définitivement pas avec sa classe naturelle. Entre deux tourments de l’âme et une escroquerie dont il a été victime après son séjour au Cap-Vert, le jeune homme disserte à loisir sur sa condition existentielle, le mariage impossible et la beauté des éventails.

En exil amoureux après sa déconvenue sentimentale, le placide Macário raconte donc son histoire à la voyageuse inconnue assise à ses côtés dans le train. Cette imbrication des temporalités sert évidemment la thématique mémorielle de De Oliveira, pour qui le souvenir représente le creuset des narrations les plus émouvantes. Assorti d’une théâtralité où surjeu et légèreté se cherchent et se côtoient sans jamais se trouver (tous les personnages regardent ailleurs quand ils s’adressent à leur interlocuteur, et les dialogues sont – volontairement l’on suppose – d’une platitude effarante), le traitement très statique du récit confère à l’ensemble une sorte d’atemporalité : en témoigne comme note d’intention significative ce premier plan d’un contrôleur oblitérant un à un et lentement, tous les billets des voyageurs présents dans cette partie du train que le cinéaste filme, – pardon, fixe – de face. Cette suspension du moment présent mais aussi du passé coïncide avec la thématique du film : l’idée d’une séduction figée à l’ancienne, élégante, précieuse (d’où cette incursion dans un cercle littéraire), comme le magnifiaient autrefois un poème de Nerval, un retable flamand ou la toile d’un peintre vénitien.

Les petites touches de galanterie que de Oliveira capte ici et là dans des images valant comme autant de tableaux adorables (ce pied que lève la blonde tant aimée quand Macário l’embrasse), ces regards fuyants vers le cadre extérieur tandis que se rapprochent les corps, tout concourt à délimiter un jeu de l’amour et du hasard d’une sagesse visuelle dommageable, sans autre éclat que celui des décors bourgeois. Ailleurs, de Oliveira lance bien quelques pistes de satire sociale et politique, évoquant pèle-mêle Salazar, Robespierre, la crise et la « pauvreté soudaine » des banques, les évasions fiscales. Mais tout ceci n’est que saupoudrage destiné à l’aspérité d’un film autrement très lisse, très plat, très convenu alors qu’il se moque justement des conventions. L’on touche ici à l’exercice de style certes, une vision précieuse de la séduction entre bienséance et anachronisme, mais les longs plans fixes, éthérés (comme le jeu des comédiens) et étirés jusqu’à l’ennui (un comble pour un film d’une heure, qui se termine en plus là où il aurait réellement pu commencer…) en font un spectacle vain, qui plus est d’une pauvreté grammaticale discutable venant d’un auteur aussi lettré visuellement.

Stéphane Ledien

> Sortie en salles le 2 septembre 2009



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