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affiche du film

La comédie romantique américaine contemporaine, très codifiée, surprend par ses actuelles déviations culturelles et psychologiques. Depuis des mois, le trentenaire étatsunien célibataire ou en pleine crise existentielle et sentimentale représente l’objet de toutes les attentions comiques (les films de Judd Apatow en tête) sur grand écran. Après l’agréable et faussement léger Ce que pensent les hommes (éreinté par la critique conventionnelle, la même qui va s’extasier devant Guédiguian et Christophe Honoré), après le lourdingue mais regardable Meilleures ennemies et le très inégal Hanté par ses ex (quel titre à la con, aussi…) avec Matthew McConaughey et un cameo réjouissant de Michael Douglas, voilà que débarque La Copine de mon meilleur ami. Une comédie un peu trop convenue hélas dans ce que son final possède de « rentre-dans-le-rang » (c’est dit), signée par un artisan sympathique (mais loin d’être génial) du genre, Howard Deutch (Rose bonbon, Mon Voisin le tueur 2 ; lequel ne fut vraiment pas drôle, au passage).
Dans La Copine de mon meilleur ami, Tank Turner (Dane Cook, qui n’a pas la gueule de l’emploi et c’est une bonne idée) est engagé par des types malheureux en amour (largués ou éconduits) pour draguer leur petite amie et donner rapidement envie à ces dernières, à force de mauvaises manières et d’indélicatesses, de retomber dans les bras de leur ex ou de leur prétendant injustement ignoré. Pour faire court, Tank Turner joue les malotrus de service auprès de ces dames ; en les séduisant avec talent puis en se comportant comme le pire des hommes, il travaille à la « réhabilitation sentimentale » de ses commanditaires. Appliquant, tiens !, un principe que m’avait soufflé un jour un camarade et séducteur (je n’ai pas dit que je cautionnais, attention), à savoir « traite les princesses comme des putes et les putes comme des princesses », Tank Turner s’épanouit dans son rôle d’entremetteur trash, persuadé que c’est qu’il fait le mieux : être un connard (je le rassure : on en connaît d’autres qui font ça encore mieux que lui). Sauf que lorsque son meilleur ami Dustin (joué par Jason Biggs) lui demande d’entrer en scène auprès de la blonde et sage Alexis (Kate Hudson, très en forme ces temps-ci dans les rôles de working-girls qui ne demandent qu’à se dérider le cul), Tank voit sa méthode produire l’effet inverse. Ravie d’être traitée justement avec grossièreté mais du même coup avec « virilité », Alexis cède aux avances du bonhomme et en redemande. Le « think Tank » de l’amour vache tombe éperdument amoureux d’elle (avec cette fois-ci la volonté de bien la traiter), donc imaginez l’imbroglio/trio apocalyptique qui en résulte.

Sujet pas spécialement original, situations archétypales même si toujours appréciables (les scènes de grande révélation pendant un mariage de famille, les habituels quiproquos amoureux…), morale un peu trop conventionnelle (sage et propre happy end après l’édification d’un vrai/faux sale type : dommage que la subversion ne soit pas poussée à son comble) et filmage dynamique mais sans grande inspiration : si La Copine de mon meilleur ami se révèle un divertissement recommandable, il le doit à ses répliques salées et véhicules d’une « trash culture » plus intéressante que l’enluminure visuelle de son sujet. À travers ces petites phrases assassines que se lancent hommes et femmes au bord de la crise de chair se profile une réjouissante démystification du mâle séducteur surtout quand est franchi ce point de non retour dans l’autodérision de la virilité et de la domination masculine (ce en quoi échouait Hanté par ses ex, plutôt moralisateur et pantouflard, même si le personnage du patriarche queutard rapproche le film de celui de Deutch, Michael Douglas et Alex Baldwin incarnant une même figure de frasques sexuelles yuppies / post-hippies) : quel meilleur symbole que Tank répétant qu’il ne fait que vendre « du vent » , lui le frimeur / téléacteur au service d’une entreprise d’air conditionné. L’intérêt de cette semi-pantalonnade dont on devine facilement les tenants et aboutissants sentimentaux réside dans le portrait qu’elle dresse des frustrations de toute une génération. Avec ses gags de situation masturbatoire (Dustin et sa caisse de DVD porno) tapant volontairement en-dessous de la ceinture de chasteté de la jeune bourgeoisie américaine, mais surtout avec ses réjouissants dérapages verbaux à propos du physique des uns (« avant de sucer des princes, il faut sans doute que tu suces des crapauds », lance la colocotaire d’Alexis) et des autres (« tu es tellement fine et blanche que je pourrais te sniffer sur le bar » envoie Tank à une fille qu’il ramène quand même chez lui ensuite), La Copine de mon meilleur ami rend compte avec une cruauté jubilatoire de la situation affective du / de la trentenaire célibataire dans nos sociétés modernes : un grand corps malade de sexe et de rapports humains. Pathétique, et pourtant on en rit.

Stéphane Ledien

> Sortie le 19 août 2009



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