Home

Scénariste / compère de Guédichiant pardon, …guian, J-L Milesi, déjà réalisateur de deux films, justifie plus ou moins son métrage par le fait d’avoir voulu filmer son enfant de deux ans, Lino, mais à travers autre chose qu’un documentaire. Cet autre chose c’est juste une vague fiction mise en scène de façon « très naturelle ». L’histoire : un type de 50 ans se retrouve avec le bambin de sa compagne sur les bras lorsque celle-ci meurt d’une overdose. Le film démarre après la disparition de la jeune femme. Notre « héros » tente de retrouver le père (car il n’est pas le géniteur de l’enfant) pour que ce dernier reconnaisse Lino. Il se confronte à des gens ni antipathiques ni impliqués mais loin, très loin, de sa réalité et de son souhait ; au final, notre homme se rendra compte qu’il préfère assumer cette paternité, avec tous les aléas qu’elle induit (vie privée mise à mal, charge affective, etc.).

Film-prétexte qui cache mal son ambition de témoignage intimiste et de « prise sur le vif » filmique familiale, Lino se regarde avec placidité. Difficile de se passionner absolument pour une narration platouille au coup par coup, qui nous arrache quelques sourires le temps de séquences d’échange bambin-père d’adoption certes très tendres, pas inintéressantes mais peu inventives, tant en mise en scène qu’en conduite de l’intrigue (le mot est fort vu qu’elle est quasi-inexistante). Les personnages sont entr’aperçus, excepté le père de feu la compagne du protagoniste, joué avec une infinie justesse par Serge Riaboukine, excellent en garagiste un peu aigri et banalement perdu. Le reste tient de la galerie de figures pâles de passage devant la caméra. Il y a bien quelques petites saynètes sympathiques, une ambiance urbaine et sentimentale savoureusement captée ici et là, mais tout ceci ne suffit pas à constituer une histoire solide. À part se balader de « contact » en « contact » (tous des ex de la défunte) avec l’enfant sur le dos (il croise un comique pas drôle interprété par Ged Marlon, puis un boxeur qui n’a pas inventé l’eau chaude) le personnage (joué par Milesi lui-même) ne fait rien, sauf baisser la tête et marmonner (agaçant, à la longue) et se prendre pour DeNiro dans Taxi Driver devant sa glace (ridicule… il faudrait interdire toute citation de ce type surtout dans du cinéma aussi franchouillindépendant) ; détail qui n’est pas juste anecdotique puisqu’en effet l’homme se trimballe avec un flingue pendant tout le métrage. Pourquoi ? On ne le sait pas. Tout au plus fera-t-on l’effort de deviner que l’ami vit d’expédients sans doute pas très honnêtes, malgré sa bonhommie contradictoire d’ailleurs (pas très crédible, tout ça). Ces quelques morceaux d’intrigue jetés en pâture nuisent même au portrait tout à fait naturel dressé à l’écran, celui d’un père (réel et fictif) et de son fils en constant besoin d’amour réciproque. Milesi voulait éviter le docu paternel ou le petit film intimiste qui n’aurait rien d’autre à dire que « tu es mignon et je t’aime mon fils » (ce qui serait authentique et n’aurait rien de désagréable, ceci dit), mais avec aussi peu d’arguments complémentaires, il finit par tomber dans le piège. En pire, puisqu’il déguise l’ensemble en vague fiction aux accents de polar social contemplatif.
Quand on tire on ne raconte pas sa vie, pourtant.

> Sortie le 28 Janvier 2009

Stéphane Ledien

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s