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Last Chance for love, écrit et réalisé par Joel Hopkins (Mariage et conséquences, donc l’homme s’y connaît en relations amoureuses sur grand écran) répond à la question primordiale (?) suivante : « Peut-on encore VRAIMENT faire rêver et émouvoir avec une comédie romantique ? ».
Réponse, donc, à travers ce joli (on serait tenté de dire « mimi ») métrage sans prétention mais sincère et d’une honnêteté cinématographique indéboulonnable : oui, assurément. Ceci, évidemment sans grande invention mais avec plaisir. Car ce que le film perd en innovation narrative sur le sujet (y compris parce qu’il se révèle souvent prévisible, sans que cela nuise à l’enthousiasme pourtant généré ; paradoxe ?), il le gagne en implication émotionnelle. Vu le faible niveau des production de cet acabit en général, même avec un casting quatre étoiles donc rassembleur, voilà qui relève donc de la petite exception notable. Une élégante pellicule dans un paysage audiovisuel soumis au chaos (au bon comme au mauvais sens du terme)…

Soutenu, c’est vrai, par l’interprétation tout en nuances et en justesse de ses deux stars attractives (Dustin Hoffman et Emma Thompson, une « dernière » chance pour le spectateur, donc), Last Chance for love s’impose tout en douceur et naturalité comme la comédie romantique « classique » la plus réussie de ces dernières années (si, si), qui n’évite pas le déjà-vu (cf. les sempiternelles scènes d’essayage de tenue de soirée, le rendez-vous amoureux manqué, l’imperturbable ou presque solitude de nos héros tourtereaux, l’élévation finale de la caméra tandis qu’ils marchent au loin…) mais sait ménager ses effets sentimentaux. L’histoire se cantonne à la rencontre probable d’un compositeur de jingles publicitaires en perte de crédibilité face à son employeur, avec une hôtesse d’aéroport ; lui est américain et un brin rustre, en rupture de ban avec sa famille (il est divorcé) et venu assister au mariage de sa fille à Londres le temps d’un week-end ; elle, est anglaise, réservée et harcelée au téléphone par sa mère un peu psycho-rigide (même si très gentille). Après une débâcle familiale et professionnelle ici, et un rendez-vous de séduction raté là, leurs chemins vont se croiser. Et l’on devra attendre presque tout le métrage pour qu’enfin un baiser, timide et non surprometteur d’ailleurs (encore une qualité !) soit échangé.

Dynamique, ciselé dans ses dialogue savoureux, Last chance for love réhabilite le genre dans lequel il s’illustre avec un sens certain de la mise en scène, un style « invisible » pourrait-on dire (emprunt à taux zéro au vocabulaire de Sidney Lumet, ok) mais qui frappe par la précision rythmique du montage et de l’enchaînement des événements. Pas de mou dans les mises en parallèle du début : l’alternance entre les « mésaventures de séduction » de Kate (Thompson) et l’incommunicabilité / la maladresse d’Harvey (Hoffman) lors du dîner précédant le mariage de sa fille, imprime un tempo agréable, théâtral, parfaitement réglé. Ces deux protagonistes en quête de reconnaissance et d’affection ne parviennent jamais à trouver leur place dans le cadre comme dans la conversation avec leurs convives, au bar pour l’une, au restaurant pour l’autre. Un fois réunis dans le champ, l’assurance gagne l’image qu’ils dégagent, leur aura, leur langage, leur gestuelle. Qualité première du film, on le répète : ses dialogues, qui confrontent les différences d’intonation et de niveau entre langue américaine et anglaise (dommage pour la VF), culminant dans un tac-au-tac jubilatoire lors de la première rencontre. Très plaisant, vraiment.

Consciencieux, soigneux mais pas démonstratif dans sa réalisation, Joel Hopkins s’écarte de la tendance au jeunisme excessif, souvent propre à ce sujet dans la forme (ici : sobriété de la mise en scène, imposition naturelle des décors choisis, des architectures historiques, culturelles), mais aussi dans la caractérisation : il signe ainsi un mélo mature et dégraissé de toute psychologie pesante, puisque ses personnages ont toute une vie incarnée, une expérience, une épaisseur derrière eux – et une nouvelle chance devant eux.
Bon sentiment ne saurait mentir.

> Sortie le 4 mars 2009

Stéphane Ledien

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