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Banco ! La barre était placée haut parce qu’il était sans doute (un peu) difficile d’imaginer un Palahniuk adapté avec un autre style filmique que celui de Fincher. Difficile mais pas impossible ; ça restait à voir et c’est vu. Plutôt enthousiasmant, Choke le film, reprend les grandes lignes de Choke, le livre. Un peu édulcoré, mais pas tant pour des raisons de subversion interdite à l’écran (car c’est faux dans le cas présent) que par souci de lisibilité / visibilité de l’intrigue et d’appréhension totalement cinématographique de moments pervers et fantasmagoriques. Petit film étonnant (écrit et réalisé assez rapidement, même si sa gestation fut en revanche vectrice d’impatience et de longueurs pour ses initiateurs), Choke prend le parti de pousser à son comble la dimension dérisoire et comique de l’écrit de Palahniuk, délaissant ses aspects les plus noirs et violents (même si évoqués ici) pour se concentrer sur la folie corporelle, charnelle, spirituelle, de ses protagonistes.

Sam Rockwell interprète Victor Mancini, cet obsédé sexuel et fils modèle ruiné par l’hospitalisation de sa mère (Anjelica Huston, très à l’aise dans le rôle), atteinte de la maladie d’Alzheimer. Pour faire face à ses dépenses, Mancini a mis au point un stratagème extravagant : faire mine de s’asphyxier avec la nourriture en dînant dans des restaurants chic et gagner ainsi la compassion d’une clientèle de luxe. Quand il ne simule pas l’étouffement, Victor participe à des thérapies de groupe pour obsédés sexuels, et travaille comme figurant dans un parc à thème historique. La toile de fond du roman de Palahniuk est respectée et dépeinte avec inventivité dans la mise en scène. Pas d’effets ni de démonstrations paranoïaques à l’instar d’un Fincher inspiré par la veine volontiers plus « cynique » et autodestructrice de Fight Club, mais un enchaînement énergique d’épisodes tragi-comiques, avec une focalisation réussie sur les idées les plus farfelues, et qu’on pouvait penser casse-gueule à l’écran.

Gregg a retenu l’immense farce bouffonne qui se cache entre les lignes acerbes du texte de Palahniuk, et il en tire un portrait générationnel, théâtral, cocasse et à demi-rêvé de protagonistes prisonniers des modèles de société, prisonniers, aussi, de leurs pulsions. On y retrouve les grands thèmes chers au romancier : la thérapie de groupe comme excroissance dénégérée mais microcosmique de la société américaine ; la boulimie consumériste, sexuelle et informationnelle ; la douce folie comme échappatoire à la réalité préformatée. La force de Gregg est d’avoir retenu que chez Palahniuk, tout vire à la comédie noire et grinçante avec de beaux sentiments à l’horizon. Choke se vit donc comme une comédie romantique délurée (cette histoire d’amour affabulatrice, décalée, débarrassée de toute réalité de l’esprit entre Victor et le « docteur » Paige Marshall), insalubre par endroits (certains seront tentés d’y voir un soufflé qui retombe justement au moment du pet final !), servie par des instantanés de la petite folie contemporaine mais géniale : folie des cœurs, folie des corps. Un acte de création (comme la maison que construisent pierre par pierre Victor et son ami Denny, déphasé mais humaniste), un petit instant de subversion, un écart de conduite saupoudré de séduction.

> Sortie le 21 Janvier 2009 (on y reviendra sur le papier).

Stéphane Ledien

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