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Avis mitigé : Australia est une grande épopée lyrique, aux accents poétiques, entre une dame embourgeoisée, Sarah (Nicole Kidman) et un rancher débraillé, mal considéré par ses pairs parce qu’il préfère la communauté aborigène à la compagnie des hommes, appelé le « Drover » (Hugh Jackman), le tout sur fond de livraison de bétail (oui, oui, et pas de mauvaises blagues comme : « la seule vache du film c’est Kidman« ) et d’attaque de l’Australie par les Japonais pendant la seconde guerre mondiale. Malgré le sujet, malgré les thématiques abordées, malgré l’imagerie puissante associée aux paysages naturels absolument magnifiques et superbement filmés par Luhrmann (on pense aux images de Terrence Malick), malgré une honnêteté sans faille dans sa mise en scène et sa narration, le film ne prend que peu d’ampleur et, à mon avis, échoue dans ses différentes tentatives.

D’abord, parce que Luhrmann multiplie les points de vue et, ce faisant, disperse un peu trop son récit aux quatre vents. Ensuite parce qu’il applique à son film cette illusion de vitesse qui, par le découpage et le montage, faisait l’intérêt visuel de Moulin Rouge, mais ne fonctionne pas ici dans la mesure où cette fresque romanesque aurait mérité un traitement plus retenu et progressif (à la façon d’un David Lean ou du Spielberg d’Empire du Soleil). Enfin, et c’est peut-être à cause de cette vitesse imposée aux actions et au récit, parce que les protagonistes échouent à nous transmettre leurs émotions vives. Leurs caractères un poil stéréotypés et leurs manières discutables n’amusent pas longtemps ; un comble, pour un film dont l’argument est de suivre des protagonistes dans leur évolution à travers un morceau d’Histoire.

Pour autant, le film n’est pas une totale déception, et ce, parce qu’il parvient à développer des thématiques passionnantes et profondes. À travers l’enfant aborigène symboliquement « adopté » par le couple, Luhrmann fait passer le message du besoin de pérennité, du partage des émotions ; à travers la décision de Sarah de rester vivre en Australie, dans un domaine qu’elle voulait d’abord vendre, le cinéaste nous parle de l’appartenance du cœur plutôt que de celle du corps : s’attacher à un lieu, à une personne, c’est un choix personnel et non une nécessité sociale. Ainsi du Drover qui partage plus volontiers la route des indigènes que celle des occidentaux, qu’il abhorre, et qui ne l’aiment pas en retour. Et, à travers l’utilisation d’un commentaire qui ouvre et ferme le film, donné par l’enfant, et racontant l’histoire, le film est téléguidé par ce « besoin de raconter » qui se révèle propre aux œuvres épiques : il faut bien relater une histoire pendant qu’on en vit une autre. En cela, les nombreuses (et sans doute abusives) références au Magicien d’Oz ont quelque chose de fort. Luhrmann n’hésite d’ailleurs pas, quitte à tomber dans l’absurde ou le ridicule, à implanter dans son film des effluves magiques, magie incarnée par le grand-père aborigène et son petit-fils, troisième héros de l’aventure.

Sentiment ressenti au final : mi-figue, mi-raisin, mais je demanderai sans doute, dans les mois à venir, à être convaincu.
À revoir, peut-être !

> Sortie le 24 décembre 2008.

Eric Nuevo

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