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La Vague, de Dennis Gansel, suit pendant une semaine une classe de lycée allemande tout ce qu’il y a de plus normal. L’établissement propose à ses élèves de participer à un atelier courant sur cinq jours et traitant d’un thème politique au choix, choisi par les enseignants ; nous suivons celui d’un jeune professeur « d’éducation sportive et politique », Rainer Wenger, qui doit inculquer à un groupe d’adolescents ce qu’est une autocratie et sur quelles bases fonctionne une société totalitaire. Pour rendre l’expérience plus vivante, il lance une idée : incarnant lui-même une figure de leader face à des élèves devenus des militants actifs, il cherche à leur démontrer que la fabrication d’une communauté fasciste est plus simple – et plus inexorable – qu’il n’y paraît.« Pensez-vous vraiment qu’un régime totalitaire ne pourrait plus jamais se reproduire en Allemagne ? » demandait Wenger à ses élèves. « Non » répondaient-ils en chœur, un peu lassés d’en toujours revenir au sempiternel « devoir de mémoire ». Vraiment ? L’enseignant, loin de vouloir rester dans le domaine théorique, s’attaque donc aux travaux pratiques.

Plutôt réussi dans le fond, à la fois socialement et politiquement parlant, d’abord parce qu’il décrypte littéralement les relations entre les personnes, a fortiori entre des adolescents émotionnellement instables, ensuite parce qu’il analyse concrètement la portée d’une désagrégation politique probable allant de la démocratie à l’autocratie, le film se construit doucement et logiquement autour des figures tutélaires de l’enseignant -leader et de son armée- adolescente engagée volontaire. Ici, aucune facilité métaphorique : chaque élément théorique se voit instantanément transformé en motif totalitaire, illustrant ainsi la facilité déconcertante avec laquelle un projet (politique) peut se concrétiser en action (de groupe). Pour exemple, les choix du nom de l’organisation – la Vague – et du signe de reconnaissance – un mouvement spécifique du bras droit – donnent immédiatement aux membres du groupe une sensation de toute-puissance communautaire : quand l’un des leurs se fait chamailler par des « anarchistes », les autres viennent instinctivement à la rescousse.

C’est aussi la limite de cette Vague, nécessairement soulignée par des raccourcis idéologiques qui déséquilibrent quelque peu le récit. Tout semble ici aussi simpliste que la formule 1 + 1 = 2 : l’expérience débute par l’élection unanime du professeur en tant que leader du groupe, et cette amorce est signifiée par le fait que les élèves doivent désormais le nommer (« M. Wenger ») alors qu’ils le prénommaient et le tutoyaient (« Rainer ») ; est-ce à dire que le fascisme commence avec la distance disciplinaire ? Autre exemple : le port de l’uniforme est immédiatement lié à l’idée d’uniformité, et endosser une chemise blanche au-dessus d’un jean – c’est le costume choisi – implique d’être relié par les mêmes idéaux ; n’y-a-t-il aucune individualité possible dans le port d’un uniforme commun à tous ? la singularité s’efface-t-elle aussi facilement sous l’habit ? Avec quelques facilités, le film n’hésite pas à s’engouffrer dans ce genre de confusions censées servir son propos.

Dommage, également, que le film se complaise dans une forme de caricature et d’imagerie adolescente désuète. Les protagonistes y sont souvent archétypaux (le garçon solitaire et marginalisé qui réagit avec passion aux exercices, et trouvera dans le groupe une force nouvelle ; la fille rebelle qui résiste aux propositions de son enseignant et s’en trouve immédiatement marginalisée, ostracisée, alors qu’elle était auparavant le centre de l’attention) et les parents y apparaissent absents, ou décadents : nous voyons le héros masculin, Marco, rentrer chez lui pour trouver sa mère embrassant à pleine bouche un garçon de l’âge de son fils ; nous découvrons, chez l’héroïne, Karo, des parents laxistes à force d’être cool, et le petit frère délinquant en incarne clairement la conséquence. Quant à Rainer et sa femme, enseignante également, tout est encore à faire puisqu’elle est enceinte : tomberont-ils dans les mêmes excès ?

Pour conclure, La Vague propose tout de même des images impressionnantes, dès qu’elles illustrent l’attachement communautaire qui lie ces adolescents en quête d’une identité commune. Dotée d’un nom et d’un salut, « La Vague » existe aussi par le symbole, et l’une des meilleures séquences du film suit un groupe d’élèves qui, en pleine nuit, colle partout dans la ville des stickers représentant une vague noire. Le salut général, partagé par tous les membres du groupe, est tout aussi incroyable : Dennis Gansel nous en dit plus avec cet unique plan qu’à travers une grappe de personnages trop caricaturaux. Dommage, simplement, que la toute fin du film – adapté d’un roman, lui-même tiré d’une histoire vraie – brise la cohérence de l’ensemble d’une manière un peu trop spectaculaire.

> Sortie le 4 février 2009.

Eric Nuevo

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