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On aura tout dit sur ces élections locales, version 2008, estampillées de la mention « sanction nationale demandée ». On aura tout entendu sur ce scrutin municipal et cantonal, y compris les appels curieux et un peu effrayants de l’opposition à élire un maire de gauche sans se préoccuper de la qualité des idées, et les supplications légèrement hésitantes d’une majorité à ne pas désavouer les têtes de liste de droite dans leurs fiefs traditionnels (Marseille, Toulouse) sans appuyer les programmes. On aura absolument voulu nous faire croire qu’élire un maire tiendrait de l’idéologie la plus puissante, que le conseil municipal serait le pendant local du conseil des ministres et qu’il s’y prendraient des décisions au moins aussi importantes ; tandis que de l’aspect le plus pragmatique de cette élection, à savoir choisir une personnalité s’occupant de tous les petits problèmes quotidiens de ses concitoyens, on n’en parlait pas, préférant laisser dans l’urne du silence ce bulletin pourtant essentiel de la démocratie.

On aura tout dit, et désormais les politiques se gargarisent de leurs victoires et pleurnichent sur leurs défaites. Le raz-de-marée de la gauche ! Changement de politique pour la droite ! Et puis quoi, messieurs les hauts fonctionnaires ? Croyez-vous si fermement que le vote d’un élu de ce petit village lorrain ou de cette cité banlieusarde vise à modifier la teneure nationale de la politique, plutôt que l’ordre de passage du facteur ? Il faut être bien naïf – ou bien opportuniste – pour imaginer l’inverse. Du moins dans les villes de moins de 20 000 habitants. Pour les autres – les grandes villes – on prendra soin de séparer les secteurs, ou arrondissements, et la gouvernance globale de la cité, la couleur politique prenant une importance plus élevée dans ce dernier cas. On l’a bien vu à Paris.

Mais il y a, aussi, une certaine forme d’indécence de la part des politiques à se gargariser ou pleurnicher sur leur sort de leur parti. Si l’on considère le taux record d’abstention de ce scrutin, qui frôle les 38% au niveau national, il vaudrait mieux, plutôt que rire ou pleurer, commencer à sérieusement s’interroger sur la valeur portée par les Français à leur démocratie élective. Lorsque seuls 38% des votants, donc des citoyens inscrits sur les listes électorales, se déplacent jusqu’aux bureaux de vote pour élire la personnalité politique qui se trouve être, dans la hiérarchie du pouvoir, la plus proche d’eux, l’on peut légitimement considérer que notre système démocratique souffre de nombreux problèmes. Et que les politiques de gauche ne devraient pas tant se féliciter d’une victoire nationale qui, sur le strict plan de la légitimité, ne vaut pas tripette.

Certes, les élections locales ne sont pas idéologiquement aussi marquées que les scrutins nationaux ; certes encore, l’enjeu partisan est moindre, voire inexistant dans la plupart des cas, puisque dans l’élection d’un maire c’est l’homme qui prend le pas sur le militant ; mais que cela ne dispense pas les citoyens Français, ou en tout cas ceux qui se sentent citoyens, de quitter un instant leur canapé douillet pour se rendre aux urnes poster leur enveloppe. Et cela ne coûte pas même le prix du timbre.

On parlera beaucoup, en cette semaine post-électorale, du symbole porté par ce résultat favorable à la gauche ; mais, comme à l’accoutumée, on élèvera peu la voix pour exprimer ce dégoût d’assister, impuissants que nous sommes tous, au lent déclin de la démocratie. Car sans vote, pas de démocratie ; qu’on se le dise. Et désormais, chers Français, lorsque vous descendrez dans la rue pour manifester, à tort ou à raison : n’oubliez pas de placer, bien en vue sur vos manteaux, vos cartes d’électeurs tamponnées. Elles seront le meilleur garant de votre légitimité ! Et honte aux autres.

Eric Nuevo

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