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Il vaut mieux en rire : un appartement de 190 mètres carrés en plein Paris, au loyer record d’environ 1 200 euros par mois, cela ressemble à une bonne blague de comptoir. C’est pourtant chose très sérieuse pour Jean-Paul Bolufer, le directeur de cabinet de la ministre du logement Christine Boutin, qui loue cette garçonnière à la Régie immobilière de Paris depuis le début des années 80 à un prix aujourd’hui trois ou quatre fois moindre que celui du marché. Aujourd’hui, seuls deux personnalités parisiennes peuvent se targuer d’un meilleur rapport espace / prix : M. Chirac et son logement du Quai Voltaire, prêté par la famille Hariri ; et M. Sarkozy, locataire de la rue du Faubourg Saint-Honoré.

Depuis cette révélation faite par Le Canard enchaîné, les réactions ont été successives : le haut commissaire aux solidarités a conseillé à M. Bolufer de «démissionner» ou «déménager» (ce qui, certes, ne revient pas au même), Mme Boutin a sommé les parlementaires à l’Assemblée de bien vouloir la laisser régler seule cette dissension avec son directeur de cabinet, tandis que le ministre du travail, Xavier Bertrand, affirmait ce matin sur RTL au micro de Jean-Michel Apathie que l’accusé devait rapidement «régulariser sa situation», sans prononcer un mot de trop. Pendant ce temps-là, le premier ministre François Fillon enguirlandait joyeusement Mme Boutin pour forcer la démission du mouton noir gouvernemental. Dont acte, puisque la démission en question a été déposée dans la matinée par un Jean-Paul Bolufer soucieux de ne pas faire enfler la polémique en ces temps de disette. On s’étonnera cependant du fait que personne, à droite comme à gauche, n’ait encore proposé d’investir l’appartement incriminé pour y loger les sans-abri que M. Bolufer défendait autrefois avec tant de ferveur.

Mais lorsque M. Bolufer se dit victime d’une «chasse à l’homme» dans cette affaire, il n’a sans doute pas complètement tort. La rapidité avec laquelle la polémique a enflé illustre le rapport ambigu qu’entretiennent les Français avec leurs médias : un article dans Le Canard… (qui joue, comme toujours, et à raison, son rôle de mauvaise conscience du pouvoir en place) et l’on lance les fantassins contre M. Bolufer. Mais la vraie question ne serait-elle pas plutôt de savoir combien d’autres personnalités politiques bénéficient d’un traitement de faveur ? Cet appartement du 5e arrondissement de Paris faisait partie des logements attribués par M. Chirac quant il était maire de la ville, et l’on sait bien que celui-ci aimait à récompenser chaleureusement ses collaborateurs, en pierre ou en monnaie. D’autres, aujourd’hui, profitent encore de telles largesses. Au-delà de l’anecdote, le problème est assez sensible pour que M. Sarkozy ait proposé, durant sa campagne présidentielle, de ne pourvoir d’appartements de fonction qu’aux ministres les plus importants du gouvernement, laissant aux autres le soin de payer un loyer au prix du contribuable ; c’est une résolution qui gagnerait à être étendue à tous les hauts fonctionnaires et à prévenir les débordements de paiement dits «en nature».

La polémique ne devrait pas tant résider dans le prix payé par M. Bolufer pour son appartement de standing que dans le fait qu’une telle magouille puisse exister et perdurer au fil des ans. En 1981 l’actuel directeur de cabinet était locataire d’un logis considéré comme HLM, donc loué au prix du logement social, et pourquoi pas ? Mais la hausse exponentielle de l’immobilier depuis les années 90 n’a bizarrement pas eu de collusion sur le loyer de M. Bolufer, alors que tous les foyers français subissent de plein fouet la crise de l’habitat. Il est désormais extrêmement difficile de trouver un appartement dans la capitale à des prix acceptables, même pour un espace limité au strict nécessaire ; au-delà d’une contestation bien contestable sur une réforme du gouvernement, la récente crise des universités a eu l’avantage de remettre sur le tapis la question des logements étudiants, quasiment inaccessibles et minuscules ; et la polémique de ces derniers jours sur les sans-abri ne fait que souligner cette crise.

Que M. Bolufer ait «choisi» de démissionner, c’était la chose à faire – comment discourir à la tribune sur les problèmes de la population lorsqu’on se sait dans une situation privilégiée ? – et l’exemple donné est bon. Mais il n’est qu’un individu parmi ceux qui profitent, toutes formations politiques confondues. Et il est nécessaire que le monde politique tout entier soit peu à peu épuré de ces scandales à répétition qui handicapent fortement son image, et cela afin de se concentrer sur le seul bien-être des citoyens de la nation.

Eric Nuevo

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Une réflexion sur “Le directeur de cabinet de la ministre du logement prend la porte

  1. Perso, qu’il vive dans 190m2 à bas prix je m’en fous : imaginons un ministre qui vit dans 190m2 mais propose à tout un chacun de vivre dans des conditions idoines ? alors quoi ? certes ce n’est pas le cas, mais si ce mec appliquait une politique « socialisante » pour tous, je lui pardonnerai même de vivre dans un appart’ de 19.000 m2 dis donc !!!

    je me fous de savoir s’il bénéficie ou non de largesses, je sais juste qu’il n’est qu’un opportuniste.

    qu’un « dirigeant » se vautre dans le luxe m’est égal, s’il me permet (ainsi qu’à mes « concitoyens ») de pouvoir faire de même demain !

    s’offusquer de ce genre de détails, c’est oublier que nous vivons dans un monde qui le permet !

    confus ? oui, et ça n’m’étonne pas vu mon degré d’éthylisme à l’heure qu’il est (19:22)

    J.

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