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Voici un film qui se place d’emblée sous le signe de la mort. L’introduction de L’échine du diable, œuvre essentielle que Carlotta ressort en DVD et Blu-ray, énumère en effet des morts d’enfants. Le film en son entier, l’ambiance, l’époque elle-même où se déroule le récit, tout devient mortifère.

Pourtant, El espinazo del diablo (2001, L’échine du diable) ancre ses personnages sous le soleil de Catalogne, pendant la guerre d’Espagne. Immédiatement, Guillermo del Toro plante ses couleurs éclatantes : le bleu du ciel, l’ocre de la terre, qu’il oppose à l’ombre du bâtiment, un orphelinat planté au milieu de nulle part, tenu par une directrice unijambiste (Marisa Paredes) et un vieux professeur (Federico Luppi). Des combattants républicains, dont on comprend que la directrice et son ami sont proches, viennent déposer là un gamin dont le père vient d’être tué par les franquistes. L’orphelinat accueille en effet les enfants de ceux qui se battent pour la liberté.

Qu’est-ce alors que cette Échine du diable ? Un film superbe ? C’est une évidence. On pourra tout aussi bien le qualifier de fantastique que de politique et, dès le premières images, nous nous sentons happés par ce décor unique d’orphelinat paumé. Guillermo del Toro construit un univers étrange, avec cette bombe plantée au cœur de la cour, ces caves désertes contenant un bassin inquiétant et ce petit fantôme que l’on croit discerner ici et là sans réellement savoir s’il s’agit ou pas d’une illusion. Et s’il existe vraiment, « Celui qui soupire », puisque c’est par ce sobriquet que les enfants le désignent, est-il de leur côté ou cherche-t-il à leur faire peur ?

Sûr de lui, le cinéaste nous entraîne dans une insécurité totale, telle celle qui menace les protagonistes du film, plongés en pleine guerre. Mais pour nous, spectateurs, confortablement installés dans nos fauteuils, ce n’est évidemment pas l’explosion d’une bombe qui nous effraie mais bien les rapports qui se tissent entre chacun des personnages. Peut-on se fier à eux ? Que cherchent-ils vraiment ? Del Toro distille ses informations au compte-gouttes.

Outre le vrai/faux couple d’enseignants et les enfants vivants ou morts, nous avons là un jeune homme à tout faire (Eduardo Noriega) et sa copine (Irene Visedo), auxquels s’ajoutent deux grosses brutes, des couloirs déserts, des bocaux semblant sortir d’un film d’horreur des années trente contenant des fœtus étranges et monstrueux, d’où l’explication de l’échine du diable. Del Toro joue avec les ambiances, les décors, l’angoisse qui monte tout en ne délaissant pas l’origine de son scénario. Le monde est devenu fou et, même peuplé quasi uniquement d’enfants, il est toujours livré à la cruauté des adultes.

Cet univers inquiétant est contrebalancé par les plans lumineux et très ensoleillés de l’extérieur et par une forme d’humour qui se joue des superstitions hispaniques. Ainsi, les deux enfants chargés de transporter un énorme crucifix et qui, parlant de Jésus, s’exclament : « Pour un mort, il est vachement lourd ! » Mais ces rares séquences qui apportent une respiration ne font pas oublier la tristesse qui s’empare du récit et de ce lieu où les vivants eux-mêmes sont leurs propres fantômes et d’où il semble impossible de s’échapper.

L’échine du diable ? Un seul qualificatif vient aux lèvres : génial !

Jean-Charles Lemeunier

L’échine du diable
Titre original : El espinazo del diablo
Année : 2001
Origine : Mexique, Espagne
Réal. : Guillermo del Toro
Scén. : Guillermo del Toro, Antonio Trashorras, David Muñoz
Photo : Guillermo Navarro
Musique : Javier Navarrete
Montage : Luis de la Madrid
Prod. : Agustin et Pedro Almodovar, Bertha Navarro, Alfonso Cuaron
Durée : 107 min
Avec Marisa Paredes, Eduardo Noriega, Federico Luppi…

Sortie en DVD et Blu-ray et dans un coffret ultra collector par Carlotta Films le 24 novembre 2021.

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