Home

« Mieux vaut enterrer qu’être enterré » affirme le vieux Nathaniel (Angel Alvarez) dans le cultissime Django (1966) de Sergio Corbucci, que Carlotta Films a eu l’excellente idée de ressortir dans une magnifique version en Blu-ray et DVD et dans un nouveau master restauré comprenant les versions italienne et anglaise sous-titrées et la version française.

Mieux vaut donc enterrer qu’être enterré et cette phrase-clef donne un aperçu de ce que peut être le film qui, 47 ans après, inspirera Quentin Tarantino et son Django Unchained : un western libéré qui se défie des codes, dans lequel humour, cynisme, brutalité et cruauté font bon ménage. Django est réalisé par Sergio Corbucci à une époque où Sergio Leone, deux ans plus tôt avec Pour une poignée de dollars, vient de donner le coup d’envoi à un nouveau courant du cinéma italien, le western-spaghetti.

Pourquoi Django a-t-il donc autant marqué les esprits, obtenant un immense succès international ? C’est que le film se nourrit de détails insolites et forts, dont on peut créditer l’inspiration autant à Corbucci qu’à son assistant, Ruggero Deodato — c’est en tout cas ce que revendique celui-ci dans un des très enrichissants suppléments, ce qui ne nous empêche pas de créditer Corbucci d’un autre grand western totalement original, Le grand silence.

Ces détails peuvent figurer des éléments de décor, tels ce petit pont de bois branlant et complètement étrange ou cette superbe idée de noyer le village dans la boue. Rappelons qu’il y avait déjà un peu de cela dans Je suis un aventurier (1954) d’Anthony Mann ou Duel dans la boue (1959) de Richard Fleischer, sauf que la gadoue contamine ici tout le décor : le lit de la rivière où débute le film, le village entier et les sables mouvants, autre curiosité insolite. Citons encore, parmi ces détails qui font toute l’originalité de Django, le cercueil que trimballe le héros, l’oreille tranchée que l’on fait ingurgiter à une victime ou ces écharpes et cagoules rouges dont se parent la bande de méchants du major Jackson (Eduardo Fajardo), sortes de simulacres d’un Klan de sinistre mémoire.

Et puisqu’il est ici fait mention du Ku Klux Klan — n’oublions pas que le film est situé à la fin de la guerre de Sécession, date de la création de l’organisation suprémaciste —, ajoutons que le racisme est au cœur du scénario écrit par Sergio Corbucci, son frère Bruno et quelques autres, dont Franco Rossetti, Piero Vivarelli et Fernando Di Leo. Lequel scénario s’inspire du Yojinbo (1961, Le garde du corps) d’Akira Kurosawa. Le racisme est la raison avancée par les sbires du major Jackson pour s’amuser avec les peones mexicains. La séquence de leur chasse, façon comte Zaroff, est d’ailleurs assez terrifiante. Pour autant, Corbucci ne construit pas un film manichéen qui montrerait tous les Mexicains honorables car la bande du général, incarné par l’époustouflant José Bodalo, ne vaut guère mieux que celle du major. Le cinéaste préfère poser sa caméra du côté des plus pauvres, toujours victimes de ceux qui portent une arme.

Ce discours humaniste, où finalement les violents s’entretuent et c’est tant mieux pourvu qu’ils cessent de massacrer les innocents, est à porter au crédit de Django en particulier et du western italien en général. Lequel finira par inspirer les cinéastes américains qui sortent le genre des ornières de la tradition à partir du milieu des années soixante.

Enfin, il faut parler de Franco Nero, l’interprète du héros du film. Ses yeux bleus ont fait beaucoup pour sa renommée, ainsi que ce laconisme qui le rapproche des personnages joués par Clint Eastwood pour Sergio Leone à la même époque. Avec toutes ces qualités, rien d’étonnant à ce que Quentin Tarantino ait eu envie, si longtemps après, de se réapproprier le sujet. Ce qui ne s’est pas fait au détriment du premier film, que son remake n’a pas enterré, bien au contraire. La preuve est faite en le revoyant dans une version d’une excellente qualité.

Jean-Charles Lemeunier

Django
Année : 1966
Origine : Italie
Réal. : Bruno Corbucci
Scén. : Sergio Corbucci, Bruno Corbucci, ranco Rossetti, Piero Vivarelli, Fernando Di Leo, José Gutierrez Maesso et Ryûzô Kikushima (pour Yojinbo)
Photo : Enzo Barboni
Musique : Luis Enriquez Bacalov
Montage : Nino Baragli, Sergio Montanari
Assistant réal. : Ruggero Deodato
Durée : 92 min
Avec Franco Nero, José Bodalo, Loredana Nusciak, Angel Alvarez, Eduardo Fajardo, Gino Pernice…

Sortie par Carlotta Films en DVD/Blu-ray le 3 novembre 2021.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s