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D’entrée de jeu, dès le début d’ADN, Maïwenn instaure un malaise, comme si l’on surprenait une famille fêtant un grand-père alzheimer dans un EHPAD. On surprend une scène qui semble tellement réelle, pas du tout jouée, que l’on en est presque gêné. À plus forte raison lorsque survient le drame.

Ce n’est pas spoiler ADN d’annoncer que le scénario repose sur la mort de l’être qui lie entre elle cette famille franco-maghrébine. Il est l’ancêtre, celui qui vient d’Algérie. Le reste de la famille, au sang mêlé par les mariages inter-ethniques, ne peut rivaliser avec lui. Et l’impudeur qui semble présider à l’origine du récit, la douleur démonstrative du deuil, est de fait chez Maïwenn le signe-même de la pudeur. L’actrice-réalisatrice se cache et se dévoile à travers son personnage, se dépeint comme quelqu’un en souffrance qui, fatalement, paraît pénible aux autres — et souvent aux spectateurs aussi. Elle a en outre l’idée, dans cette grande famille, de placer un ami (Louis Garrel) qui déconstruit la tristesse par son humour, qui éteint les mèches allumées ici ou là par l’un ou l’autre membre de la fratrie.

Comme un véritable petit Poucet, Maïwenn sème dans son scénario quantité de cailloux. Certains appartiennent entièrement à la fiction. D’autres sont de véritables pierres d’achoppement sur lesquelles butte la jeune femme. Les relations avec l’identité de son personnage, sa famille, ses convictions, relèvent-elles de l’imaginaire ou sont-elles des confessions que comprendront les principaux intéressés ?

On le savait depuis longtemps, Maïwenn a du talent. Elle plante un décor, y fait grandir et vivre ses personnages, leur donne des sujets de déchirement et d’autres de contentement. Elle parle, certes, beaucoup d’elle mais parvient à faire exister autour de son personnage une famille entière. La cinéaste s’entend surtout admirablement à susciter l’émotion dans les séquences qu’elle construit : la musique stupide diffusée lors de l’enterrement, qui crée dans la famille quantité de sourires et de haussements d’épaules, devient soudain bouleversante avec la réaction de la tante. Ou cet échange sans concession sur le trottoir entre Neige (Maïwenn) et sa mère (Fanny Ardant).

Enfin, au sein d’une réalité quasi documentaire, la réalisatrice invente abruptement une scène totalement irréelle, savoureuse, à la limite du fantastique. Un moment encombré de serpents qui produit un réel étonnement.

Un dernier détail : sélectionné à Cannes 2020, le film n’a pu être vu pour cause de pandémie. Il fut ensuite présenté à Deauville en septembre 2020 avant de sortir en salles le 28 octobre de la même année… deux jours avant la fermeture des cinémas. ADN est enfin revenu sur nos écrans depuis ce 19 mai et c’est une excellente nouvelle.

Jean-Charles Lemeunier

ADN
Année : 2020
Origine : France, Algérie
Réal. : Maïwenn
Scén. : Maïwenn, Mathieu Demy
Photo : Sylvestre Dedise
Musique : Stephen Warbeck
Montage : Laure Gardette
Durée : 90 min
Avec Maïwenn, Fanny Ardant, Louis Garrel, Marine Vacth, Dylan Robert, Caroline Chaniolleau, Alain Françon…

Sortie en salles le 19 mai 2021.

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