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En ressortant de la tombe où avait été enfoui ce Blood of the Vampire (Le sang du vampire, 1958), Artus Films, qui n’en est pas à sa première découverte, nous permet une plongée dans un cinéma horrifique anglais qui ne provient pas de la Hammer. On sait que, dès 1955 avec Quatermass Xperiment (Le monstre), la compagnie britannique s’attèle aux genres fantastique et de science-fiction, reprenant, à partir de 1957, les grands mythes de la Universal. De Frankenstein s’est échappé (1957) au Cauchemar de Dracula (1958), en passant par la momie (La malédiction des pharaons en 1959) et le loup-garou (La nuit du loup-garou, 1961), tous sont au rendez-vous.

Mais l’on aurait tort de croire que la Hammer était la seule maison de production britannique à œuvrer dans le genre. Dès 1958, deux personnalités tout aussi mythiques, Robert S. Baker et Monty Berman, futurs réalisateurs de Jack l’Éventreur (1959), signent pour Artistes Alliance Ltd la production du Sang du vampire, laissant la direction du film à Henry Cass.

Le vampire est ici joué par l’impressionnant Donald Wolfit, dont Nicolas Stanzick et Alain Petit, dans les bonus, soulignent la ressemblance de maquillage avec Bela Lugosi, alors le seul Dracula connu. Christopher Lee ne reprendra en effet le rôle qu’en 1958, soit la même année que Le sang du vampire. Wolfit, donc, que l’on voit enterré et transpercé d’un pieu et qui prend ensuite les allures de savant fou, autre figure caractéristique des films fantastiques dont Lionel Atwill se fit une spécialité. Callistratus, puisque c’est ainsi qu’il se nomme, est le chaînon manquant entre le Dr Frankenstein et Dracula.

Cette version que nous procure Artus est d’autant plus rare qu’elle est complète. On y voit, en effet, dans la prison du Dr Callistratus, quelques femmes enchaînées disparues de la version sortie en Angleterre, que titille le (très) vilain Carl (Victor Maddern).

Le film semble parfois hésiter entre le sérieux et la parodie et on sourira, aujourd’hui, au balayage par la caméra du labo du terrifiant docteur : on y voit pêle-mêle des crânes, une tête réduite de gorille, un serpent fossilisé gueule ouverte et plusieurs tas de barbaque qui seraient davantage à leur place sur l’étal d’un boucher que dans un laboratoire scientifique. Ou dans le jeu du Docteur Maboul. Malgré tout, on se laissera volontiers prendre par cette histoire de médecin (Vincent Ball) injustement condamné et par les expériences inquiétantes de l’âme damnée de la prison où il se retrouve. « Un endroit, nous apprend-on, mille fois pire que l’Enfer. »

On notera également la beauté de certains plans, comme celui où Vincent Ball arrive dans la prison, avec cet homme fouetté au premier plan et l’immense lustre suspendu au milieu de ce grand et sinistre espace. Nicolas Stanzick a raison de le rappeler : Henry Cass était plus un illustrateur qu’un créateur de formes et l’on ne peut le comparer à Terence Fisher.

Au scénario, on reconnaîtra la patte d’un futur grand nom de la Hammer, Jimmy Sangster, déjà auteur de deux Frankenstein : Frankenstein s’est échappé et La revanche de Frankenstein. Son histoire déborde des clichés du vampire dans lesquels il plante, dès le démarrage du film, son décor, un cimetière quelque part en Transylvanie. Après cela, Sangster affleure d’autres directions tout en gardant les personnages-clefs du film d’horreur : le docteur siphonné et son assistant mal foutu — ici, Carl est bossu, a un œil qui pend sur la joue, semble atteint d’hémiplégie et n’est pas mignon du tout —, une prison emplie de gardiens sadiques et un couple de jeunes premiers plutôt dégourdis et pas du tout gnangnans comme cela est souvent le cas dans ce genre de film. On saluera même les prouesses de Barbara Shelley, future reine du genre, qui montre ici qu’elle n’a pas froid aux yeux.

Ajoutons à ce bel objet qu’est ce coffret Blu-ray/DVD un beau livre abondamment illustré sur le film et l’âge d’or du British Gothic, dû à la plume de l’excellent Alain Petit. De la très belle ouvrage.

Jean-Charles Lemeunier

Le sang du vampire

Année : 1958

Origine : Grande-Bretagne

Titre original : Blood of the Vampire

Réal. : Henry Cass

Scén. : Jimmy Sangster

Photo : Monty Berman

Musique : Stanley Black

Montage : Douglas Myers

Prod. : Robert S. Baker, Monty Berman

Durée : 87 min

Avec Donald Wolfit, Vincent Ball, Barbara Shelley, Victor Maddern, John Le Mesurier…

Sorti en coffret DVD/Blu-ray + livre par Artus Films le 6 avril 2021.

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