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Nous avions déjà dit ici tout le bien qu’on pensait des deux premières saisons de Myster Mocky, adaptations par Jean-Pierre Mocky de nouvelles policières parues dans Alfred Hitchcock Magazine. Composée de 14 films courts, la troisième saison de cette collection vient de sortir chez ESC Éditions.

Si les amateurs de récits d’assassinats en tous genres trouveront là de quoi satisfaire leurs exigences — mais il faut malgré tout reconnaître que cette troisième saison est beaucoup moins homogène et beaucoup moins géniale que les deux premières —, les fans de Mocky chercheront surtout dans ces 14 films courts, toutes les petites notations, les petites phrases, les tics de langage, les fringues, les acteurs de troisième ordre qui nous plongent dans un univers à nul autre comparable.

Jean-Pierre Mocky et Jean Abeillé dans La main du destin

Il est certain que, dans cette saison montrée en 2013, on trouvera moins les tronches qui égayaient les deux premières saisons. Dominique Zardi est mort, Jean Abeillé se fait vieux et n’apparaît plus que dans quelques épisodes. Bon, il reste la musique tressautante de Vladimir Cosma, Patricia Barzyk et Noël Simsolo fidèles au poste, Olivier Hémon qui surgit en concierge ventriloque, Jean-Pierre Clami encore là de temps en temps et les apparitions fulgurantes des nouveaux comparses du cinéaste, le géant Guillaume Delaunay ou le maigre Michel Stobac.

Petites précisions pour ceux qui découvrent l’œuvre du cinéaste : Hémon était l’un des deux chauffards aux grands nez, les Cyrano qui, dans Le miraculé, renversaient Jean Poiret avant qu’il n’aille chercher secours à Lourdes. Et Clami est à l’œuvre dans la filmo du maître depuis 1979, c’est dire. Quant à Patricia Barzyk, ceux qui ont vu La machine à découdre ont forcément gardé un souvenir ému de sa prestation entièrement dévêtue pendant une bonne partie du film.

Olivier Hémon dans La mélodie qui tue

Le problème, avec Mocky, c’est qu’un acteur, un gimmick, une plaisanterie renvoient à l’un ou l’autre moment de cette œuvre immense et baroque et qu’on ne peut s’empêcher de faire appel aux souvenirs et de juger les derniers instants à l’aune d’un passé glorieux. Le vieillissement est là, c’est un fait. Et, pour l’ouverture de La mélodie qui tue, JPM se paie même le culot de se filmer en surplomb d’un cimetière. « Quand je pense qu’un jour, j’y serai aussi » lance-t-il avec un sourire inimitable, tout à la fois désabusé et qui refuse de se prendre au sérieux. C’est dans ces moments-là qu’il faut chercher la qualité de ces films de vieillesse, ces moments où il est encore tel qu’on l’a toujours connu et apprécié : avec ses mêmes rires, ses mêmes colères, ses mêmes charges contre la bourgeoisie et la beaufitude.

Armelle et Raphaël Scheer dans La main du destin

Pour revenir à la saison 3 de Myster Mocky, il y a tous ces moments sans lesquels Mocky ne serait pas Mocky. Je ne peux résister au plaisir d’en citer quelques-uns. « Poupoule, les confitures ça brûle » s’écrie dans La main du destin Raphaël Scheer, le voisin ridicule affublé d’une chemise à fleurs qui l’est tout autant. Il y a encore ce concierge improbable dans La mélodie qui tue, parlant par marionnette interposée. Ou cette femme qui, dans Les nains, sitôt arrivée dans le cabinet du psychiatre, questionne ingénument : « J’enlève ma culotte ? » Et ici ou là, un peu partout, toujours des tics de langage ou des tics physiques, tel celui de Philippe Chevallier dans les mêmes Nains, qui tire la langue à tout bout de champ.

On se régale aussi chez Mocky, l’air de rien, de ces réminiscences du cinéma qu’il aime tant. Comment ne pas trouver à la pension de Demande en mariage des airs de famille avec celle de L’assassin habite au 21 ? Dans les deux on s’épie. Dans les deux, les pensionnaires sont excentriques et, dans les deux, on joue de la musique. Et, c’est une évidence, dans les deux, la mort est toujours subite et suspecte.

Jean-Pierre Mocky dans Aveux publics

Le casting reste l’un des points forts du cinéaste. Ici, c’est Béatrice Dalle et Daniel Russo dans La main du destin, Richard Bohringer et Dominique Pinon dans Sursis pour un assassin, Élie Semoun dans Une tombe de trop, Bruno Solo dans Auto-Stop, Dominique Lavanant dans Derrière la porte close, Emma de Caunes dans La curiosité qui tue, son père Antoine de Caunes dans Le don d’Iris, Robin Renucci dans La mélodie qui tue, Marie-Christine Barrault et Agnès Soral dans Demande en mariage, Philippe Chevallier et Régis Laspallès dans Les nains, Stéphane Guillon et Clémentine Célarié dans Deux cœurs solitaires, Stéphane Freiss et Faustine Léotard dans Trop froide. Et Jean-Pierre Mocky lui-même qui joue dans quelques-uns de ces films tout en les présentant tous et en se payant le luxe de remplacer le lion de la MGM dans une parodie du logo de la major.

Cédric Cirotteau et Béatrice Dalle dans La main du destin

La saison 4 de Myster Mocky aurait dû faire partie du coffret mais a été bloquée par un malentendu juridique. Ce ne sera donc que la saison 3 que l’on trouvera dans les trois DVD. Les inconditionnels pourront également aller dénicher chez le même éditeur ESC les derniers films de Mocky en DVD et Blu-ray. C’était, le 7 octobre, Le Mystère des jonquilles (2014), avec Jean-Pierre Mocky, Isabelle Nanty, Richard Bohringer et Denis Lavant, et Rouges étaient les lilas (2016), avec Alice Dufour, Delphine Chanéac, Marianne Basler, Grace de Capitani et Dominique Lavanant. Ce sera, le 18 novembre, Les compagnons de la Pomponnette (2015), avec Arthur Defays, Prescilla Andreani et Jean-Pierre Mocky, et Le cabanon rose (2016), avec Jean-Marie Bigard, Bernard Ménez, Henri Guybet, Richard Gotainer et Grace de Capitani. Enfin, le 2 décembre : Votez pour moi (2017), avec Raphaël Scheer, Bonnafet Tarbouriech, Frédéric Bouraly et Philippe Duquesne, et Calomnies (2014), avec Marius Colucci, Guy Marchand, Jean-Pierre Mocky, Agnès Soral et Philippe Duquesne. De belles perspectives en prévision des fêtes de Noël.

Jean-Charles Lemeunier
 
« Myster Mocky présente Volume 2 : La saison 3 ». Sortie en DVD par ESC Éditions le 28 septembre 2020.

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