Home

C’est une évidence, Marc Fitoussi, dont on peut voir actuellement en salles Les apparences, aime mettre au centre de ses films des femmes fortes, incarnées par des actrices qui endossent leurs rôles avec panache. Ce fut le cas de Copacabana avec Isabelle Huppert, dans une moindre mesure de Pauline détective avec Sandrine Kiberlain, et c’est encore vrai avec Les apparences : Karin Viard y est exemplaire d’entêtement, de coups bas et de tête haute quoi qu’il advienne. À ses côtés, on remarque encore Pascale Arbillot, elle aussi somptueuse de condescendance bourgeoise.

On se dit donc qu’on a fait le bon choix en entrant dans la salle mais il faudra vite déchanter car ces Apparences-là sont assez trompeuses. Si les actrices sont excellentes, auxquelles s’ajoute également Lætitia Dosch, malgré tout un peu en retrait par rapport à ce que l’on est en droit d’attendre d’elle — elle est tellement géniale dans La bataille de Soférino ou dans Jeune femme —, on ne peut du coup que faire la moue devant un scénario qui ne tient pas entièrement ses promesses et un Benjamin Biolay très en retrait, à tel point qu’on se désintéresse totalement de ce personnage transparent.

 

 

Pourquoi le scénario ne tient-il pas ses promesses ? Parce qu’une fois que l’on a compris comment fonctionne ce microcosme français en plein cœur d’une Vienne qui ne sert que de décor exotique, sans que rien ne vienne justifier le choix de la ville, pas grand chose ne vient irriguer tout cela. À les vouloir trop mystérieux, Fitoussi ne parvient pas à faire réellement exister les deux hommes de l’histoire, pas plus Biolay que Lucas Englander, la caméra ne cessant en fait de s’intéresser à Karin Viard.

 

 

Redisons-le, l’actrice fait ici un boulot remarquable et l’on y prend goût parce que, justement, son personnage est beaucoup plus fouillé, beaucoup mieux construit, ne reposant pas sur des archétypes comme le sont, malheureusement, quelques autres. Et l’on ne pourra que saluer aussi les apparitions d’Évelyne Buyle. En quelques séquences, elle parvient à donner corps, esprit et charme à la vieille dame qu’elle incarne.

Cette adaptation de Trahie, roman de la Suédoise Karin Alvtegen, pouvait-elle être meilleure, à moins de trahir elle-même un bouquin somme toute assez banal ? Ici, Fitoussi se paie même le luxe, in fine, d’une explication de texte sur le titre du film, qu’il place dans la bouche de Benjamin Biolay. Là, on se dit que c’est trop !

Jean-Charles Lemeunier

Les apparences
Année : 2020
Origine : France
Réal., scén. : Marc Fitoussi d’après Karin Alvtegen
Photo : Antoine Roch
Musique : Bertrand Burgalat
Montage : Catherine Schwartz
Durée : 110 min
Avec Karin Viard, Benjamin Biolay, Pascale Arbillot, Lucas Englander, Lætitia Dosch, Évelyne Buyle, Xavier de Guillebon…

Sortie en salles le 23 septembre 2020.

Une réflexion sur “« Les apparences » de Marc Fitoussi : Elles sont trompeuses

  1. Étrange cette tendance de « Versus », que je lis(ais) depuis longtemps, à systématiquement encenser les vieux films réédités en DVD, et casser les nouveautés. Bien sûr que Biolay n’est pas bon, mais Dutronc n’était pas bon non plus globalement… J’ai beaucoup aimé « Les apparences ». (Et Laetitia Dosch y est exceptionnelle, ce qui est plus difficile ici que dans « La bataille de Solférino », qui était un happening, pas un film… Fitoussi se débrouille très bien ici… Nulle doute que le petit fils de Mr Lemeunier lui donnera 18 sur 20 lors de la sortie du blue-ray 4D en 2038.. »Versus », zut, redevenues vous-même au lieu d’être des collectionneurs de vintage…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s