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Frances McDormand et Didier Allouch lors de la master class organisée par le festival Lumière à la Comédie Odéon, à Lyon (Photo JCL)

 

La femme battue du flic kukluxklanesque de Mississippi Burning, c’était elle. Comme la policière enceinte de Fargo, la vieille monteuse étranglée par son écharpe d’Avé César, la mère en colère de 3 Bilboards ou la prof misanthrope de la mini-série Olive Kitteridge. Elle, c’est Frances McDormand, invitée d’honneur du festival Lumière, à Lyon. Un festival dont l’ouverture l’a beaucoup impressionnée : « Voir un film avec 5000 personnes, c’était comme être dans le Colisée à Rome. Peut-être que les propriétaires de Netflix, Amazon et Apple vont se mettre à acheter des cinémas. En tant que producteurs, ils auraient intérêt. »

Sitôt son nom annoncé dans le programme, on l’attendait avec impatience et Frances, à l’occasion d’une master class animée par le journaliste Didier Allouch ce 14 octobre, est apparue telle qu’on l’imaginait, évoquant sa carrière avec beaucoup d’humour et de franchise. « Même si je sais que, sur ma pierre tombale, sera inscrit le nom de Marge Gunderson (NDA : son personnage dans Fargo, qui lui valut en 1997 l’Oscar de la meilleure actrice), j’ai fait plein d’autres choses. Depuis que j’ai plus de 50 ans, j’arrive à développer des rôles de femmes plus intéressants. Je n’ai pas l’intention de m’arrêter. »

 

Photo JCL

 

Elle revient sur ses débuts. « J’ai tourné mon premier film, Blood Simple, en 1982. Tout le monde débutait, à l’époque (NDA : c’est-à-dire elle et les deux réalisateurs, Ethan et Joel Coen). C’était quelque chose d’extrêmement collectif. Je venais de jouer au théâtre le rôle de Stella dans Un tramway nommé Désir et le producteur du spectacle m’avait recommandée pour le film. Comme, depuis, j’ai beaucoup travaillé avec Joel et Ethan (NDA : Frances a épousé Joel Coen et a interprété huit films des deux frères), je fais partie du procédé de conception. » Toujours à propos des frangins, elle avoue : « Ethan est le plus littéraire, il écrit des pièces, des romans, des nouvelles. Joel, lui, est un visionnaire qui invente des caméras 3D qui prennent des photos. Tous deux aiment les sentiments, mais pas la sentimentalité. J’ai énormément appris avec eux. »

Elle parle rapidement de Macbeth, un film que Joel s’apprête à tourner seul. « Nous sommes comme un couple qui a une connaissance géographique de sa maison. On peut tourner en tous sens dans la cuisine sans se cogner aux tiroirs ouverts. Avec Joel, ça se passe comme ça sur un plateau. »

 

Photo JCL

 

Comme Mississippi Burning (1988) d’Alan Parker fait partie de la rétrospective que lui consacre le festival, Frances a revu le film la veille, en salle. « C’est bien mais ce n’est pas mon préféré, lâche-t-elle. Vous avez deux blancs, deux agents du FBI, qui arrivent dans une ville. Je suis comme une lanceuse d’alerte qui va les aider. Dans le scénario initial, mon personnage couchait avec un des agents puis avouait les méfaits de son mari. Ce n’était pas une bonne idée, ça allait gâcher le personnage. Il y avait une question de pouvoir qui était gênante. Dans la version suivante, elle lui disait d’abord des choses, puis ils couchaient ensemble. On en est arrivé à un compromis avec un baiser en fond de décor. »

La veille, justement, elle regrettait aussi que le film ne mette en avant que deux flics blancs pour parler des problèmes du racisme. Ce franc parler reste la marque de fabrique de l’actrice, capable de dire du bien de cinéastes tout en remarquant qu’elle a pu avoir des difficultés à entrer dans leur monde et leurs règles, qui lui laissaient moins de latitude. C’est le cas de Sam Raimi, avec qui elle a tourné Mort sur le grill en 1985, et de Wes Anderson, son complice sur plusieurs films. Sur Hidden Agenda (1990), elle explique que Ken Loach cherchait un nom de cinéma. « Je n’en étais pas un mais il s’est dit que j’allais le devenir. » Elle se félicite aujourd’hui qu’il lui ait fait confiance.

 

« Comme dans le Colisée de Rome ». Aux côtés de Frances McDormand, on reconnaît Vincent Elbaz, Daniel Auteuil (de dos), Danièle Thompson, Tonie Marshall, David Kimelfeld (président de la Métropole de Lyon, avec lunettes), Doria Tillier et Nicolas Bedos (Photo JCL)

 

Frances est devenue productrice en 2014, en particulier pour la série de HBO Olive Kitteridge, réalisée par Lisa Cholodenko. Un « projet ambitieux » qui lui valut plusieurs prix et qu’elle a pris plaisir à produire et interpréter. Elle y incarne Olive, une prof de maths mariée depuis 25 ans à Richard Jenkins. Elle y est formidable. Mais Frances est toujours formidable.

Jean-Charles Lemeunier

2 réflexions sur “Festival Lumière : Frances

  1. Je note que « Versus » ne relate que les propos de personnalités américaines ou françaises, mais faut l’impasse sur les autres pays (Marco Bellochio, quand même plus signifiant que Daniel Auteuil, n’est pas cité…). C’est quand même problématique quand on se veut « versus ». Et limite l’ouverture d’esprit…

    • Bonjour Laura. Nous sommes des bénévoles et notre « envoyé spécial » à Lyon fait ce qu’il peut sur son temps libre pour assister à certaines projos et participer à certaines conférences de presse. Evidemment, si nous pouvions y aller à deux ou trois, la couverture du festival serait plus complète mais en l’état actuel, Jean-Charles Lemeunier effectue un super boulot.

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